Partie 5/5 :Alea Jacta est
La nuit se transformait peu à peu en petit matin. La plupart des joueurs étaient partis se coucher, fatigués, certains contents d’un beau gain, d’autres fulminants sur leur pertes. Une nuit comme les autres au monde du jeu.
Les valeureux restants affichaient de lourds cernes sur leurs visages. Avec l’adrénaline pour seule essence. Certains en tilt, d’autres en euphorie. Ces derniers cinq seront la jusqu’au bout, et feront la fermeture du casino. Je profite d’un temps mort pour observer l’état de mes adversaires.
Un casting tardif
A ma gauche, le bon joueur mais gros perdant du jour, souffrait intérieurement. Il savait déjà qu’il ne se referait le soir même et cherchait résigné a limiter la casse du jour.
A ma droite, le milliardaire, (en tout cas c’est ce qui se murmure). Gros gagnant de la table, il avait fait un quasi sans faute. Les fois ou il était devant, il a été payé, quand il était derrière, il a touché, et à chacun de ses (probables) bluffs, il n’y avait rien en face. Rien pour l’arrêter.
Un cran à sa droite, Monsieur pro. Si je ne vous ai pas encore parlé de lui dans les épisodes précédent, c’est simplement parce qu’il n’a pas joué pas un coup ou presque. Une barre de fer comme on n’en fait plus. C’est le seul qui avait l’air encore frais, en habitué des sessions marathon.
Enfin, en face, la grosse montre en Or qui avait offert le fatidique champagne à la table il y a plusieurs heures. Il a commencé la soirée en gagnant, mais il a enchainé deux trois gros coups perdants et je pense qu’il est maintenant à jeu.
Marrant comme la notion du temps disparait au poker. J’ai l’impression que c’était il y a des jours !
Et puis il y a moi. Extenué mais vaillant. Au cours de la soirée, j’ai posé en tout 20k sur la table, et il m’en reste 16k. Perdant donc mais revenu sur la bonne pente après avoir touché le fond. Requinqué par la tournure des événements, et content de jouer en shorthanded ou mon edge est le plus grand. La plupart des joueurs de live ne jouent pas à 5 et moins, alors que sur Winamax, 5 joueurs c’est la norme !
J’avais dépassé le stade de la fatigue, j’étais survolté.
Autour de la table, quelques joueurs ayant fini leur propre partie avaient décider de venir regarder les derniers cinq. Le casino devait normalement fermer, mais exceptionnellement le manageur a accepté de nous laisser un croupier encore un peu. Du coup tout le reste du casino qui ne voulait pas rentrer chez lui est venu regarder la grosse table.
C’était parti pour une dernière heure d’anthologie !
Un homme à la mer
Je regarde les jetons passer en restant assez serré. Pas question de faire une faute. La montre relance fort. Le milliardaire suit. Le bon joueur surrelance. Payé. La serveuse me propose de commander avant qu’elle parte. Un jus d’orange pressé s’il vous plait. Zut j’ai raté l’action au flop. Sacré fatigue. Sur un plateau AT2-9 avec deux cœurs au flop, les tapis partent. Un pos de 60k et je n’ai pas vu l’action. Le jus d’orange a intérêt a être bon. River est une petite carte noire, Le russe montre AT et la montre regarde ses cartes. Regarde le flop. Puis ses cartes une dernière fois, pour dire adieu, et les jettes dans le muck.
Finalement nous terminerons la soirée à quatre. Recaver a quelques encablures de la fin n’a pas beaucoup de sens, et la montre nous quitte.
Quitte ou double
Finalement une main potable, TT. Le milliardaire relance ma blinde. Je surrelance rapidement, et il paye. Déjà une tonne au milieu. Les chiffres sont flous a vrai dire, j’ai beaucoup de mal à me remémorer le coup.
Le flop est un délicieux 8T6, arc en ciel comme on dit (pas de tirage) . J’ai des étoiles dans mes yeux ! Mon adversaire mise, je relance quasiment tout mon tapis, et il fini par dire « Okay » et pousse le reste sachant que je suis impliqué dans le coup. Le pot contient la bagatelle de 28,000.
On ne montre pas les cartes en cash game. Le croupier commence a donner le turn et la rivière et je me demande ce que je souhaite voir. J’ai beau réfléchir à toute vitesse, impossible de réduire sa range. Connaissant le lascar, il peut très bien avoir fait du cinéma avec 79. Bon ok c’est rare. Il peut aussi gambler avec J9, décider que JJ est good, ou encore tenir en main T9, à moins qu’il n’ait deux paires comme 86, ou que sais-je !
Je ne peux pas vous dire ce qui tombe sur le turn et la rivière
J’ai pratiquement fermé les yeux…
Montré mes cartes…
… et encaissé le pot ! Ouf… On est revenu au maximum, +15,000 !
La partie s’arrêtera à peine quelques mains plus tard , comme pour m’empêcher de reperdre des jetons. Les dieux du poker avaient décidé que ce serait le dernier épisode d’une partie décidément mouvementée!
Au poker cela n’arrive pour ainsi dire jamais, mais là, c’est comme un compte de fée. Je termine cette folle soirée au bout de mes forces mais fier de ma performance. Le craquage est oublié, effacé, et mon mental grandi.
Une soirée comme on aimerait en vivre tout les soirs !
D’ailleurs demain, on recommence…
Fin
Epilogue
Ce soir là j’ai décidé de rester pour me prouver quelque chose à moi-même. Quelques soirs plus tard j’étais à nouveau perdant, et j’ai décidé de rester sans même m’auto juger. Je ne suis pas sorti du casino, je n’ai pas fait un tour dehors, je ne me suis pas posé la question « suis-je en train de jouer mon meilleur poker ». A vrai dire j’étais carrément en tilt et j’ai continué à perdre lentement toute la soirée.
En continuant la partie alors que j’étais grand perdant à mi chemin, je me suis exposé à une perte énorme. Savoir quitter au poker est tout un art. Cette volonté de m’exposer m’a souvent causé de plus grandes pertes et tout n’est pas toujours rose !
Loin de toute considération de cycle (puisque les cycles n’existent pas au présent) savoir quand quitter est avant tout estimer son edge. Dans un monde idéal on devrait toujours continuer quand on gagne, car on inspire plus de crainte a des adversaires qui perdent plus en moyennent, et tiltent peut être. L’inverse est aussi vrai donc, quand on perd, on est moins respecté, vos adversaires gagnent, et jouent leur meilleur poker.
Savoir quand quitter est aussi savoir se faire plaisir, s’écouter. Si vous êtes gros gagnant et que reperdre vous fera mal mentalement, partez, même si vous avez une grosse edge ! La confiance engrangée sera encore la demain. Si vous êtes gros perdant, ne prenez plus de plaisir, et commencez à vous déconcentrer, vous plaindre intérieurement (ou pas), c’est l’heure de plier bagage, d’aller au cinéma, de voir vos amis, ou que sais-je !
CrocMonsieur

30 mars 2009 à 3:29
1st!
Enfin l’épilogue (j’vais le lire now).
30 mars 2009 à 3:38
ou que sais-je imo.
30 mars 2009 à 8:36
Merci Croc pour cette superbe histoire !
On a eu peur pour toi !
Je crois que le poker c’est comme la vie et c’est ça son charme et tu décris parfaitement le fameux “connais-toi toi-même !” What else ?
Amicalement
Epicure
30 mars 2009 à 12:14
Depuis le temps qu’on l’attendait cette fameuse fin….Heureuse pour une folle soirée a première vue…Tant mieux pour toi, entre 15k de perte et 15k de gain ya quand même une toute petite légère différence…
GL all Baltafe
30 mars 2009 à 12:33
La morale : “attendre d’avoir la main qui vous fera redevenir gagnant avant de quitter la table”
Merci Croc
30 mars 2009 à 12:37
Bien écrit, ce fut un plaisir a lire. Le bilan que tu fais c’est “faites ce que je dis et pas ce que je fais”.
PS : Le milliardaire c’est sammy george? Le pro Charalambos Xanthos?
30 mars 2009 à 13:51
Merci pour la fin ! Par contre tu as échoué dans ton défi car tu n’as pas réussi à placer le mot citrouille dans ton article.
Tu mériterais un gage tiens, voyons… je propose me coacher pendant un tournoi ou une session sur wina
30 mars 2009 à 18:10
LOL James, tu aurais dit ça même s’il avait mis le mot citrouille !
MDR !!!
Merci Nico, c’était terrible ce récit ! Vivement ta prochaine soirée de folie !
31 mars 2009 à 0:21
LOL james j’ai passé un quart d’heure a essayer de retrouver le mot dont on avait parlé. Voila la fin alternative rien que pour toi:
Attention à ne pas s’entêter dans une partie perdue d’avance, sous peine que le carrosse se transforme en citrouille…
31 mars 2009 à 13:43
Bien rattrapé
13 décembre 2009 à 2:37
[...] Mon bluff raté de l’année (et l’histoire qui va avec) : Une partie de fou au Victoria, qui contient le bluff raté le plus couteux de ma carrière (episode 2)… Si vous avez raté le wagon, voici le récit de ce cash game live contre un milliardaire russe… riche en émotions! Un Cash Game pas comme les Autres Episode II Episode III Episode IV Episode V [...]