Sur le tournage de “La Tueuse” - Partager


Mesdames, messieurs, voici revenu le moment du pélerinage annuel aux WSOP. Alors que mes confrères winamaxiens débarquaient à Vegas dès le début des hostilités, je me réservais encore quelques jours avant mon départ pour vivre un rêve de cinéphile: participer à un tournage de film. Et puis bon, 40k c’est trop cher. :)

Mais reprenons. La Tueuse est l’histoire d’une jeune femme qui s’engouffre dans le mileu du poker. Voici le synopsis.

Mathilde est une trentenaire d’aujourd’hui, en galère d’emploi malgré son diplôme d’infirmière. Elle découvre le poker au moment où elle tombe enceinte de l’homme qu’elle aime, et son surnom, « La Tueuse », elle le doit à la manière implacable dont elle élimine ses adversaires autour d’une table. Mais voilà… Mathilde devient accro, et c’est toute sa vie qui bascule.
« La Tueuse » est avant tout le portrait d’une femme au parcours singulier ; c’est un film sur l’exaltation du jeu, mais aussi, et surtout, sur l’addiction au jeu ; on y pose des questions de morale et de culpabilité, et on y découvre les facettes méconnues d’un sport en pleine expansion : le Texas Hold’em, machine à rêves, fournisseur d’adrénaline, drogue dure.

Le scénario et la réalisation sont assurés par Rodolphe Tissot, joueur passionné issu de la grande époque du boom du poker en France. Rodolphe a fait appel à moi pour l’aider à finaliser le tournage des scènes de poker et en assurer la crédibilité pour les futurs téléspectateurs exigeants que vous êtes. Et croyez-moi, ce n’est pas une mince affaire!

Ma première mission, commencée un mois avant le tournage: coacher un peu les acteurs (qui pour la plupart ont découvert le poker en même temps que le scénario) sur les gestes, attitudes et sur l’étiquette à la table. De petites choses toutes simples peuvent ruiner la crédibilité pokéristique d’un film. Pour témoin cette scène de Casino Royale avec laquelle on pourrait joyeusement jouer et rejouer au jeu des sept erreurs. (On ne slowroll pas! On ne jette pas ses jetons au milieu du pot comme un gosse de quatre ans! On ne fait pas de string bets! On oublie pas les cartes brûlées! La liste est trop longue et surtout elle me met en tilt…). Je leur ai donc appris des choses simples: à miser correctement et avec élégance, à pousser leur tapis avec classe et autorité, à porter leur regard au bon endroit en fonction du déroulement d’une main, et même à faire quelques chip tricks basiques. L’objectif: donner à leurs personnages une crédibilité en tant que joueurs de poker expérimentés. Grâce au talent et à la détermination des acteurs, je pense que le plus dur a été accompli. Mais vous me direz ça vous-même…

Puis vinrent les trois jours de tournage des scènes de poker. Un “faux cercle de jeu parisien” était entièrement reconstitué dans un local de la Cité Universitaire. Ce fût pour moi l’occasion de découvrir l’extrême organisation et professionalisme qui règne dans le milieu de la fiction. La journée commence à 7h du matin et se termine rarement avant 21h. Tout est taylorisé et économisé à au maximum: on filme toutes les scènes d’un décor avant de passer à un autre. Chaque nouvelle séquence commence par la mise en place des éléments de décor, des figurants et des marquages au sol (qui restent invisibles à l’écran et que les acteurs suivent pour se repérer). On effectue une répétition, puis c’est l’enchaînement rituel des “moteur… ca tourne… action!” avec une série de prises dans le silence le plus complet possible, le réalisateur intervenant entre chaque prise pour orienter le jeu des comédiens dans la direction voulue. On se rend difficilement compte de la quantité de travail derrière chaque image et du nombre effrayant de problèmes qui peuvent survenir et gâcher une prise. Et puis une fois un axe terminé, on refait la même chose en contrechamp pour les réparties… Tout en notant, classifiant et catégorisant tous les rush afin de pouvoir s’y retrouver le jour du montage.

Pendant ce temps, je restais aux côtés de Rodolphe pour regarder le déroulement de la prise sur son écran de contrôle et m’assurer que les petits détails pokéristiques étaient bien respectés: ordre de parole, position du bouton et des jetons, timing des actions de chacun… C’est là qu’on se rend compte à quel point une scène de poker est complexe: les axes de caméras, la position des joueurs les uns par rapports aux autres et les coups décrits dans le scénario constituent un casse tête à résoudre rapidemment avant de commencer à tourner. Dans un tournoi, le bon nombre de jetons doit être utilisé pour la bonne scène, en fonction de l’avancée du tournoi, de l’augmentation des blinds et des chip race elliptiques qui vont avec, sans parler des jeux à “truquer” pour que les bonnes cartes tombent au bon moment! Une foule de petites choses à contrôler.

Il y eût quelques moments amusants…

…comme une séquence se déroulant d’assez loin et voyant l’élimination d’un figurant joueur par un des personnages principaux du film, sur un all in preflop. Afin de rendre la scène la plus vibrante possible au niveau émotionnel, je préparais le deck avec une succession de “rollercoasters” à faire tilter Tom Dwan et demandais au figurant de vivre le coup tel quel au fur et à mesure que les cartes tombaient: 33 vs QJ, flop T755T! KK vs A4, flop KQQQ….Q! A9 vs 55, flop K576 (donnant flush draw max à A9) mais le 8 river complète la quinte avec le 9 alors que tout le monde attendait la couleur! Tout ça ne passe pas à l’écran bien entendu, mais les réactions du joueur sont “priceless”.

.. ou encore un moment ou nous devions répéter un gros coup avec un énorme pot et des tapis qui volent. Il fallait reconstituer des piles de centaines de jetons entre chaque prise, un truc à vous donner des crampes dans les doigts!

… ou pour une autre séquence filmée en plan large et montrant l’actrice principale en train de raser une table. Nous jouions une série de “flash” à fond sans tenir compte des cartes, mais le hasard à voulu qu’Adrienne Pauly (la comédienne qui tient le rôle) gagne quasiment tous les coups!

Au bout de trois jours éreintants, toutes les séquences de poker sont enfin terminées et j’ai gagné un repos bien mérité. Au final, une expérience extraordinaire au coeur de la création d’un film, et je ne saurai être assez reconnaissant à Rodolphe et son équipe de m’avoir aussi bien accueilli. La Tueuse devrait sortir au début de l’année 2010 comme téléfilm sur Arte. Je vous tiendrais au courant…

Ah oui, dernière chose: ma récompense dans tout cela? Vous m’apercevrez peut-être à une table finale pendant le film. Ben oui… Comme je n’arrive pas à atteindre les finales d’EPT, autant me contenter des fictives!

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Avant de vous laisser, quelques petites infos bonus. Je pars à Vegas le 6 juin et j’ai une série de 11 events à mon programme.

19 No-Limit Hold’em / Six Handed (3 day event) $2 500
22 No-Limit Hold’em Shootout (1,000 player max) (3 day event) $1 500
27 Pot-Limit Omaha Hi-low Split-8 or Better (3 day event) $5 000
32 No-Limit Hold’em (3 day event) $2 000
34 No-Limit Hold’em (3 day event) $1 500
36 No-Limit Hold’em (3 day event) $2 000
41 No-Limit Hold’em Shootout (1,000 player max) (3 day event) $5 000
48 Pot-Limit Omaha Hi-low Split-8 or Better (3 day event) $1 500
52 No-Limit Hold’em (triple chance) $3 000
56 No-Limit Hold’em / Six Handed (3 day event) $5 000
57 Main Event $10 000

Et enfin, une petite main de poker pour finir. Dans un tournoi online récent sur winamax (20$+rebuys), je suis en table finale. Il reste 5 joueurs en 4000/8000 et je suis au bouton avec A2s et une bonne profondeur. Je décide de minraise à 16000 pour inciter le big blind, le joueur le plus faible de la table, à défendre trop loose et à jouer hors position contre moi, tout en perdant le minimum en cas de resteal du bon joueur au SB.

Le big blind call et le flop tombe J95 avec un flush draw (mais pas de ma couleur) et mon adversaire mise 21000. Je suis assez surpris de sa mise, c’est la première fois que je le vois faire un truc pareil et je comprends en croisant les infos de mon tracker et mes observations que sa range est composée d’énormément de tirages, d’un peu de rien du tout, et de quelques mains fortes. Je décide donc de call sa mise tranquillement, ne voulant pas lui donner l’opportunité de me sur-relancer all in; et de le bluffer plus tard si les tirages ratent. Le turn est un 6, et il checke. Je checke afin de bluffer la river pour pas trop cher si les tirages ratent et de l’attraper si il tente un bluff. La river est un 2 offsuit: tous les tirages crédibles ont raté et mon adversaire mise 55000. Je suis quasiment sûr qu’il bluffe: le montant de sa mise, son pattern, son timing… Et de plus, le 2 me permet de battre désormais les autres “ace high hands” qu’il m’aurait fallu relancer pour éviter un showdown perdant. Je call donc après un instant de réflexion… Et mon adversaire montre un flush draw raté! MAIS AVEC Q6s qui a fait une paire au turn! L’enchaînement de circonstances est cocasse: mon adversaire a bien un tirage, il attrape une paire au turn mais décide ensuite que ce n’est pas suffisant et tente un bluff. De mon côté je lis parfaitement la situation mais attrape une paire à la river et décide que c’est suffisant! Ce coup m’a fait mal au moral et un coin flip raté plus tard, j’étais out…

A la prochaine!

Ah oui, si vous êtes accrocs aux infos de dernière minute, n’oubliez pas de me suivre sur mon twitter _manub_ !

ManuB

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3 commentaires pour “Sur le tournage de “La Tueuse””

  1. snickerssman dit :

    C’est ca qui est super avec toi Manu, c’est que tu pourrais ecrire une nouvelle sur la reproduction des crocodiles, j’arriverai a le lire sans m’ennuyer :D

    btw twitter caÿ naz, utilise facebook :D

  2. OZONEFACT dit :

    ALORS LA TUEUSE SAIT TOI JE SAVAIS BIEN A COUP DE JETON ET DE POSITION UTG SA DOIT DEGOMMER VOIR ATTACKER LES GROS BLINDS VOIR PAUSER ALL IN SANS REGARDER SES CARTES ET SORTIR UN PAIR DE 4 UN 4 AU FLOP ET UN A LA RIVIERE TU VOIS LE 4 MAIS DANS TOUT SA JE SUIS SUR QUE SAIT UN FILM QUI TOURNE ROND QUELQU UN QUI AIME VRAIMENT VOTRE PERSONALITER SINCEREMENT JOHANN LE KA RESPECT MADAME PORTAL

  3. yasteroide dit :

    Enfin… ça dépend de quels Croc-Odile… ok je sors.

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