Après un très bon départ au Day 1, je me retrouvé éliminé à vingt places de l’argent à l’Event #13 des World Series of Poker 2010… Ce qui compte au poker, c’est le résultat ! Qu’est-ce que ce jeu peut être cruel. J’ai maitrisé mon sujet pendant une journée entière, et ai commis une unique « erreur » au moment crucial du tournoi. Et voilà , sorti. Tout ce travail est remis au néant. L’important, c’est d’en ressortir avec une leçon qui va me permettre d’avancer. Ne revenons pas sur mon Day 1 : ce fut un gâchis de skill et de chatte. =)
Day 2, donc. Nous ne sommes plus qu’Ã cent places de l’argent.
J’espère donc exploiter la bulle pour construire un tapis. Je n’ai néanmoins pas trop abusé de la table car j’étais entouré de deux gros tapis qui m’avaient l’air de bien maitriser leur sujet. J’ai volé les blindes du bouton pendant trois tours consécutifs et me suis stabilisé autour des 35,000 (blindes 400/800) lorsqu’arrive cette main :
« C’est le Team Manager Stéphane Matheu qui est revenu vers le banc de presse, hagard : « Dav est sorti… » Stéphane a tout vu, et a pu me raconter les détails de la main. Sur des blindes 400/800, Davidi trouve 3
4
et relance à 2,100. Lorsqu’il se fait 3-bet à 5,800, il paie avec la position, dans une bataille de chipleaders de la table.
A
Q
2
Derrière une mise de 6,000, Davidi envoie tapis pour un total de 35,000 avec son tirage quinte et couleur. Son adversaire décide de payer avec une des pires mains possible : J
T
pour un tirage supérieur. Le tournant est un roi de pique qui cloue le belge au sol : le voilà drawing dead. Il est éliminé à une trentaine de places de l’argent. »
Il est important de reconnaître ses erreurs après son tournoi, histoire de ne plus les refaire dans le futur et ainsi s’améliorer. A la suite du dernier coup face à Dario Minieri au shootout, j’ai au beaucoup de mal à déterminer si j’avais commis une erreur ou non. J’ai mis quatre jours à réfléchir à la question en en parlant à plusieurs joueurs réputés… Au final, ma conclusion est que c’est une petite erreur, mais qu’elle reste pardonnable face à un maniac comme Dario Minieri.
Revenons donc sur ma sortie de cet Event #13. Le débat se pose sur le call avant le flop. En effet, payer avec 3
4
un 3-bet avant le flop peut paraître douteux… Le plan en payant est de semi-bluffer sur un flop à tirage. Si il passe, je passerais à 50,000 jetons et si je suis payé par une double paire ou un brelan, il me restera quoi qu’il arrive douze outs.
Arguments favorables :
- Nous avons pratiquement le même tapis : il aura peur de risquer tout ses jetons à la bulle du tournoi ;
- Avec la position, je peux, selon le flop : improviser un bluff pur, semi-bluffer un tirage, rentabiliser les nuts ;
- La fold equity est plus élevé au moment de la bulle ;
- Il fait une faible sur-relance avant le flop… Je pense que si il avait une premium, il aurait relancé plus gros pour jouer le coup préflop ;
- La répartition des prix étant lente jusqu’à la table finale, c’est le moment de préparer sa victoire (« play to win »)
Arguments contre :
- Je ne connais pas l’adversaire, et même si il a joué relativement tight depuis le début, aucune indication ne me prouve qu’il joue « l’effet bulle » ;
- Il a un petit peu plus de jetons que moi : je risque TOUT mon tournoi sur un semi-bluff. De plus, même si il ne lui restera que 4,000 jetons sur des blindes 400/800, et qu’il ne sera pas assuré d’atteindre l’argent, le décompte de mon stack a influencé sa décision ;
- Il peut, comme dans le cas présent, toucher un tirage flush supérieur au mien, auquel cas je suis vraiment mal ;
- L’argent n’est pas loin et il y a beaucoup de short stack, finir ITM aurait été bien pour la confiance pour la suite des WSOP.
Dans ce cas précis donc, je ne le couvre pas et ne le connais pas. J’aurais du me donner la discipline du fold avant le flop. C’est une erreur qui aurait pu me permettre de prendre un beau pot dans un autre jour, mais ici le Dieu du poker a donné un flop pour me punir de ce call « borderline ». J’ai sous-estimé la fold equity après le flop. Je ne le pensais pas capable par exemple de devenir « crippled » en payant avec un tirage. Cela veut sans doute dire qu’avec As-Roi, As-Valet ou As-Dix, il aurait payé sans sourciller.
Ma stratégie consiste à préparer une future victoire au moment de la bulle. Je n’ai donc aucun regret. Sur le long terme, c’est profitable de faire moins de places payées et plus de top 3. En ligne, la possibilité de jouer un gros volume permet d’exploiter cette stratégie. Le problème en live, c’est que nous n’aurons pas mille occasions d’être deep dans un tournoi !
Aujourd’hui, le poker a évolué et est guidé par l’école en ligne, de nouveaux moves et modes se développent. Je pense que la nouvelle école en ligne aurait favorisé dans le cas présent un 4-bet avant le flop, pendant que l’ancienne dirait de passer. Ce sera en tout cas intéressant d’en discuter avec les nombreux joueurs de MTT en ligne que je connais.
La leçon du jour : ne pas s’attaquer à des plus gros tapis que soit à la bulle !
KitBul
10 juin 2010 Ã 10:14
Tu l’a acheté où ton t shirt ? j’adore !
10 juin 2010 Ã 23:05
Super analyse du coup.
Merci.
Ca sent la perf pour la suite !