Tout comme vous, j’aime bien lire les blogs de poker. Récemment je me suis posé la question: qu’est-ce qui j’y cherche réellement? Qu’est-ce que j’aime lire dans un article de blog poker? J’ai dressé une petite liste:
- les déboires d’un joueur qui perd. Sans doute cela me fait-il me sentir moins seul dans les périodes difficiles…
- De la stratégie qui fait réfléchir et avancer
- Des ragots tous frais, ou des anecdotes amusantes, voir les deux ensemble.
Trois tournois que j’attendais avec impatience se sont soldés par trois échecs cuisants au day 1.
Plus vite j’aurais oublié l’EPT San Remo, mieux je me porterai. Quand je repense à cette élimination au bout de quinze minutes à tapis sur le turn avec hauteur huit (et un tirage ventral, tout de même), j’ai l’impression de jouer le rôle du type qui sort d’un accident de voiture avec l’argument “oui c’est vrai je roulais à contresens sur l’autoroute, mais le 38 tonnes qui m’a percuté roulait à 115 !”. Je ne reviendrai pas en détail sur la main en question, si ce n’est pour annoncer qu’elle déloge la tenante du titre au panthéon des mains que j’ai le plus mal joué de ma vie. La précédente était quand même un Q6o 3bet all in sur un flop A23 contre un joueur tight en combat de blinds. Ca vous donne une idée de l’ampleur des dégâts.
Monte Carlo: après un tel choc et pour le plus beau tournoi de l’année, j’étais déterminé à pratiquer un poker solide, agressif, réfléchi et efficace mais pas suicidaire. J’ai commencé dans de bonnes dispositions mais un malheureux “setup” m’a fait perdre le quart de mon tapis en début de tournoi (retour sur cette main plus tard). Sans grande réussite, je forcais un peu pour chercher des spots pour provoquer de l’action… un peu trop sans doute, puisque deux semi-bluffs approximatifs plus tard, j’étais sorti du tournoi.
Et enfin Venise: j’ai récupéré un semblant de confiance puisque j’ai plutôt bien joué ce tournoi, malgré une traversée du désert niveau cartes, et une élimination à la fin du day 1 avec AQ contre KK et TT dans un pot qui aurait pu me voir tripler mon tapis. Quelques petites erreurs faciles à corriger émaillent ma performance, mais j’en reste globalement satisfait: patience, bonnes lectures et application étaient au rendez-vous. Je n’ai pu m’empêcher de noter un petit manque d’agressivité qui m’a sans doute fait perdre quelques pots moyens que j’aurais du protéger… Quand je rate un 2-barrel sur 7336 tirage couleur avec 88, laissant le AT de mon adversaire s’améliorer sur la river, par exemple.
Une période bien frustrante, donc, mais j’entrevois le bout du tunnel et ait décidé d’arriver en plein forme à Vegas. D’ici là: sport, retour à de bonnes habitudes alimentaires, préparation psychologique et technique de tous les instants. On va quand même pas laisser tous les bracelets aux belges!
Un peu de stratégie
Revenons sur une main de l’EPT Monaco. C’est la fin du premier niveau de jeu, les blinds sont de 50/100 et tout le monde possède çà peu près 30.000 soit 300 grosses blindes. Un adversaire UTG qui a l’air de pratiquer un poker compétent relance à 300. Je suis UTG+2 avec AA.
Le réflexe de base est de sur-relancer et les arguments semblent logiques: j’ai AA, la position, mon adversaire montre de la force, je veux l’isoler et jouer le coup en tête-à-tête, etc… Néanmoins, la profondeur des tapis et la relative compétence de mon adversaire m’ap oussé à faire un play inhabituel: j’ai simplement payé sa relance à 300. Pourquoi?
Examinons ce qui se passe si je sur-relance à 1200, par exemple. Ma main, ou du moins mon éventail, devient assez transparente. Tous les joueurs parlant après nous se voient offrir un spot parfait pour chercher un flop favorable avec des mains comme 56s ou n’importe quelle petite paire. Le joueur que j’ai sur-relancé ne va certainement pas 4-bet KK ou AK hors de position avec un tapis aussi profond, sans compter le fait qu’il s’agit ici de ma première sur-relance. Après le flop, je n’ai quasiment aucune chance de gagner un gros pot contre une main de style top pair. Au mieux je gagne un pot moyen, mais dans tous les cas, mes adversaires savent qu’il vaut mieux battre une overpaire avant de faire grossir le pot. En gros, je laisse l’opportunité à mes adversaires de faire seulement des petites erreurs, voire de jouer parfaitement contre ma range.
En payant juste avec AA, je laisse déjà la possibilité d’un squeeze play derrière moi. un joueur avec AK, QQ ou JJ par exemple, pourra être tenté de sur-relancer ce spot, et sera particulièrement surpris de me voir 4-bet quand l’action reviendra à moi. Cette situation lui fera plus souvent commettre une erreur qui si je sur-relance moi-même, le laissant call derrière moi et jouer sa main parfaitement. Ensuite, je crée une situation post-flop ou ma main est déguisée. Je peux prendre un plus gros pot en moyenne contre une main de style top pair qui pourra se penser devant. J’évite aussi de perdre un trop gros pot quand je suis confronté à une main qui bat mes As. Enfin, je peux récupérer la value que je perds preflop avec un bon read à la river.
Voici comment la main s’est déroulée: personne d’autre n’est rentré dans le coup et le flop est tombé 579 avec deux carreaux. J’ai call le continuation bet de mon adversaire. Turn 4 de trèfles. J’ai call le 2eme barrel de mon adversaire, avec le plan en tête de miser la river si il checke, voir de raise son bet si celui-ci ressemble à un value bet avec TT-KK. le 7 double à la river et mon adversaire mise cher. J’hésite un instant à fold, mais finalement Je call juste et il me montre 55 pour un full, avec brelan floppé. Je perds environ 5000 de mon tapis de 30.000 sur ce coup. Si j’avais sur-relancé, il va sans dire que j’aurais perdu au moins le double. Et dans les cas ou mon adversaire ne touche pas son brelan, je lui prends de toute façon très peu si je sur-relance, et peut-être un peu plus si je call (sa mise preflop, son continuation bet et peut-être un value bet river)…
Anecdotes et ragots
Voici un fait amusant à mon sujet: pour des raisons personnelles - principalement spirituelles - je ne bois pas d’alcool. En conséquence, je ne tiens pas du tout la boisson et les rares fois où on a pu m’apercevoir dans un état d’ébriété ou provoqué pas mal de fous rires. Cela a suffisamment intrigué Ludovic “Cuts” Lacay, lui-même un fêtard invétéré, pour me proposer un prop bet qui tenait depuis l’EPT de Deauville: combien pour que je boive cinq vodkas redbull? Me voyant mal renoncer à mes résolutions spirituelles pour une question d’argent, je lui proposais de verser 500 euros à une oeuvre de charité de mon choix - en échange de quoi il aurait le plaisir (relatif) de me voir complètement ivre.
Après mon élimination à San Remo, je me suis retrouvé en boite avec une grande partie du team et notre estimé Manager Yuestud. L’alcoll commençait à couler à flot et la pression sociale pour boire se faisant ressentir, je rappelais alors à Cuts notre pari, qu’il s’empressait alors de confirmer tout en me versant une vodka lourdement chargée. Cinq verres plus tard, j’étais dans un état lamentable. Ludo, dont la générosité naturelle est directement indexée sur le taux d’alcoolémie, décide alors de doubler le montant sans raisons particulière. Dans un élan de compassion, je m’aligne alors sur son offre et décide de verser la même somme à l’association encore inconnue.
La suite de la soirée est toujours un peu floue. Voici quelques éléments qui surgissent dans ma mémoire. L’anonymat des personnes concernées est bien entendu respecté… A vous de deviner, si ça vous amuse.
- un membre du team a fait un lap dance à un autre. (Précision utile: la participation d’une fille n’est pas obligatoire!)
- trois membres du team se sont retrouvés à danser très proches les uns des autres sous les yeux des italiens médusés
- deux membres du team entre lesquels subsistaient quelques tensions sont tombés dans les bras l’un de l’autre et se sont fait des confidences
- un membre du team a failli emballer une italienne aussi ivre que lui, ce qui serait sans doute arrivé sans l’intervention inopinée d’un autre membre du team déterminé à “sauver” le premier.

9 mai 2009 à 14:11
alors la pour les tensions qui subsistaient et les confidences je propose cuts et tallixx Je me trompe???
9 mai 2009 à 15:32
Merci pour l’article, très bien écrit comme d’hab’. Je veux bien croire que tu ne bois jamais, la preuve : tu ne sais pas écrire le mot alcool :p Mais bravo à toi et à Cuts pour la générosité.
9 mai 2009 à 16:21
va falloir se reprendre en main Manu !
9 mai 2009 à 18:47
Enorme cette anecdote, on en veut d’autre !!!
9 mai 2009 à 20:42
“pour des raisons personnelles - principalement spirituelles - je ne bois pas d’alcool”
Tu vas nous faire croire que t’étais jamais ivre pendant l’épopée donkinvegas?
10 mai 2009 à 2:02
Oulah faire boire manu, cette bande de oufs
Ca me fait plaisir de voir que tu joues encore à magic
j’èspère pour toi que la chance t’accompagnera a végas.
++
Thierry
11 mai 2009 à 10:41
L’association des alcooliques anonymes… Ca va de soit
En tout cas ton analyse PF sur le choix d’article est parfait on ressent bien la façon de penser d’un joueur de poker

Le Check sur “Déboires de perdant” est bon, Le Bet sur “Un peu de stratégie” est bien joué lui aussi et Le call pour info sur “Anecdotes et ragots” est crazy
6 août 2009 à 22:39
[...] le pari s’est matérialisé quelques mois plus tard lors d’une soirée épique à San Remo pendant laquelle Ludo, dans un élan de générosité alcoolisé, décide de doubler le montant. [...]