Matin du day 3 de l’EPT Prague. J’ai dormi 5h et je sais que je ne me rendormirai pas. Le tournoi n’a pas encore commencé mais je joue déjà dans ma tête.
Les mêmes chiffres tournent en rond dans mon cerveau. J’ai 273,200 pour une moyenne se situant autour de 160,000. Il reste 95 joueurs. La bulle est à 80. La journée se termine à 24 joueurs. Il y a 8 places en TF. Ca serait ma première TF d’EPT. Il y a 682,000€ au vainqueur …
Mais tout cela paraît si loin. Le bal des chiffres s’interrompt et je regarde la composition de ma table d’aujourd’hui: le deuxième stack a 148,000, et tous les autres sont bien en dessous. Je reconnais plusieurs joueurs, des serrures patentées. Une table de short stacks, à 15 joueurs de la bulle, dans un EPT, peut-on rêver mieux? Mon imagination débridée élabore tous les scénarios: “le pire? je joue mal, fais doubler un short, rate un bluff et tombe moi-même short, la table casse et je me retrouve à droite du chip leader, je tente un move de frustration et je sors à quelques places de la bulle…”. Le meilleur? “Je massacre ma table et arrive à monter 400,000 avant le passage de la bulle. J’ai un gros setup favorable en milieu de journée, set contre AA, et je franchis la barre du million quand nous tombons à 24 joueurs.” La réalité se situera probablement entre les deux… Mais je sais à quel point ce jeu peut être rapide et impitoyable, à la fois grisant et cruel, comment on peut jouer des pots de chip leader écrasant à 20 places de la table finale et succomber à deux outs. J’ai suffisamment d’exemples de grands joueurs autour de moi à qui cela est arrivé de nombreuses fois. Et pourtant, ils reviennent toujours à l’assaut, tournoi majeur après tournoi majeur, avec une détermination à peine émoussée. Les Levi, Mattern, Lacay, Lellouche, Croc, Davidi, Johny001, Elky ou Cao (et tous ceux que j’oublie) sont des modèles de talent, de technique, de travail mais surtout de volonté et de résilience psychologique. Ils ont leurs faiblesses, mais ce sont des monstres.
Au début de mon parcours de joueur sponsorisé en mars 2008, je manquais un peu de tout ça. J’ai été un peu frivole, impatient, parfois lâche et parfois suicidaire dans ma gestion de stack. Aujourd’hui, j’ai trouvé de bien meilleures marques sur le circuit. Mon jeu preflop est beaucoup plus précis et agressif. J’ai soigné ma tendance bornée à vouloir gagner tous les pots. J’arrive à abandonner un bluff quand il a zéro chances de succès. J’essaie de laisser mon ego à la porte. Pour résumer, je suis dix fois le joueur de poker que j’étais il y a dix-huit mois. Je sens la différence, dans les jour 1 de gros tournois majeurs, où j’ai systématiquement l’impression de maîtriser tout ce qui se passe à ma table. Les jetons s’accumulent sans effort, jusqu’au moment où la situation se complique… Je regarde autour de moi: les stacks augmentent, les spots se raréfient, les sharks commencent à sentir le sang des rares amateurs restants.
Et pourtant, il me reste encore maintes étapes à franchir pour frôler le niveau des joueurs précités. Les jour 3 des tournois majeurs - et au-delà - me réservent encore bien des mystères. Je me sens parfois comme un poisson tombé de son aquarium: certaines tables sont irrespirables! Tous les spots sont pris, relancés et sur-relancés, il faut s’imposer à coups de cold 4-bet light, écraser l’opposition avec sa présence, se mettre en danger à chaque main, tout en sachant rétrograder au bon moment pour éviter l’accident. Ce mélange de patience et de témérité aveugle est un trip d’adrénaline incomparable. C’est aussi un goût acquis: l’expérience de ces situations où l’on danse sur le fil du sabre ne s’apprend pas dans les tournois online, dans les livres ou même sur les forums. Il faut s’y retrouver maintes et maintes fois. Et tenter encore et encore.
Heureusement, il y a les amis fidèles, toujours présents et inconditionnels. Sur place, la personnalité et le rire permanent d’Almira m’aident beaucoup à relativiser. A distance, les mots de soutien de ma copine Nathalie sont une motivation supplémentaire: je joue aussi pour elle. Les encouragements de Nicbab, Zeduf, Jaybee… et de tous les joueurs des forums qui me ressemblent tant me portent vers l’avant. Car je suis comme vous, un joueur du net issu des forums, sorti de l’anonymat par passion, fortune et acharnement. “But I iz a pro, baby.”
Ca reprend dans trois heures. On va overbet les rivers. (ca rime).
ManuBTags: EPT Prague 2009


4 décembre 2009 à 8:59
Vaz-y ManuB !! FTW !!
4 décembre 2009 à 8:59
très bon article BTW
4 décembre 2009 à 9:30
Allez manu,au travers de vos recits et exploits vous nous faites aussi vibrer.
bonne journée.
4 décembre 2009 à 9:34
Good Luck Manewbie !!! U iz a pro !! Don’t worry… Just no blow up ! plz…
4 décembre 2009 à 10:29
Bon courage bon ce day 3 !
Tu mérites une TF Manu !
Have fun !
4 décembre 2009 à 10:52
slt Manu,
“papillons dans l’estomac”, j’ai vu le titre je me suis ça y est il est amoureux!
allez un gros GL fais toi plaisir!
et surtout shiiiiip it
4 décembre 2009 à 10:58
Superbe Article, GL pour ton Day 3.
Tu vas marcher sur ta table, ca va passer.
4 décembre 2009 à 11:58
un plaisir à lire, comme à chaque fois…
4 décembre 2009 à 12:28
Ce détend, ca reveil en douceur, merci pour cet écriture soigné qui fait voyager .
A quand de nouvelles vidéos de MTT en plusieurs parties ???
Grand grand fan ………
GL pour la suite ….
4 décembre 2009 à 12:30
Nice post Manu !
Même si, comme tu le dis, rien ne remplace l’expérience, tu nous fait sentir la tension, l’excitation et tous ces sentiments entremêlés d’un day 3.
Good luck !
4 décembre 2009 à 13:35
Salut Manu !
Je ne sais pas comment va se passer ce Day 3 mais je te souhaite la meilleure réussite possible!
J’ ai été très sensible à ton post , mélange d’intelligence , de sensibilité et de relativité indispensable pour aborder cet évènement.
UN BIG GL
GO AHEAD …
Marc