L’odeur du tapis vert de bon matin
1 octobre 2011 par ManuBChaque nouveau tournoi que j’ai la chance de disputer sur le circuit est un saut dans l’inconnu, une profession de foi. C’est l’occasion de se demander, irrémédiablement, si “cette fois, c’est la bonne!”. Le frisson de savoir si la variance sera de notre côté, si on va toucher trois carrés par tour où devoir passer pendant des heures, si on sera sauvé ou anéanti par un improbable one-outer. L’angoisse de savoir qui sera à notre table, quel monstre du poker aura la position directe sur nous et nous foudroiera du regard et de 3bets à chaque fois que nous oserons prendre les devants. Et il y a cette main fatidique, celle qui nous éliminera si on ne remporte pas le tournoi… A quoi ressemblera-t-elle cette fois-ci? Un vulgaire coin flip? Un méchant setup? Un move au timing hasardeux? Un “hero call” suicidaire?
Malgré l’importance que j’accorde à ma préparation mentale avant chaque tournoi, ces questions reviennent encore et toujours, comme la marée ascendante. Je me suis résolu à accepter que ça fait partie du processus. Après tout, si Jackie Chan avoue avoir peur avant chaque cascade, et un acteur comme Laurence Olivier peut avoir le trac avant de monter sur scène, je peux me pardonner un peu d’angoisse! Mieux, je travaille à les retourner à mon avantage. Par exemple, j’angoissais beaucoup pendant mes premières années sur le circuit à l’idée de me retrouver à table avec une star du poker, un Tom Dwan, un Phil Ivey ou autre Antonius, qui pourrait lire dans mon âme et me ridiculiser en public. Aujourd’hui, je prends chaque bon joueur à ma table comme une extraordinaire possibilité d’apprendre. Je bois chacun de leurs gestes, je scrute chacun de leur moves, j’observe leur attitude dans les passages difficiles et dans les spots compliqués. J’ouvre toutes grandes mes oreilles pour capter le moindre extrait de conversation qui pourrait m’orienter dans leur thought process.  J’ai réalisé qu’à partir d’un certain niveau, l’edge d’un meilleur joueur n’est pas assez fort pour contrebalancer l’avantage de la position. J’ai dépassé ma peur et j’ai grandi comme joueur.
Ce début de saison 2011-2012 m’aura apporté son lot de sensations grisantes et décevantes. J’ai commencé l’année sur les chapeaux de roue avec une place payée à Barcelone, qui aurait pu être bien plus belle avec un peu plus de réussite au jour 3.  J’ai effectué ensuite deux excellentes premières journées au WPT Paris et au Partouche Poker Tour, avant de m’effondrer au jour 2 du WPT et de faire la quasi-bulle du PPT. J’attendais beaucoup de mon dernier tournoi, l’EPT Londres, que je disputais pour la première fois “à domicile”, mais j’ai du rendre les armes en moins de deux niveaux. Parfois, le cauchemar redouté prend forme et rien ne peut arrêter notre élimination, c’est la nature du jeu, et après avoir perdu la moitié de mon tapis dans diverses circonstances malheureuses, j’ai eu du mal à éviter la confrontation entre mon A
5
sur Q
4
3
et les K
6
et Q
7
de mes adversaires…
Chaque échec est une étape vers le succès, alors je m’accroche. Mon degré de concentration est supérieur à ce qu’il était il y a un an. Je suis de plus en plus mon instinct et mon expérience. Je me trompe parfois, mais je me pardonne. Et je pense à la prochaine étape: les Winamax Series! Je suis inscrit à une quinzaine d’events pour environ 3k de buyins et je compte bien y faire des étincelles.
A dimanche pour les premiers tournois!



K
. Dure la vie hein ?







