« Miss, you don’t play well »
2 juillet 2010 par Neechee Girl
« Miss, you’re playing with stars of poker and you don’t play well. »
Cette phrase m’a été dite par un croupier. Un croupier du Rio à Las Vegas pendant les WSOP. Nous sommes encore 45 en course dans le 2,500$ 6 max et je viens de faire tapis avec un peu moins de 20 blindes. Voici le contexte.
Je suis, depuis plus de deux heures, en train de me bagarrer à une table difficile, trois gros stacks à ma droite et je navigue entre 15 et 25 blindes. Les deux joueurs directement à ma droite relancent quasiment tous les coups préflop et je ne vois pas de jeu. Je pousse pour me maintenir à flots (avec des mains très marginales) à chaque fois que j’en ai l’occasion. Le joueur en face de moi sur qui ça tombe plus de 7 fois ne me paye jamais mais me regarde à chaque fois très longuement. Je sens qu’il tilt. Qu’il tilt grave même. Puis arrive ce coup, où une fois encore ça tombe sur lui : je pousse mes jetons au milieu ( j’ai cette fois AK et un peu moins de 20BB, une très bonne situation pour qu’il call vu l’historique entre nous). Il réfléchit encore plus, excédé, et finit par fold non sans lâcher à son voisin un truc genre « stupid girl. » En tout cas quelque chose de court, de visiblement pas très aimable mais que je n’entends pas… Le croupier ( qui est depuis 5 minutes à notre table) voit que je tends l’oreille pour écouter ce qu’il dit et c’est là que sort cette phrase magique « Miss, you’re playing with stars of poker and you don’t play well » !
A ce moment là de la compétition, tout peut se jouer, le mental a une place primordiale et cette phrase est impardonnable. J’ai deux solutions : soit j’arrête le coup, je fais venir le responsable du tournoi, je demande au croupier de répéter ce qu’il vient de dire et je le fais virer, soit j’encaisse.
Le truc c’est que je monte rarement dans les tours mais quand ça monte… ça ne redescend pas de si tôt.
Je pense à la situation : si je perds vingt minutes à me calmer après avoir fait cet esclandre, je perds ma concentration, ma crédibilité et mon énergie. Alors je décide de prendre sur moi et de continuer à jouer. Je ne le regarde plus et je continue ma partie. Je régule mon souffle, je repense à ce coup et vu la situation je le trouve tout à fait bien joué au contraire et je me remets à fond dans le tournoi… jusqu’au coin flip qui ne passe pas…
Je vais sortir 38e de ce tournoi avec effectivement toutes les stars du poker international, des joueurs immenses et j’en suis très fière.
Shaun Deeb
Quand il arrive à ma table en milieu de Day 2 du 5000$, j’ai 110,000 de stack et je suis au dessus de l’average. Il s’assied et regarde chaque stack à table avant d’annoncer très fièrement « j’ai 150 ». Et il demande à chaque joueur assis derrière des colonnes de jetons combien il a…« 95000 » … « 120 000 » etc.
J’attends mon tour… sauf qu’il ne vient pas : il me zappe et ne me demande rien !
J’attends qu’une main se joue et là je lui demande avec mes yeux noirs (et je peux vous dire que je fais très bien les yeux noirs) : « Est ce que c’est parce que je suis une femme que mon stack ne vous intéresse pas ? » Il recule et accuse un peu le coup avant de répondre un truc bidon « non, mais j’avais réussi à compter vos jetons » LOL
Et il perdra un tiers de son stack dans un coup juste après… contre moi …
Et le surlendemain, je le vois au tournoi ladies avec une pancarte ridicule « le poker n’est pas une question de sexe, je suis contre et donc je le joue ». Qui dit tournoi, dit bracelet à la gagne… vous me suivez ?
Qu’on soit contre les tournois exclusivement féminins, soit (j’en fais partie d’ailleurs, on n’est pas au tennis et je peux renvoyer la balle) par contre dès lors que ce genre de tournoi existe, pourquoi ne pas le respecter ? Et vu notre échange précédent je doute fortement de son féminisme. Pas vous ?
Phil Hellmuth
J’ai eu la chance de jouer l’année dernière avec Phil Ivey pendant le main event et quand je me retrouve en day 2 du 5000$ à la table de Phil Hellmuth, je sais que c’est une autre catégorie de super star. Une foule se presse pour le regarder et pour l’écouter. Pour l’écouter surtout. C’est très sonore du Hellmuth !
Je vois plusieurs coups qu’il joue.
Le premier, aux blinds 1500/3000, il relance 8000 et quand un joueur fait boîte pour un peu moins de 100 000, il va faire un cinéma incroyable pendant 6 minutes (le temps pour moi de manger une pomme), un acting presque risible : il dit être certain de faire face à KQ ! Tout ça pour fold AJ après réflexion…
Déjà un peu énervé il va se tromper sur sa main suivante en relançant à 6000 au lieu de 8000. Le même joueur le sur-relance, cette fois pas à boite. Et il recommence son cinéma, en donnant du “it’s so sick i’m pretty sure you have aces”, “i can’t believe i’m folding this hand”, “i folded queens before today already”.
Et il finit par fold effectivement QQ. Son adversaire montre alors A9o. Il se retourne vers Greg Raymer qui est derrière lui et lui raconte comment il a fold QQ plus tôt dans le tournoi, genre tu as vu de quoi je suis capable ! Alors qu’on est tous en train de se demander comment il peut monter des jetons si souvent, avoir autant de bracelets en se trompant autant et il argumente encore et toujours genre « mais on est toujours énorme quand on missclick preflop » etc.
Ce même joueur le sortira quelques mains après avec une paire de 3 contre A10 pour Hellmuth. Et on en entendra des « mother fucker » et autres amabilités dans la salle du Rio ! Et il reviendra sur les lieux du « crime » à deux reprises pour insulter et s’énerver tout seul.
En fait un des seuls coups où je l’ai vu remporter des jetons, c’est avec AA en main…
Quand à moi c’est sur un coin flip que je vais sauter 22ième.
Voilà mes WSOP première partie.
3 tournois et 2 résultats dans des events réputés difficiles… C’est un bon encouragement pour le main event. Je suis réellement impatiente de reprendre l’avion dimanche pour Las Vegas.
Je disais que ces WSOP étaient un peu les premiers pour moi : la première année, mes copains avaient cassés leurs tirelires pour m’offrir 3 petits events et je pense que je n’étais pas prête, la seconde année j’étais enceinte de 3 mois, fatiguée par ma grossesse et par mes deux allers/retours, l’année dernière je ne suis venue que pour le main event ce qui est au final très frustrant. Cette année, c’est juste parfait.
Un grand merci pour les pommes, le soutien, la déception qui se lisait sur le visage de mes amis qui m’ont regardé jouer. Merci à Nico avec qui j’ai partagé une table dans le 6 max. Son regard bienveillant et nos discussions m’ont fait un bien fou.
Avoir un team manager comme Stéphane Matheu est un atout considérable pour nous, joueurs. Etre avec quelqu’un qui nous épaule comme ça, qui nous remue et qui organise notre vie autour des tournois… c’est juste génial !
A très vite …





