Mon EPT aux Bahamas, part II - Partager


Mieux vaut tard que jamais… Terminons ce compte-rendu de l’EPT des Caraibes avec mon Day 3, qui fut mon dernier. Un peu trop court à mon goût. Quand la partie reprend, les blindes sont à 3,000/6,000. J’ai un tapis de 191,500. Je gagne très rapidement un gros coup avec
TTrèfle 9Trèfle . Je paie la mini relance UTG d’un joueur espagnol, et nous checkons tous les deux le flop
8Trèfle 8Pique 7Pique . Je trouve ma quinte sur le turn 6Cœur  et mise 20,000. Mon adversaire fait tapis instantanément, et je paie presque aussi vite. Il retourne KCœur JCœur  : il est drawing dead. Quel beau pays, l’Espagne…

Ce coup me fait passer à 320,000 : je dispose désormais de 50 grosses blindes, et commence à jouer extrêmement loose. Durant le reste du premier niveau de la journée, je suis quasiment le seul joueur actif de la table. Hafiz Khan (runner-up derrière ElkY en 2008) est assis deux places à ma droite, et est le seul à vouloir s’interposer. Il devient rapidement clair que Khan ne cherche qu’une chose : m’attraper.

Je joue tous les coups, donc, mais les pots ne sont jamais gros car aucun de mes adversaires ne cherche vraiment à se défendre, à part Khan. J’arrive tout de même un éliminer un joueur short-stack lors d’une confrontation à tapis avant le flop. Le coup est intéressant : je relance à 16,000 au bouton avec KTrèfle TTrèfle , standard. La grosse blinde se réveille et envoie tapis pour 80,000 de plus. Une taille de stack parfaite pour faire tapis et avoir de la fold equity sur le joueur le plus loose de la table – je veux parler de moi :). Je prends bien mon temps pour observer mon adversaire. Il n’est clairement pas serein. J’estime qu’il ne possède pas une main très forte : la plupart du temps, il détiendra un as faible, une petite paire, voire même hauteur Roi, ou QT. Des mains contre lesquelles je me défends bien. Il n’y a quasiment que KJ qui m’inquiète, en fait.

J’ai bien envie de payer… Parce que, comme je l’ai expliqué, je pourrais bien être statistiquement favori. Mais il y a une autre raison : c’est la première fois qu’un joueur m’envoie le tapis durant cette troisième journée. Si je paie avec une main relativement faible comme KT, j’envoie le message aux autres que je ne vais pas me gêner pour les payer light, et qu’ils devraient faire attention quand ils m’envoient tapis : ils n’auront pas beaucoup de fold equity…

Alors, plutôt que de jeter mes cartes et encourager mes adversaires à faire d’autres moves contre moi, je rajoute les 80,000, pour un pot total de 200,000. Je joue contre ACœur 4Pique , et remporte le coin-flip (hé oui ! Avec KT assortis, j’avais 46,5% de chances contre sa main)

Je jouis donc d’une excellente image face à Hafiz Khan. Une image qui devient « archi sick » après que ce dernier m’attrape sur deux bluffs successifs. Je sais qu’il va falloir que j’aie du jeu contre lui, maintenant. Les autres, je peux continuer à les voler. Histoire de montrer que de temps en temps, je peux relancer aussi avec un bon jeu, j’ai envie de leur montre mon ATrèfle KPique  que je relance et qui prend les blindes. Mais ce serait trop grossier de relancer tous les coups et attendre la dixième fois pour montrer que j’ai un gros jeu. J’applique donc la technique de CrocMonsieur, consistant à jeter ses cartes en visant les mains du croupier occupé à rassembler les jetons. Mon timing est parfait, les cartes sont retournées par le mouvement des mains du croupier, et personne ne peut se douter que je l’ai fait exprès. Bref, je m’amuse, j’ai un tapis qui me permet d’être serein, et de me faire plaisir. Jusqu’ici, tout va bien…

Le second niveau du Day 3 commence, les blindes sont passées à 4,000/8,000, et je découvre une belle paire de Rois. Hafiz Khan relance à 21,500 en début de parole. Là, j’avoue  que j’ai peut-être kiffé un peu trop tôt… Mais il faut dire que la situation est parfaite. Sans attendre, je sur-relance à 61,500. En un éclair, Khan fait tapis, et je snap (le snap-call est à mi-chemin entre le call rapide et le clair éclair, ce dernier étant aussi appelé “Hellmuth call”)

Cinq minutes plus tôt, pendant la pause, je disais à Michel que j’étais dans une situation parfaite : j’avais développé une image très loose, et la première fois que j’allais trouver un vrai jeu, il y avait de grandes chances qu’on m’envoie le tapis. C’est exactement ce qui s’est passé.

La suite, on la connait, Khan a retourné APique QCœur  et le KCarreau  sur le turn lui a donné la quinte gagnante, et un pot suffisant pour le placer parmi les chip-leaders avec moins de 80 joueurs restants. Contre un autre joueur, je pense qu’il aurait facilement passé AQ avec ces tailles de tapis. Contre moi, c’est différent : après une heure de jeu, je lui avais donné l’illusion qu’il pouvait tout envoyer sereinement. Il pensait que je sur-relançais très light, et que j’allais jeter dans 90% des cas. Il se trouve que ce n’est pas le cas à ce moment de la partie. Je suis conscient de Khan ne me croit plus. J’étais donc préparé à ne relancer que QQ, KK, AA et AK, avec pour objectif de payer son tapis derrière.

Au poker, il faut s’habituer à provoquer de grosses erreurs chez ses adversaires, et à perdre malgré tout. Il faut s’habituer à passer à deux doigts d’une grosse perf’ que l’on attend depuis trois ans. Il faut s’habituer à l’énorme variance qu’engendrent les tournois. Si je gagne ce coup, je suis prêt à défoncer la table, car les seuls joueurs pouvant se défendre (Khan) passe alors short-stack. On tombe de plus haut quand on perd ce genre de coup avec un gros tapis qu’avec un faible. Bien sur, ce n’est qu’un classique 70/30 – pas exactement un bad-beat au niveau des pourcentages. Mais pour moi, c’est bien pire que si j’avais perdu avec AA contre KK, ou avec KK contre AA. Ce genre de coups, peu importe qu’on les gagne ou qu’on les perde, c’est juste de la variance, personne n’a fait d’erreur. Alors qu’ici, avec KK contre AQ, j’ai 70%, et ce qui compte, c’est que j’ai fait faire une grosse erreur à mon adversaire , une erreur que je n’aurais pas faite si la situation avait été inversée. En plus, il faut bien avouer que c’est encore plus frustrant de se faire sortir sur une erreur de celui qui a terminé second l’année précédente…

Bien sûr, je suis ai courant que l’essentiel de la réussite au tournoi tient au fait d’avoir une série assez longue de coups où nos mains tiennent quand on favori, et gagnent quand on est derrière (oui, ça arrive même quand on joue bien) Mais sur le coup, je suis juste un peu sonné et en m’éloignant de la table, j’écoute sans broncher les gens qui, pour le dixième tournoi consécutif me disent : « Dommage, bien joué, ça va tourner, je suis sûr que la prochaine fois sera la bonne. »

Je me dirige vers la caisse pour aller chercher mon lot de consolation. Je demande à être payé en liquide. Le type a l’air content pour moi. Il lance à son collègue : « Il va pouvoir s’acheter un beau cadeau avec une telle somme. » Comment lui expliquer que j’ai à peine gagné le double du prix d’entrée du tournoi en terminant 77ème sur 1,500 joueurs ? Je ne réponds rien, je n’ai pas envie d’être désagréable.

Un quart d’heure plus tard, je suis à la plage. Trois heures après, le tilt s’est envolé, et le lendemain, je suis de nouveau prêt à retourner au combat muni de mon A-game. La bonne chose, c’est qu’en ce moment je suis assez serein, grâce à de très bon résultats au vrai poker, comprenez le cash-game… Il est loin, le temps où je sautais à vingt places de l’argent à Monaco avec 99 contre QJ sur un flop Q97, et que ça dégradait mon jeu pendant des semaines…

Pendant trois jours, je profite des Bahamas avec le reste du Team Winamax. Plage, jet-ski, balades en bateau, bons restos où je n’ai même pas à payer - bizarrement, je ne termine que deuxième sur quinze à la credit-card roulette ! Finalement, je ne vais pas me plaindre… Certains sont plus chanceux que moi, mais je ne suis finalement pas si malheureux !

Johny 001

8 commentaires pour “Mon EPT aux Bahamas, part II”

  1. epicurebxl dit :

    Johny, on sait toi et moi qui a chatté aux Bahamas…Je ne sais pas si tu vas gagner un EPT un jour car il faut beaucoup de chatte pour y arriver mais tu as joué ton A-Game et ça c’est le plus important.

    May the force be with you !

  2. swisha29 dit :

    J’adore ton état d’esprit, vraiment…

  3. pavupapri dit :

    Moi je relance tout les GB quand je suis de PB et que tout le monde a passe en espérant que le joueur va tilter et m envoyer le tapis a un moment ou j aurais du jeu. La rencontre a inévitablement lieu ou je suis souvent loin devant mais malgré tout je ne gagne pas tout le temps. La différence c que moi je n arrive pas a prendre ça avec philosophie en me disant que c pas grave et que j ai bien joue, je tilt grave. Donc bravo pour ta zen attitude (tu prends quelque chose d illicite pour t’aider? :) Sinon si t as un secret je suis preneur).

  4. Beers Poker dit :

    P***n de variance, c’est claire.

    Je suis à 10000% d’accord avec la phrase “au vrai poker, comprenez le cash-game”.

    Bonne chance pour la suite.

  5. DonLimit dit :

    Pas moyen de gagner un KK vs AQ même en flips ;)
    C’est sur que ca donne envie de vomir d’être parfaitement dans le coup quand ca s’arrête comme ca.
    Ca va être bateau mais bon tkt ca va venir. :)
    GL

  6. IbisWPT dit :

    Bravo pour tes perfs au vrai poker… J’ai vu ta dernière vidéo de HU, c’est tout simplement impressionnant… On dirait que tu joues en play money tellement ça semble easy… Vraiment impressionnant. GG

  7. yann-68 dit :

    Superbe mentalité => tjrs près a rebondir face à l’adversité c Jonhny!
    Continu com ça et ça va forcément le faire un de c 4. :)

    GL

  8. Ap_calypse dit :

    Pas mal, le ptit truc de Croc pour dévoiler ses cartes, j’y avais jamais pensé :)
    Allez, Guillaume, garde tes convictions, et un jour, ça viendra forcément.

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