« Je suis noir »
« Qu’est-ce qu’il est cutard ! »
« Le jour où je serai en forme, vous verrez… »
« Pour gagner, il faut jouer contre les noirots »
Et j’en passe.. C’est le genre de déblatérage que je supporte à longueur de journée dans les cercles de jeux parisiens. Le pire, c’est qu’il ne provient pas uniquement des amateurs qui viennent passer du bon temps. Ce qui serait à la rigueur excusable : chercher une excuse vis à vis de la défaite pour se cacher ses faiblesses technique, ça peut se comprendre. Mais non, beaucoup de pros (et pas seulement de l’ancienne école) croient à la présence du « mystique » dans les cartes. J’ai essayé de les persuader du contraire, mais rien à faire. Pour eux, Phil Ivey aura toujours plus de paire d’As que le commun des mortels.
J’écris ce post en raison de mes récents échecs lors des tournois internationaux. Certains se rassurent en clamant haut et fort leur évident manque de chance… Je préfère me rassurer par ma philosophie cartésienne, qui consiste à tout rapporter au bon sens des mathématiques.
Je viens de sauter de l’EPT de Varsovie. Après mon échec en demi-finales à Chypre et le désastre du High-Roller à Marrakech (KK contre AA à la bulle pour le pot du chip-lead), le scénario s’est répété en Pologne. Comme souvent, je suis arrivé pour l’avant-dernier jour bien muni en jetons. Mais les short-stacks se sont régalés sur mon joli tapis. J’ai perdu trois coups inévitables (A9 contre le AT du micro tapis Shaun Deeb, 88 contre TT, et TT contre KK), avant de 3-bet all-in depuis la grosse blinde face à une attaque de la petite. Il avait 88, j’avais 75, c’est le seul coup contestable mais que je considère comme mathématiquement correct.
A ce moment là, je suis enragé, je ne peux plus tenir en place, j’en ai presque oublié d’encaisser mes gains… Presque. Je décide donc de sauter dans le premier avion pour Paris, deux heures à peine après mon élimination en 19ème place.
Barrière organise un tournoi High-Roller : une bonne occasion pour évacuer ma déception. Il faut que je le joue, et que je gagne quelque chose à tout prix. L’avion décolle à 16 heures 20, et atterrit deux heures trente plus tard. Le tournoi commence dans une heure : je réserve donc un taxi-moto, parce que Enghien, c’est pas tout près de Charles de Gaulle.
Mon envie de gagner est plus forte que tout. Pourtant, les parties de cash-game se passent bien ces temps-ci. Winamax me donne des bons flops, et les croupier(e)s m’envoient des ondes positives, ce qui me permet de trouver de belles rivières.
Le problème, c’est que je ne retire que peu de satisfaction après une session gagnante en cash-game. C’est plus de la routine qu’autre chose. Gagner en tournoi offre un plaisir incomparable, et c’est ce que je recherche désespérément. C’est pour cela que je souhaite remercier Cuts de faire tant de résultats cette année. Grâce à lui, je n’ai jamais été aussi motivé de toute ma vie lors des tournois EPT et WPT. Je joue bien, parfois très bien (à l’exception du Day 2 à Varsovie), mes projets et mon niveau sont tirés vers le haut. Je retrouve l’envie de gagner. Je réapprends à apprendre, aussi.
Bref, le tournoi n’a pas commencé quand j’arrive à Enghien. Je peux même me permettre le luxe de prendre une douche à l’hôtel du casino. Merci Lucille pour la chambre ! Par contre, mauvaise nouvelle, nous ne sommes que neuf participants au tournoi. Mais quelle importance, je veux gagner avant tout.
« Shuffle up and deal ! »
Présentons mes adversaires.
Siège 1 : Antoine Saout, le finaliste du Main Event des WSOP dans une semaine.
Siège 2 : Moi même.
Siège 3 : Jean-Paul Pasqualini, alias « El Korsico »
Siège 4 : Un joueur nommé John
Siège 5 : Un fou sympathique
Siège 6 : Jean-Noël Thorel
Siège 7 : Une personne agréable dont j’ai oublié le prénom
Siège 8 : Roger « Terminator » Hairabedian
Siège 9 : Bruno « X »
Je fais figure de favori avec Antoine, Roger et Jean-Paul. Ce dernier hélas ne verra pas de jeu. Ensuite, John et Bruno ont leur chances. Les autres auront besoin de rencontres favorables pour espérer gagner, vu la structure magnifique qui nous est offerte à nous les pros.
Jean-Noël Thorel est éjecte le premier. D’ordinaire connu pour sa capacité à monter des jetons à une vitesse folle, Jean-Noël est cette fois parti au galop (jargon de turfiste). Le siège 7 était un peu fatigué, et a « gamblé » un coup contre Antoine Saout qui a donc vu son tapis doubler. Le fou sympathique en siège 5 s’est empalé sur ma quinte floppé – il avait un brelan mais ne s’est pas amélioré. Jean-Paul Pasqualini n’a pas vu le jour, et perd sur un squeeze avec AJ – il tombe sur QQ.
Deux heures avant la fin du Day 1, nous ne sommes donc plus que cinq. Les tapis de chacun se valent, mis à part Bruno qui possède son tapis de départ.
Arrive alors un coup très spécial. Je relance UTG avec Q
3
. John me paie en position, et les autres passent. Le flop est 8-3-3. Je commence à baver sur la table, mais heureusement, personne ne m’a vu. Je décide de checker, et mon adversaire fait de même. Le turn est un 6 : à partir de là, tout va très vite. Je mise 1,400 (les blindes sont à 150/300 ante 25, et les tapis de 60,000 environ). John relance à 3,300. Je 3-bet à 7,000. Il 4-bet à 18,000, je m’arrête là, et paie juste. Le turn : un As. Je check, il mise 18,000 et tapis, je paie bien sur. John retourne A-3 : j’étais dominé de bout en bout.
Pourquoi ais-je commencé ce post en dissertant sur la mystique au poker. Hé bien, à cause de deux petits détails – heureusement que ce coup est arrivé à moi et pas à l’un de mes collègues superstitieux, sinon il y aurait eu suicide collectif. Au moment où j’ai découvert mes cartes, mon Ipod passait une vieille chanson de house, « Put your hands up for Detroit ». Détroit = D3 = Dame-3. Second petit détail : dans l’avion que je venais de quitter un peu plus tôt, j’étais assis au siège D de la rangée 3…
Oui, « on » m’avais prévenu…
Je suis donc « drawing dead ». Il me reste une vingtaine de blindes. On reprend le tournoi demain. Malgré ma destinée qui semble déjà toute tracée, je vais quand même aller tenter le table, et me présenter pour le Day 2. Je sais, je suis fou, me diraient mes amis des cercles. Mais à quoi bon, je suis encore plus têtu que vous !
A bientôt, et merci encore de votre soutien lors de l’EPT de Varsovie.
Epilogue : Antony a finalement terminé en seconde position de ce High-Roller, pour un gain de 30,000 euros !
Antony L

26 octobre 2009 à 13:27
Comme toi je suis très rationnel et l’univers des superstitions me fait bien sourire..
S’ils savaient..
Bon courage pour la suite de ta carrière!
26 octobre 2009 à 16:39
Je compatis entièrement avec ce que tu racontes.
D’un autre côté, sans tous ces “fish” qui croient en des choses irrationnelles (j’avais pas encore entendu le coup des paires d’As avec Phil Ivey mdrrr), sans JAMAIS se remettre en cause (ce qui est EXTREMEMENT important, car même si après un gros coup perdu, se remettre en question est la dernière chose que l’on a envie de faire, il faut, impérativement, avec un certain recul, analyser le coup pour comprendre, et éviter qu’il se reproduise souvent, etc), tu ne vivrais pas la vie que tu as.
Le poker est ainsi: c’est un jeu qui se joue sur la durée, et lorsque l’on prend une horreur sur un coup à 80/20 ou 90/10, i.e. alors que l’on est devant, il faut juste l’accepter et admettre que les mathématiques parleront sur le moyen/long terme: les gens qui se disent “victimes” de je ne sais quoi sont soit des mauvais perdants, soit des mauvais joueurs.
Je suis étudiant en maths/info, mais même sans cela, il suffit d’avoir un minimum de bon sens pour comprendre qu’il ne faut pas jouer aux jeux de hasard comme la roulette, car les probabilités étendues à l’infini vous donnent focément perdants.
C’est exactement comme payer des coups au poker alors qu’on est “derrière”: sur la durée, l’addition est salée, voire dramatique: l’été dernier, alors que je jouais dans un cyber en attendant mon train, le gérant m’a dit de faire super gaffe à ce jeu car il avait beaucoup d’amis qui ont fini à la rue en jouant au poker, même en trichant en collusion au téléphone ou autre, bref avec les techniques habituelles quoi.
Mais, malgré l’évidence, beaucoup de gens, de beaufs, de “cons”, ne comprennent pas des choses aussi simples, et ce sont eux qui permettent à certains d’avoir une vie de pacha. A partir du moment où ces gens ont des moyens financiers, tant pis pour eux, mais généralement ce sont surtout ceux qui n’ont pas fait d’études et ont une situation financière moins stable qui morflent.
Le poker est une pute, un jeu que l’on croît comprendre et maîtriser dès que l’on apprend un petit truc supplémentaire, mais même des joueurs corrects peuvent être perdants sur la durée, et ce que tu dis rejoint la gestion du bankroll management: le problème est que les gens qui déjà ont du mal à comprendre les concepts mathématiques de base du poker, ont aussi en général du mal à accepter le fait de respecter drastiquement les règles du BR, afin de limiter la variance.
C’est la vie…
26 octobre 2009 à 17:40
Bravo Anthony !
Q3 suité UTG, c’est osé, non ? C’est une main fétiche ?
Quelle idée un si mauvais kicker avec ton 3 !
Bravo pour tes perfs qui démontrent que si gagner nécessite de la chance, il est possible de faire régulièrement des places payées et des tables finales!
Bravo encore !
Comme pour Cuts, ça va finir par passer !
26 octobre 2009 à 19:47
Encore une fois un texte rondement écrit.
GG.
27 octobre 2009 à 11:38
Moi je suis superstitieux, toute cette historie m’aurait fait flipper, encore heureusement c’est une mauvaise rencontre dans un tournoi, pas destination finale, où tu meurs en te crashant avec ton avion!!!
28 octobre 2009 à 0:19
Moi perso je suis pas superstitieux ,je me pose juste des questions comme le philosophe, et là mon esprit déducto-rationalo-illogiquo fait naitre un bug dans mon circuit neuronal, en effet 2 théories ultra rationel et mega riguoureuse sont en opposition , la premiere(la théorie probabiliste )nous dit que sur le long terme les joueurs auront le mêmenombre de fois pair d’AS sur un temps x , la seconde la théorie de la chance nous dit que dans le vie nous ne sommes pas égaux devant la chance , un exemple ? ouiii, oui,oui, ok, ok un exemple, hum voyons donc ce que m’ indique mon esprit reptilien et ma fameuse logique passionnelle qui vont mettre sur la touche ma logique de sapiens,…. et bien c payé !!j’ai un read là, savez -vous que certaine personnes ont gagné plus de trois fois au loto , en FRANCE ,c dingue non? 3 fois !!!, mais c pas finit madame je rajoute un gagnant non pas 4 fois,NON PAS 5 fois, MAIS 6 FOIS!!!!!!! Incroyable!!!! mais pas impossible , la proba pour que cela ce passe est plus proche de ZERO que de UN, aller j’vous fai l’tout pour un tapis à 200 bb mon dernier prix spécialement pour vous en promo soldé par cheque en deux fois pour vous ça c ev+,appuyer bien fort avec le stylo ,merçi,félicitations,bon bref,pour conclure : ces théories sont -elles en oppositions ? et bé non ,car ce que les pseudos cartésiens oublient immuablement c la FAMEUSE CONSTATE UNIVERSEL MAIS PROPRE A CHACUN qui est le repère dans le temps du LONG TERME , oui!!! Madame vous l’avez dit nous ne sommes pas égaux devant le long terme et en effet un moins bon joueurs de poker cartésiens ,pourra être plus riche que le meilleur joueur cartésiens, et qui lui même stastiquement pourra etre brok a la faim de leur vie commune,de plus notre style de jeu ainsi que celui de nos adversaires évoluant sans cesse au gré de la main invisible ne permettront pas d’établir les limites de notre repère. Mais alors comment faire?!!Vous zinquieter pas mdame ya 2 solutions : la première faut faire comme manub être boudhiste (avec plusieurs vies ont va chatter un WPT, où la solutions finale (final solutions pour les puristes), j’introduis ma méthode baptisé en anglais (ouais en francais ya pas de terme équivalent):HOW RUN UP EV en dix chapitres et cent leçons pour en deux chèque et spécialement pour vous avec triple ristourne incorporée pour 100 bb nl 1000, compris 2 heures de coatching avec demo de chatte a l’appui,appuyer bien fort avec le stylo…..
Témoignage d1 joueur
Depuis la découverte et l’utilisation de la méthode méthode à 4PI putain ont chatte
bertand.g de COREE alias elqui et Ludo le lacay de Toulouse alias S ircuts
28 octobre 2009 à 19:36
moi je ne suis pas superstitieux…ça porte malheur.
22 novembre 2009 à 18:42
Aucun doute que l’on t’entendra prochainement au micro de FPC pour décrire une victoire bien mérité. Pour info la plus part des invités te considère comme le plus impressionnant joueur fr… GL