Ich liebe die Deutschen - Partager


Je me suis décidé assez tard à jouer l’EPT de Berlin. Finalement j’y ai bien été, et plutôt 3 fois qu’une… j’ai pris 6 vols pour aller jouer ce tournoi. Un aller retour Londres Berlin d’abord, un aller retour Paris Berlin ensuite, un vol Berlin Genève quand un week-end ski s’est proposé à la dernière minute, un autre avion pour Genève lorsque j’ai raté celui que j’avais réservé, étant toujours dans le tournoi au jour 3. Bref, j’y étais.

Et je ne regrette pas. Je sais maintenant que « «Ich liebe die Deutsche“ (j’aime les allemands). Notre amour est né très vite. Juste après que le taxi m’ait déposé au Ritz à Berlin, et que je sois monté dans ma chambre, je me suis rendu compte que j’avais oublié mes 2 téléphones dans le taxi (un anglais et un français). Tilt instantané. Je fais toujours attention à ne pas les oublier, et pour l’instant j’avais toujours eu plus de réussite qu’Antony Lellouche, rendu célèbre (en partie) pour le nombre de téléphones qu’il a pu perdre dans sa vie. Novice en la matière, j’avais une tonne de données à l’intérieur dont certaines auxquelles je tiens beaucoup.

Analysons la main a posteriori. Quelle était la cote que j’oublie mes téléphones à l’arrière du taxi ? L’argument que garder en permanence son téléphone dans la poche pouvait être néfaste aux parties génitales a peut-être influencé mon inconscient, les 50 sms que l’on reçoit en arrivant dans un nouveau pays m’ont en revanche très consciemment poussé à ne pas les ranger. A l’hôtel j’ai donc passé une bonne demie-heure à faire sonner mes téléphones et à envoyer des sms en plusieurs langues, de plus en plus inquiet de ne pas recevoir de réponse.

Quand j’ai fini par comprendre que mes chances s’étaient évanouies (je ne comprends pas vite comme le prouveront plus tard les 42 appels en absence sur un téléphone et 23 sur l’autre) je suis sorti fumer la cigarette du cagoulé dans le bon air frais de Berlin. Un peu plus tard alors que je discutais avec le portier, le chauffeur de taxi revenait tout naturellement, mes 2 iphones à la main. Les allemands sont réglos je le savais. Mais lui avait l’air particulièrement heureux de me retrouver pour me rendre mon oubli. 15 minutes plus tard, je recevais un appel touchant de ma sœur qui venait d’accoucher. J’étais heureux de ne pas avoir raté ce moment.

Bref je vous recommande ce genre de petit coup de boost émotionnel avant un tournoi. Voilà une des premières raisons pour laquelle j’aime les allemands. J’en ai découvert une deuxième le lendemain quand je les ai eu à ma table…

Dans l’ensemble je suis assez content de mon tournoi. J’ai eu plus de rencontres favorables que d’habitude, c’est-à-dire plus de premiums payées. En même temps moins de jeu sur l’ensemble du tournoi. J’ai parfois passé 3 heures sans voir une main plus jouable que J4o. J’avais donc une image plus serrée que d’habitude.

Le risque d’avoir une image de joueur serré c’est que vos adversaires s’imaginent que vos blinds sont plus faciles à voler. Il faut à la fois adapter son jeu à son image et pourquoi pas garder une image plus serrée que d’habitude pour s’en servir pour mieux arracher quand l’occasion se présente, mais à la fois se faire respecter pour ne pas passer pour le « weak tight » facile à voler.

En tournoi live, une main suffit souvent à expliquer à ses voisins qu’on ne se laissera pas faire. Une fois le message passé, le plus souvent ils ne tentent plus grand chose. Ca a été le cas avec mes 2 voisins directs. Mon voisin de gauche a tenté un bluff en bataille de blinds. Je complète ma SB avec T9o, il check . Flop AT3. Je mise 600 il relance à 2000 je paie. Turn le 3 double. Je check, il mise 3000 je paie. Il abandonne son bluff à la river et nous checkons tous les deux. Il montre Q5, mais surtout derrière j’ai gagné toutes les confrontations en bataille de blinds, et je sentais bien qu’il avait toujours envie mais qu’il n’osait plus rien tenter.

Juste à ma droite j’avais un allemand, du team pokerstars Allemagne. Je n’arrive jamais à me souvenir de son nom je ne sais pas pourquoi mais c’est un régulier du circuit depuis longtemps Il relance à ma droite et je paie juste avec AQs en position. Le flop vient 955 et on check tous les 2. Le turn est un 6 et je value bet ma main. Il paie. River 3, on check tous les 2. Je retourne ma main en premier pensant avoir gagné sur le 3, mais je ne bats plus A3. « Je n’aurais jamais pensé que tu value betterai hauteur as » me dit-il. Je réponds par un naïf « Pourquoi je ne le ferai pas ? J’avais les nuts vu la situation », en espérant que cela le dissuade de vouloir jouer hors de position contre moi par la suite. C’est toujours impressionnant de voir à quel point cela fonctionne : le tour suivant il m’offrait un walk à ma BB. Et j’ai pu le jouer davantage en position, sachant qu’il jouait assez large et check-foldait au flop quand il n’avait pas touché contre moi.

Mais je ne vous ai toujours pas dit pourquoi j’ai beaucoup aimé les allemands à la table. En milieu de journée, un jeune joueur blond à la coiffure un peu excentrique nous rejoint. Je m’imagine tout de suite qu’il s’agit d’un jeune suédois très aggro et probablement très bon. Une heure après j’avais revu mon jugement : c’était « seulement » un allemand, très tight, et dont la connaissance du poker avait l’air de se limiter aux conseils d’Hellmuth pour les débutants : jouer les 10 meilleures mains preflop, et faire tapis avec. Pour mon plus grand plaisir, il a fait une démonstration de ce style de jeu particulier après une heure à la table, aux blinds 1,000/2,000. Avec 150,000 de tapis et en position UTG, il annonce tapis au moment précis où je suis en train de regarder mes deux cartes : une paire de rois… je paie avec un grand sourire à la fois parce que je sais que je joue quasi toujours contre QQ et à la fois parce que j’apprécie la rareté de ce « move » que je n’avais encore jamais vu en 4 ans de circuit… je double mon tapis à 180,000 sur ce coup. Je prends les jetons et j’en tire une autre leçon : la coiffure joue beaucoup sur l’image à la table. Peut-être qu’un de ces 4 vous me verrez arriver à la table blond et coiffé comme un fou furieux.

Malheureusement je reperds très vite mon gros tapis, quand un asiatique gambleur à ma gauche me paie preflop, flop et turn sur T726 après que j’ai relancé 67s en milieu de parole. La river est un 2 et je perds face à 88. A l’arrivée de la bulle mes seules options consistent à attendre un spot où je vais pouvoir tout envoyer sur une relance de mon voisin de droite. Il relance beaucoup et me pense serré, c’est ma meilleure chance. Je survis en faisant tapis 60,000 sur ses 10,000 avec QJo. Il passe instantanément. Puis il sur-relance un autre joueur plutôt large depuis son bouton à 27,000. Je fais tapis 80,000 depuis ma petite blind, l’occasion est magnifique sachant qu’il n’a pas grand chose la plupart du temps. Il hésite 10 minutes, me parle, calcule la cote, et finalement me dit qu’il pense que j’ai une grosse paire ou AK, qu’il sait que je ne ferais pas ca avec AQ. Je ne sais pas ce qu’il a, mais à quelques places de la bulle je préfère qu’il jette sa main même s’il a 72o. C’est la première fois que je dégage cette image et j’ai donc eu 10 minutes pour apprécier pleinement le fait qu’il allait fold malgré la cote et son gros tapis.

Une fois dans l’argent, en compagnie de mes amis allemands, notamment le débutant à l’allure de degen qui a survécu par miracle, je me maintiens en poussant plusieurs fois mon tapis au milieu et finis par envoyer mes 10 blinds depuis le cutoff avec A3. Payé par 55, je sors juste à temps pour attraper mon vol pour Genève et aller passer un excellent we au ski. Le timing est un skill essentiel en poker de tournoi… Je retiendrai surtout de Berlin ce coup banal où je suis à tapis avant le flop avec AK contre JJ. Le flop apporte un K et un A, mais la river est le J. La table s’exclame, mais je ne ressens aucune frustration comme ça peut être le cas lorsque je suis moins en forme et moins affûté.

J’écris ce blog depuis le train qui m’emmène à Evian pour jouer un tournoi de HU. J’attends ce rendez-vous avec impatience ! Le 19 mars je pars à Barcelone, le 21 à Snowfest. Un programme chargé, que je vais aborder dans le même état d’esprit.

Johny 001

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2 commentaires pour “Ich liebe die Deutschen”

  1. grand gourou dit :

    un article bien écrit, on en redemande !

  2. DidSampaolo dit :

    A force de lire des articles où les gens sont ravis de la mentalité à l’étranger, je finis par me dire que c’est peut-être en France qu’on perd les bonnes habitudes.
    (Joli bluffcatch avec T9o sur le coup AT3, je n’aurais surement jamais osé payer)
    Belle prestation et article très sympa, merci de partager ça avec les petits fishs que nous sommes! ;)

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