Je ne peux pas penser au tournoi de Deauville et à ma dixième place sans repenser à mes débuts au sein de l’équipe Winamax, aux premières vidéos des joueurs de l’équipe et aux conseils que j’ai reçus. Et à ma stupéfaction quand j’ai regardé pour la première fois une vidéo où Annette Obrestad jouait un tournoi online en cachant ses cartes sur l’écran à l’aide d’un scotch. Je ne comprenais pas comment cette fille pouvait jouer et gagner sans connaître la valeur des ses cartes. Sans comparer nos niveaux, je sais que j’ai intégré depuis quelques mois des notions fondamentales et que mon niveau de poker a nettement évolué. Parce que je ne recule plus devant une décision, même périlleuse, si je la pense juste.
Comment et pourquoi ? Je n’ai pas de réponse précise. Aucune fée ne s’est penchée sur mon sommeil avec sa pluie d’étoiles magiques. Mais je peux raccorder plusieurs éléments, oui.
Comme l’intuition que j’ai eu à la fin de l’été que je ne voulais plus jouer avec mes lunettes fumées. Pourquoi, alors que j’ai la réputation d’être impassible, me cacher au risque de dégager moins de force et de faire l’objet de plus de projections et de fantasmes ?
Perdre à la première main de mon day 2 à Prague a été une étape importante aussi. J’avais passé mon day 1 à m’amuser avec mon image, à essayer des choses et à monter des jetons. Et voir que oui je pouvais bust sur cette main m’a fait réaliser que je jouais désormais sans filet. Gagner le HU contre Guillaume de La Gorce et voir les regards de joueurs de l’équipe changer à mon égard, placer depuis Vilamoura des bluffs de plus en plus osés et chers, de nombreux 3bet light, sentir que je gagnais à anticiper mes décisions, que ma gestuelle et que mon attitude dégageaient de plus de plus de confiance… tous ces éléments mis bout à bout m’ont aidé à développer mon meilleur poker.
Et voilà comment j’ai abordé Deauville. Avec une paire de couilles.
J’ai donc décidé que pendant les 4 jours de ce tournoi, dès que je sentirai de la faiblesse à table ou qu’une situation le permettrai, je jouerai le coup et peu importe que j’ai 37o ou mieux. Les décisions prises en amont sont tellement plus simples à assumer.
Le bluff que j’ai réalisé avec AQo en poussant all in contre Cody sur un tableau contenant 4 trèfles et des possibilités de full, je l’ai décidé quand la turn a été retournée et qu’il check. Le tableau est alors 5/5/10/7 avec 3 trèfles. J’envoie 75,000. Il tank deux bonnes minutes puis paye. La rivière amène un 3 de trèfle. Il check à nouveau. Je compte mes jetons et pousse mes 320,000 restants. Alors bien sûr j’ai profité de mon image de femme (car jamais une femme ne jouera son tournois sur un bluff) mais les 7 minutes de réflexion de mon adversaire ne m’ont pas paru si longues…
Pourtant il a tout fait : me regarder (longtemps), compter ses jetons (et les recompter), avancer les piles, les reculer très vite, avancer ses cartes jusqu’à la ligne… jusqu’à ce qu’un joueur demande le time.
Et le cri de Nico qui tape la table de sa main au moment où je retourne mes cartes restera un moment inoubliable. Tout comme la tête de Ludo quand, après avoir été très active à notre table pendant un niveau entier, je le 5 bet avec A2s. C’est le premier coup que nous jouons ensemble et quand il me 4bet je suis quasi certaine qu’il est light, voir très light (on connait Ludo) et je le raise avec la certitude d’avoir la meilleur main (il retournera 92).
Je suis en confiance, à l’aise à chacune de mes tables, portée par je ne sais quel souffle …
Et je gagne le last longer avec Nico (j’aurais préféré le gagner en finale à ses côtés mais ce n’est que partie remise) et ouf, je ne dois pas porter un chapeau complètement ridicule à mon prochain EPT… je le vois d’ici son choix : un truc de clown avec paillettes et serpentins !
Quand en day 4 je ne sens pas de pression particulière, je continue à pallier mon manque de bonnes mains par des 3bet et des c-bet avec de vraies poubelles (3/9o, 4/To etc)… jusqu’à la table télévisée.
Là, ça se complique… je ne veux pas aller en table télé. Je ne sais pas pourquoi vu que je suis plutôt à l’aise avec mon image et les caméras mais quand je joue ma première main, je suffoque. Je quitte virtuellement la table et je me retrouve dans le micro de Benjo « Alors première main d’Alexia en table télévisée, raise UTG… Arnaud, avec quelles mains penses-tu qu’elle raise ici ? … »
Et moi j’ai alors l’impression de devenir une sorte de salle de cinéma newyorkaise qui fait défiler en lettres lumineuses le titre du film qui se joue : « je raise avec Roi-Dame !!! »
Pourquoi est-ce que j’ai le sentiment que tout le monde à table a une oreillette et accède à la valeur de ma main ?
Bref, je ne fais pas le montant que je souhaite faire à la turn ( la main tremblante, je me trompe dans mes jetons ) et je sais que Craig Bergeron a perçu ma gène. Je ne réfléchis qu’une minute à l’éventualité de bluff la rivière… avant de mucker mes cartes. Je sais qu’il possède au moins un valet (J8 confirmé plus tard ). J’enrage toute seule mais je sais aussi que j’ai la capacité à passer vite à autre chose, à laisser ce coup derrière moi, que ce n’est pas joué, cuit et que j’ai encore la force … Je pousse plusieurs fois de suite mes jetons au milieu, profitant de la fragilité d’Elky pour remporter facilement les pots jusqu’à mon AJ qui rencontre une petite paire. Et je perds ce coin flip.
L’aventure se termine forcément dans la douleur. Arriver aux portes de la finale dans un EPT où le niveau était de l’avis général très élevé dès le day 2, avoir joué avec les plus grands français Nico, Ludo, Elky, Hugo, avoir partagé la table de Freddy Deeb, Mike Mcdonald, Peter Eastgate, Luca Pagano, avoir réussi de très beaux coups sans avoir véritablement eu de grosses rencontres ni de rush, avoir été patiente en résistant avec 9bb pendant deux niveaux et ne pas toucher l’objectif c’est… décevant.
Mais je reste très heureuse de ce j’ai appris sur moi-même à Deauville, des regards et des mots échangés, de l’enthousiasme (des spectateurs, des joueurs et des femmes) rencontré à chacun des paliers que je franchissais. Merci à tous.
J’ai abordé la finale du France Poker Tour à Paris le lendemain avec confiance pour mon day 3. Mais je saute en fin de journée 45e avec AA V 88 tapis préflop. Et je regrette vraiment de ne pas avoir pu continuer cette aventure plus loin… Merci encore à tous pour l’organisation formidable de cet événement !
Je vais beaucoup jouer en mars : L’EPT de Berlin, le HU d’Evian, le ECPoker Tour de Barcelone et enfin l’EPT de Snowfest. Et faire une pause, pour des raisons professionnelles jusqu’aux WSOP où je disputerai 4 tournois.
Je vous attends aussi dimanche 28 février pour le Kill the Pro et le tournoi spécial Ladies sur winamax à 21heures.
Je vous embrasse,
Neechee Girl

22 février 2010 à 14:32
” Et voilà comment j’ai abordé Deauville. Avec une paire de couilles. ”
J’ai adoré cette phrase, idéalement placé dans ce contexte.
Encore bravo pour cette performance et un niveau qui s’améliore au fil du temps. Excellente continuation Alexia.
22 février 2010 à 18:19
Mme, Mr,…puisque vos attributs sont en cours de migration, en référence à la Top paire de c…dont vous faites allusion…
C’est avec un immense plaisir et une joie non dissimulée que j’ai pu assister à cette mutation…
Un bluff mémorable à Deauville et un style assuré qui paye !
La vie n’est qu’une succession de transition et celle que tu opères aujourd’hui devrait te couronner immanquablement dans 1 avenir proche.
Depuis que je t’observe via les EPT et tes différentes prestations, à mon humble avis, il manquait cette pointe de fougue et de risque, ce côté doux dingue, à poil sur une rivière…qui font les grandes victoires.
J’ai pu te voir opérer méthodiquement, chirurgicalement, en TF vendredi soir dans un cadre plus ludique…hélas tes mooves et tes messages étaient peu compris, à l’image de ce dernier bluff couillu au HU sur tirage flush, impayable et finalement payé mourant par ton adversaire, hauteur As ? Qu’importe…
Cette évolution promets de belles envolées : un aboutissement logique pour ce sourire d’ange ( bien, qu’un rien charmeur…) que l’on peut enfin observer à loisir, désormais soustrait de ces opacifiantes et dérisoires lunettes !
Que ce visage rayonne encore dans les grands tournois à venir suffirait à combler les amateurs comme moi, que tu as su satisfaire par ta simplicité, ta ténacité, ton travail et ta grâce à la fois !
Bonne route pour la suite, Championne !!!
- Greatstack -
23 février 2010 à 14:07
C’est pas très pratique par contre pour pisser le matin, si des fois t’as un tuyau ?