Dix souvenirs des WSOP 2009 - Partager


Quoi de mieux, pour se préparer à six semaines de World Series of Poker, que de se replonger dans l’édition précédente le temps d’une visite aux archives ? En attendant les grands moments à venir cet été, voici quelques-unes des histoires qui nous ont fait vibrer lors des championnats du monde 2009…



10/ Pluie de légendes au Tournoi des Champions
L’édition 2009 des World Series of Poker avait ceci de spécial qu’il s’agissait de la quarantième. Pour fêter l’évènement, Harrah’s avait lancé quelques belles initiatives, dont un tournoi spécial à 40,000$ l’entrée (remporté par le russe Vitaly Lunkin) et une très belle épreuve commémorative à l’entrée réservée aux membres d’un club très fermé et très prestigieux : les vainqueurs du Main Event ! Ce fut l’occasion unique d’observer, le temps d’une journée, un véritable défilé de légendes au Rio. L’oeil ému, on eut une pensée pour tous les grands d’une autre époque qui nous ont quitté depuis bien longtemps, les Johnny Moss, les Stu Ungar, les Jack Strauss, les Puggy Person et compagnie. Ils étaient là, en esprit tout du moins, leurs portraits géants placardés sur les murs de l’Amazon Room, leurs fantômes planant au dessus de Doyle Brunson, Amarillo Slim, Dan Harrington, Phil Hellmuth, Chris Moneymaker, Peter Eastgate et tous les autres, assemblés pour former quarante ans d’histoire de poker, depuis les « road gamblers » du Texas jusqu’au jeunes cracks d’Internet, qui n’étaient même pas nés que leurs ainés gagnaient déjà des fortunes aux cartes. Une bien belle réunion, unique et inoubliable. Pour l’anecdote, ce fut Tom McEvoy qui remporta la symbolique Corvette mise en jeu (modèle 1970, année de naissance des WSOP)

A lire : Red Carpet !

9/ Stud à 10,000$ : Freddie Ellis contre Eric Drache
Ce qui fait le sel des WSOP, ce ne sont pas seulement les grosses victoires médiatiques des champions connus de tous, face aux photographes et caméras de télévision. Parfois, avec un peu de chance et beaucoup de patience, l’observateur peut assister à de grands moments en marge du tumulte. Un peu comme ces rencontres sur les court annexes durant les premiers tours à Roland Garros, quand deux obscurs outsiders enfouis dans les profondeurs de l’ATP nous offrent un match d’anthologie devant une poignée de spectateurs rivés à leurs sièges. Dans l’Amazon Room, petites et grandes histoires s’écrivent jour et nuit durant six semaines. Lors d’une paisible soirée durant la deuxième semaine du festival, j’eus la chance de pouvoir assister à une partie de poker pas comme les autres dans une salle presque vide. Elle allait rester gravée dans ma mémoire. La variante ? Stud à sept cartes. Les protagonistes ? Freddie Ellis et Eric Drache. Des noms qui ne vous disent rien ? Et pourtant, il s’agissait bien d’un tête à tête à ne pas manquer, comme allait me le faire comprendre Thor Hansen, légende nordique du jeu reconvertie le temps d’une soirée en prof d’histoire ès-Las Vegas…

A lire : La tragédie de Mister Nice Guy

8/ Davidi Kitai : rebelote
C’était mon meilleur souvenir des WSOP 2008, et je n’étais surement pas le seul à penser ainsi : la victoire de Davidi Kitai dans l’épreuve de Pot-Limit Hold’em à 2,000$, soutenu d’un bloc par le Team Winamax et les dizaines de français et belges présents dans les gradins de l’Amazon Room. Un an plus tard, Davidi revenait sur les lieux du crime. Cependant, « son » tournoi n’était plus au programme… Qu’à cela ne tienne : l’épreuve de Pot-Limit à 10,000 dollars ferait parfaitement l’affaire. Avec 275 joueurs au départ, il s’agissait de l’un des plus gros prize-pools de l’été, et le casting table finale allait témoigner de la difficulté de la compétition : Isaac Haxton, Eugene Todd, Jason Lester, Juan Carlos Alvarado, Eric Baldwin, Kirill Gerasimov, et un certain… Davidi Kitai ! Hélas, le doublé n’était pas au programme ce jour-là : le belge du Team Winamax allait devoir se contenter de la quatrième place, laissant l’excellent anglais John Kabbaj s’emparer de son premier bracelet. Il n’en reste pas de beaux souvenirs : la prestation de Davidi Kitai en finale fut - une fois de plus - sans faille, pleine de coeur et d’audace.

A lire : Day 30 aux WSOP 2009

7/ Main Event : confusion et scandale
De l’avis général, le géant casinotier Harrah’s a parcouru un long chemin depuis leur rachat de la marque WSOP en 2004 et leur première expérience en tant qu’organisateurs du festival l’année suivante. Les nombreux problèmes et incidents qui avaient émaillé les premières éditions des championnats du monde sous leur coupe ont presque entièrement disparu. Les World Series of Poker sont désormais une machine bien huilée, qui tourne à plein régime pour accueillir des dizaines de milliers de joueurs au Rio deux fois par an. Notre surprise fut double, donc, quand l’édition 2009 fut le théâtre de l’un des plus gros scandales de l’histoire du festival. Pour la première fois en quarante ans, des joueurs se sont vu refuser l’entrée au Main Event, par manque de place. Une chose qui semblait impossible : le Centre du Convention du Rio pouvait accueillir 2,500 joueurs par jour, alors que la participation totale n’a au final pas dépassé les 6,500 joueurs, répartis sur quatre journées de départ (Day 1A, B, C, D) Que s’est-il passé ? Pour résumer, un gros cafouillage dans l’organisation, qui n’avait pas prévu qu’en laissant aux joueurs le choix de leur journée de départ lors de leur inscription, beaucoup d’entre eux bouderaient les premiers jours et porteraient leur choix sur la dernière d’entre elles, créant un embouteillage massif lors du quatrième jour. Lorsque le Day 1D commença, le 6 juillet, il n’y avait tout simplement pas assez de tables, chaises, jetons et croupiers pour accueillir les joueurs venus s’inscrire en dernière minute. Plusieurs dizaines ont du être refoulés, dont quelques têtes série comme Patrik Antonius ou TJ Cloutier. Un comble pour une épreuve qui se veut être le grand rassemblement annuel du poker, celui qu’aucun joueur sérieux ne veut manquer. Mais, si Harrah’s a commis une grosse erreur de jugement en n’anticipant pas le désastre, il faut reconnaître que les joueurs auraient du être un peu plus prévoyants, en venant s’inscrire plus tôt, ce qui aurait permis aux organisateurs de mieux jauger la situation. Le scandale s’intensifia quand on commença à murmurer dans les couloirs que plusieurs joueurs avaient bénéficié de passe-droits, réussissant à s’inscrire au Day 1D en catimini après le début de la panique grâce à l’aide de superviseurs peu scrupuleux. Des affirmations démenties en bloc par Harrah’s, malgré de fortes présomptions du contraire. Quoi qu’il en soit, il n’est guère probable que le problème se reproduise en 2010, grâce à un nouveau système d’inscriptions mis en place par les organisateurs et l’augmentation de la capacité d’accueil du Rio.

A lire : Day 1D

6/ Triple Couronne pour Roland de Wolfe
Un humour à se pisser dessus, une indifférence totale à l’argent, des c****** en béton dès qu’il s’agit de tout risquer, une intuition extraordinaire aux cartes, et un passé de journaliste poker ayant franchi le pas : pour toutes ces raisons, Roland de Wolfe est l’un de mes joueurs préférés sur le circuit. C’est donc avec un plaisir immense que j’ai observé l’anglais devenir le second joueur de l’histoire à décrocher la « Triple Crown » l’été dernier. En remportant l’épreuve de Pot-Limit Omaha High-Low à 5,000$, De Wolfe complétait en effet une trilogie honorifique et officieuse, ajoutant un titre WSOP sur son étagère, à côté de ses titres World Poker Tour et European Poker Tour acquis en 2005 et 2006. Seul Gavin Griffin avait déjà réussi l’exploit avant lui. Le pire, c’est que, comme il l’avouera aux journalistes après sa victoire, De Wolfe n’avait guère joué plus d’une heure en PLO8 au cours de sa carrière. « J’ai beaucoup joué en Pot-Limit Omaha, et en Limit Omaha High-Low. J’ai mélangé les deux !», dit-il dans un grand éclat de rire. WPT, EPT et WSOP : la performance sera t-elle rééditée lors de ces six prochaines semaines ? Un certain ElkY y pense tous les matins en se rasant…

A lireLe Joyau de la Couronne



5/ Les pros raflent la mise
Plus que jamais, les pros mènent la danse aux WSOP, ne laissant que peu de place aux amateurs. A ceux qui estiment que depuis Chris Moneymaker et l’explosion du poker, les tournois ne sont que des loteries remportées par des inconnus sortis de nulle part, considérez cet échantillon des vainqueurs de bracelets de l’édition 2009 des WSOP : Jason Mercier, JC Tran, John Kabbaj, Nick Shulman, Vitaly Lunkin, JP Kelly, Marc Naalden, Steve Sung, Daniel Alaei, Matt Hawrilenko, Abe Mosseri… Que des joueurs ayant amélioré un palmarès déjà impressionnant (et parmi les joueurs relativement obscurs ayant remporté des épreuves, on pouvait compter les amateurs sur les doigts d’une main) Histoire de sortir du lot, certains des pros établis ont même mis les bouchées doubles, en remportant deux bracelets consécutifs : Ville Wahlbeck , Brock « T Soprano » Parker, Greg Mueller, et Phil Ivey. Mais la palme revient à l’italo-australien Jeff Lisandro (photo), auteur d’un festival sensationnel avec non pas un, non pas deux, mais TROIS bracelets durant l’été 2009, tous obtenus dans des variantes de Stud : High, Low, et High-Low.

A lire : Galerie et palmarès des WSOP 2009

4/ Phil Ivey : what else ?
Avec tous les exploits déjà cités, reste t-il encore de la place pour dégager LE vrai héros des WSOP 2009. Oui. Le choix est évident. Qui d’autre que Phil Ivey pour occuper ce siège ? Motivé par une série de paris contre ses collègues pros (on murmure que les montants auraient atteint plusieurs millions de dollars), celui que l’on considère unanimement comme le meilleur joueur de poker du monde – en cash-game comme en tournoi, en live comme online - a remporté deux bracelets en 2009, en Omaha/Stud High-Low et en Deuce To Seven. Mais le meilleur était à venir, avec une prestation hallucinante de maitrise tout au long du Main Event. Ivey, qui à 33 ans n’a remporté aucun de ses sept bracelets en Hold’em, a navigué avec aisance à travers le field de 6,494 joueurs, atteignant le top 20 du Main Event pour la quatrième fois en à peine dix ans. Sa qualification en table finale déclencha une vague d’enthousiasme sans précédent auprès des fans et des médias, offrant une publicité colossale au poker jusque dans les médias traditionnels, et cimentant Ivey comme la personnalité la plus demandée, mais aussi la plus mystérieuse du poker moderne. En novembre, Ivey aura livré une bataille courageuse avec son petit tapis, et ce n’est qu’après un bad beat infligé par Darvin Moon qu’il s’avouera finalement vaincu en septième place. 

A lire : Day 9 : le cirque ne s’arrête jamais, Sixième bracelet pour Ivey , Incroyable Phil Ivey !

3/ Winamax : un travail d’équipe
Chaque été, les français sont de plus en plus nombreux à faire le pélerinage vers Las Vegas pour disputer les WSOP, et l’édition 2009 du festival n’a pas fait exception. Contrairement à 2008, aucun bracelet n’aura été remporté par un joueur tricolore, ce qui ne veut pas dire que les quarantièmes WSOP furent une déception pour le clan français. Les finalistes bleu-blanc-rouge furent plus nombreux que jamais, avec la découverte de nouveaux talents (Pascal Leyo, Bruno Léandri, Mathieu Jacqmin), la confirmation de ceux en qui on croyait déja (David Jaoui, Thibaud Durand, Antoine Amourette), et la présence des valeurs sures établies depuis un bail (Antony Lellouche, Gabriel Nassif et l’incontournable David Benyamine). Au milieu de tout cela, mon meilleur souvenir des tournois préliminaires reste l’épreuve 36, un banal No-Limit Hold’em à 2,000 dollars l’entrée. Banal, en apparence seulement, car c’est là que j’ai pu être témoin d’une belle démonstration qu’au poker, l’esprit d’équipe existe bel et bien. Je ne me souviens plus combien de joueurs du Team Winamax étaient au départ de ce tournoi… Mais par contre, je me rappelle bien qu’à la fin du premier jour, quatre d’entre eux étaient encore en course : Manub, Tallix, Johny et Almira. Pas une mince affaire quand on songe qu’au total, seulement 213 joueurs avaient survécu sur les 1,695 au départ. Toute la journée, ces quatre-là se sont soutenus mutuellement, se tenant au courant au progrès durant les pauses, se conseillant, se serrant les coudes. Le lendemain, ils sont tous revenus, et je les ai vus entrer dans les places payées comme un seul homme. Johny allait tomber peu après la bulle. Les trois autres allaient tenir bon tout au long de la journée, jusque tard dans la nuit, moment où Manub allait lui aussi tirer sa révérence en 23ème place. Ce qui ne laissait qu’Almira et Tallix pour entamer la dernière journée du tournoi. Pour la dernière journée du tournoi, il ne restait que 17 joueurs, parmi lesquels Almira et Tallix. L’histoire n’allait pas s’arrêter là : tous deux se qualifièrent avec brio pour la table finale, la première de leur carrière aux WSOP. Un bad-beat allait mettre fin au parcours de la première en septième place, et quelques situations malencontreuses allaient précipiter l’élimination du second en cinquième place. Bilan comptable ? 200,000$ de gains combinés pour les deux. Et, en ce qui me concerne, trois belles journées passées à observer « mes » joueurs du Team Winamax…

A lire : Belle journée pour le Team Winamax, Day 24, Day 25

2/ Main Event : les français cartonnent
Le Main Event… Le « Big One », le dernier tournoi de chaque édition des WSOP, le plus important de tous, celui qui désigne LE champion du monde qui rentrera à jamais dans l’histoire du poker. On peut l’affirmer : l’édition 2009 du tournoi principal des WSOP fut la plus passionnante à suivre depuis le début du boom du poker. Surtout pour nous français, tant les exploits de nos compatriotes nous auront fait vibrer deux semaines durant. Au départ du Day 5, après huit jours d’épreuve, le field ne comptait plus que 407 survivants sur les 6,484 joueurs qui avaient pris le départ. Parmi eux, pas moins de treize tricolores. Un record. Et pas n’importe lesquels, de français : on comptait parmi eux les tous meilleurs de la discipline. David Benyamine, Fabrice Soulier, Rémy Biechel, ElkY, et un certain Ludovic Lacay, qui pointait en seconde place au classement général. Ajoutez-y une touche people avec l’épatante Estelle Denis, et quelques nouvelles têtes de talent avec Antoine « xxmoussxx » Dugast, Patrick Hanoteau et Julien Brécard, qui avait mis à contribution son expérience de Team Manager de Winamax de manière spectaculaire. Trois jours plus tard, il ne restait plus que 27 joueurs en course pour la dernière journée de l’été aux WSOP. Soulier, Benyamine et Brécard avaient du s’incliner la journée précédente, mais trois français pouvaient encore prétendre à la table finale : un record absolu, signe de la vitalité du poker hexagonal dans les grandes compétitions. François Balmigère, expérimenté joueur de cash-game venu de Toulouse, dut s’incliner rapidement en 25ème place. Ludovic Lacay, lui, aura porté les espoirs du Team Winamax un peu plus loin, terminant en seizième place pour ce que je persiste à considérer comme la plus belle performance de sa carrière, au-dessus de sa deuxième place au WPT de Barcelone, et de ses finales à Marrakech et Varsovie. Quand la table finale se constitua peu avant minuit, un français en faisait partie, pour la première fois depuis 1998, et la seconde fois seulement de l’histoire des championnats du monde. Personne n’avait jamais entendu parler d’Antoine Saout. Cela allait rapidement changer…

A lire : Main Event Day 4 , Day 5 , Day 6 , Day 7 , Day 8

1/ November Nine : une conclusion époustouflante
Le scénariste des WSOP nous avait gardé le meilleur pour la fin… La table finale du Main Event ne s’est jouée qu’en novembre, trois mois après la conclusion des demi-finales, mais l’attente valait largement le coup, avec en guise de finalistes un casting de personnages hétéroclites et attachants : un amateur sorti de sa campagne, un requin de Wall Street, un jeune venu d’Internet, le meilleur joueur du monde… Et aussi un français, qui est passé si près du titre, faisant vibrer la communauté entière. Sorti de nulle part, Antoine Saout a livré en table finale une prestation magique, mémorable, digne des plus grands, et seul un bad-beat l’empêcha de décrocher le titre suprême. Ce soir là au Rio, l’émotion fut au rendez-vous, gravant à jamais des moments forts dans les mémoires de ceux qui avaient la chance d’être présents. Pour s’y replonger, le mieux reste encore à relire notre reportage en direct de l’époque en cliquant sur les liens ci-dessous.

A lire : La table finale des WSOP 2009 - Reportage en direct

Benjo

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4 commentaires pour “Dix souvenirs des WSOP 2009”

  1. defdean dit :

    Très sympa de se remémorer ces moments de 2009.
    En espérant vivre par l’intermédiaire de Benjo des WSOP 2010 tout aussi passionnants !

    NB: le dernier lien de l’article n’est pas le reportage en direct de la TF mais la présentation des November 9

    Perso mon moment le plus fort et à la fois le plus décevant, l’elimination de Antoine Saout et notamment le live de Benjo sur France Inter. Le cri venant du coeur est exactement le ressenti que j’ai eu lors de l’élimination de mon compatriote breton.

    Keep posting Benjo. Always a pleasure

  2. djibciss dit :

    Article manifiquement écrit! En espérant que les français nous ramènent des bracelets cette année! GOGOGO la team W!!!

  3. kashra dit :

    Génial de découvrir ces articles que j’avais ratés pour la plupart, notamment sur Eric Drache .

    Merci de continuer à nous faire triper sur Vegas en attendant d’avoir la bankroll :)

  4. Poker Events Listings » WSOP 2010 dit :

    [...] Team Winamax : Dix souvenirs des WSOP 2009 [...]

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