Papillons dans l’estomac
Vendredi 4 décembre 2009Matin du day 3 de l’EPT Prague. J’ai dormi 5h et je sais que je ne me rendormirai pas. Le tournoi n’a pas encore commencé mais je joue déjà dans ma tête.
Les mêmes chiffres tournent en rond dans mon cerveau. J’ai 273,200 pour une moyenne se situant autour de 160,000. Il reste 95 joueurs. La bulle est à 80. La journée se termine à 24 joueurs. Il y a 8 places en TF. Ca serait ma première TF d’EPT. Il y a 682,000€ au vainqueur …
Mais tout cela paraît si loin. Le bal des chiffres s’interrompt et je regarde la composition de ma table d’aujourd’hui: le deuxième stack a 148,000, et tous les autres sont bien en dessous. Je reconnais plusieurs joueurs, des serrures patentées. Une table de short stacks, à 15 joueurs de la bulle, dans un EPT, peut-on rêver mieux? Mon imagination débridée élabore tous les scénarios: “le pire? je joue mal, fais doubler un short, rate un bluff et tombe moi-même short, la table casse et je me retrouve à droite du chip leader, je tente un move de frustration et je sors à quelques places de la bulle…”. Le meilleur? “Je massacre ma table et arrive à monter 400,000 avant le passage de la bulle. J’ai un gros setup favorable en milieu de journée, set contre AA, et je franchis la barre du million quand nous tombons à 24 joueurs.” La réalité se situera probablement entre les deux… Mais je sais à quel point ce jeu peut être rapide et impitoyable, à la fois grisant et cruel, comment on peut jouer des pots de chip leader écrasant à 20 places de la table finale et succomber à deux outs. J’ai suffisamment d’exemples de grands joueurs autour de moi à qui cela est arrivé de nombreuses fois. Et pourtant, ils reviennent toujours à l’assaut, tournoi majeur après tournoi majeur, avec une détermination à peine émoussée. Les Levi, Mattern, Lacay, Lellouche, Croc, Davidi, Johny001, Elky ou Cao (et tous ceux que j’oublie) sont des modèles de talent, de technique, de travail mais surtout de volonté et de résilience psychologique. Ils ont leurs faiblesses, mais ce sont des monstres.




Par Aurélien Guiglini

