
Vous avez peut-être suivi mon petit défi du mois d’octobre. Partant de 50 euros sur winamax.fr, ma mission était de monter le plus haut possible en un mois, en respectant une gestion scrupuleuse pour diminuer au maximum mes chances de perdre mon capital de départ. Trente jours épuisants plus tard, après un combat qui m’a amené des sit and go à 50 centimes jusqu’aux portes de la NL100, mon compte affiche 1410€. Ce résultat plutôt honorable doit être replacé dans son contexte. Deux semaines après la fin, je vais essayer d’en tirer quelques conclusions.
Tout d’abord, il y a bien entendu Madame Variance. Avec le recul, en employant cette approche, j’estime que ma fourchette pour un tel volume se situe quelque part entre 500 et 3000 euros, selon la bonne volonté des cartes, avec environ 1 à 2% de chances de finir “broke”. J’ai donc terminé plutôt dans la moyenne basse de mon potentiel - si je n’avais pas connu un bad run important sur les derniers jours, j’aurais pu terminer le défi en NL100 et crever le plafond. D’un autre côté, si j’avais connu ce bad run au début, j’aurais été broke, ou au minimum considérablement ralenti dans ma progression.
Peut-on faire mieux? Evidemment. Tout d’abord, je ne suis pas le meilleur joueur de poker du monde, loin s’en faut. Un joueur plus talentueux aurait d’excellentes chances d’exploser mon résultat. J’ai joué environ 100,000 mains, un volume important mais que j’aurais peut-être pu doubler en mettant le paquet mais aussi en tirant un trait sur toute vie sociale, un exemple que je ne veux montrer à personne. A l’inverse, j’aurais pu aussi jouer un peu moins de volume et me concentrer sur la qualité de mes décisions pour augmenter mon avantage. Voilà une route que je prendrais peut-être si le coeur me dit de retenter l’aventure un jour.
Le niveau en basses limites est aussi bien plus féroce qu’à mes débuts. A partir de la NL20, j’ai senti que certains de mes adversaires avaient une solide fondation technique et évitaient habilement les grosses erreurs. La démocratisation du poker en France depuis quelques années, avec l’apparition de sources d’apprentissage variées et efficaces, y est sans doute pour quelque chose. Les français jouent mieux au poker, encore moins bien en moyenne que nos amis américains dont la culture de base intègre le jeu.
Qu’ai-je appris de ce défi? Qu’il est plus difficile qu’avant de gagner, même si c’est sans doute toujours possible de faire la différence. Que l’engouement pour le poker est sans précédent dans notre pays. Que l’envie d’apprendre, d’affronter, de discuter avec les pros médiatisés est énorme. J’ai fait de mon mieux pour répondre aux attentes des communautés en répondant sur les divers forums qui se sont intéressés à mon aventure, d’abord sur WAM et aussi sur le forum qui a accompagné ma naissance en tant que joueur, Club Poker. J’y passe encore tous les jours pour répondre aux questions.
Je me tourne désormais vers un défi plus personnel. En deux ans et demi de circuit, j’ai bien approché plusieurs fois des tables finales majeures, la plus importante en mai avec ma 23eme palce à l’EPT de Monte Carlo. Mais je suis insatisfait. Mon objectif est tout proche et j’ai l’impression de ne pas arriver à le saisir, à peine à l’effleurer. Pourtant, je n’ai pas d’excuses. j’ai un entourage de joueurs bien plus forts que moi pour me guider techniquement, une vie personnelle paisible et équilibrée, un coach du tonnerre, un préparateur mental, un sponsor qui me fait confiance et tout le temps nécessaire pour être au top dans les tournois.
Alors, qu’est-ce qui cloche? Accuser la chance ne sert à rien. J’ai eu des opportunités, et elles sont passées à la trappe. La seule chose qui compte, c’est la lucidité. Un autre joueur aurait-il fait mieux à ma place? quelles sont les mains véritablement importantes de ma carrière, celles où j’aurais pu faire la différence et où j’ai commis une erreur fatale? Ai-je trop joué dans ma zone de confort, avec mes automatismes de joueur online performant mais pas world-class? Cette recherche de mes lacunes anime toute mon énergie. Je lis beaucoup, je discute sans cesse non seulement de technique de jeu mais aussi de l’esprit de compétition . Je cherche ce qui distingue le solide professionnel que je suis aujourd’hui du champion en devenir qui, je l’espère, sommeille en moi quelque part. Et laissera une autre image que le garçon fatigué qui soupire en faisant la bulle d’un EPT.
A partir d’aujourd’hui, je me sens porté par un souffle nouveau. Plus d’excuses. Plus de marche arrière. Plus de grind confortable en espérant faire un cash de temps en temps pour étoffer mon Hendon Mob. Si je dois arrêter le poker un jour, je le ferai sans avoir de regrets, j’aurais tout donné pour atteindre mes buts successifs et, ultimement, le destin aura tranché.
Cette quête reprend la semaine prochaine à l’EPT Barcelone suivi du WPT Marrakech, avant de terminer l’année par un tournoi qui m’a beaucoup réussi (si on considère qu’une porte de TF est une réussite…) lors des deux dernières éditions, l’EPT de Prague.
Alea jacta Est !