Archive pour la catégorie ‘Général’

Bahamamamas

Mercredi 25 janvier 2012

Dans mon blog précédent, je vous annonçais mon intention de lancer mon année par un déplacement aux Bahamas. Cette étape du LAPT/NAPT/EPT (jamais trop compris) est un véritable mini-WSOP : nombreux tournois, buy-in et variantes multiples et, bien entendu, ricains à gogo. Question hébergement et restauration, c’est un véritable braquage : les chambres sont moyennes, le service est lent à en mourir et tout est en extra.

Le summum est atteint à la poker kitchen qui, en plus d’être dégueulasse (le chef serait Greg Raymer),  fonctionne avec un système de tickets (comme à la cantine) et où tout coûte une montagne (4 dollars la bouteille de 250ml d’eau, 8 dollars le coca, 9 dollars la salade de fruits).

“Welcome to Paradise” vous hurle un mec à l’accueil quand vous descendez du taxi. Mouais, surtout le bootcamp idéal pour tout européen avant les WSOP. Il va falloir que je reste calme et que je me concentre sur mon objectif.

J’arrive donc le 4 janvier à Nassau, trois jours avant le début du Main Event histoire de m’acclimater au décalage horaire, de prendre mon coup de soleil habituel ET d’avoir le temps de le guérir (en partie), et de jouer un petit satellite a 1 000$, histoire de retrouver le live avant de jouer le Main qui s’annonce relevé.

Cette année le soleil est au rendez vous (pas forcement évident en cette période aux caraïbes, voir coverages de Benjo en 2008, 2009 et 2010), et je profite donc de mes trois jours pour mettre en application mon plan. Ma peau brule progressivement atteignant un vermillon très satisfaisant, le 1000$ est une entrée en matière agréable, je retrouve quelques sensations et me fais éliminer sur un flip apres trois heures de jeu.

Je peaufine mon conditionnement par une petit discussion avec Pier Gauthier sur skype, je suis prêt, je bosse bien depuis plusieurs mois, il faut que je me concentre sur les détails, la différence entre un bon joueur et un grand joueur c’est une addition de détails. Je repense au stage du Team à Sofia Antipolis, la nutritionniste, l’ostheo, le coach mental. Je suis prêt.

Ce voyage à Nassau coïncide aussi avec ma première “collaboration” avec un ami de Toulouse, Etienne.

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Celui qui n’a pas d’objectifs…

Mercredi 11 janvier 2012

…ne risque pas de les atteindre - Sun Tzu

En effet, nous y sommes. Adieu sapin, dinde, cotillons et coupes de champagne : nous sommes en 2012. Comme chaque année, l’heure pour chacun des bilans, des résolutions, des objectifs !

A titre personnel, 2011 pour moi fut un excellent cru, sur le plan professionnel comme personnel. Mais nous sommes ici pour parler de poker alors je ne me la jouerai pas et ne vous parlerai pas de ma superbe fiancée !

Cette année, je m’étais promis de mieux me préparer, de rester humble lorsque les cartes allaient de mon côté (pour éviter l’euphorie aka le tilt positif), et de travailler mes prises d’information à la table. Autant d’objectifs louables, mais comme me le fit remarquer Stéphane, autant d’objectifs peu quantifiables… comme si je ne voulais pas faire de promesses pour ne pas échouer.

Du coup, il est dur de faire un bilan. J’ai l’impression d’avoir bien progressé, je me prépare plus longtemps à l’avance, suis beaucoup plus l’action à la table, et j’ai trouvé un bon équilibre entre la confiance et l’humilité, ce qui me rend moins apte au tilt. Par contre, ma préparation reste en dent de scie, avec des périodes de sport et de motivation comme au premier trimestre, et des périodes un peu en roue libre entre les tournois ou encore une fois, vers la fin Juin à Vegas.

Bref, je me donne un 7 /10 car j’ai le sentiment d’avoir vraiment passé un palier depuis 2 ans, dans la tête autant que dans le professionnalisme.

Sur le plan comptable, je réalise ma meilleure année, avec 3 tables finales dont une aux WSOP (ma quatrième en 4 ans sur le circuit !) et dont –enfin- un podium lors d’un tournoi majeur : l’EPT Prague, pour finir en beauté. Paradoxalement, cette année ne comporte que 4 ITM, alors que je n’ai pas l’impression d’avoir été particulièrement agressif par rapport aux précédentes saisons. Peu importe, les min-cash ne me manquent pas, même si mon passage à vide entre les WSOP et Prague fut long et dur mentalement !

Cette année, plus de détours. Dame Variance est toujours la plus forte sur le circuit live, et je n’oserai pas lui manquer de respect, mais qu’importe, après deux années excellentes, je vais me fixer des objectifs encore plus ambitieux, quitte à ne pas tous les accomplir. Il s’agira de ma ligne de mire 2012 :

- Tout d’abord, ce que je désire le plus, et qui est clairement à ma portée, c’est de gagner un tournoi majeur ;

- Ensuite, je souhaiterai grappiller des places au classement Hendon-mob. 14ème de la « French All-time money list » en 4 ans sur le circuit est un bon résultat, mais j’ai pour ambition de rentrer dans le top 10 pour ne plus en sortir. Douze mois seront peut-être trop court pour combler le trou qui me sépare du top 10, alors je me fixe d’être dans le top 12 à noël, et d’intégrer le top 10 d’ici Vegas 2013.

Le fait de passer un palier demande deux fois plus de travail pour rester au niveau, sans parler de monter, car la compétition est rude. Pour rester au top, 3 résolutions :

- Être studieux. Lire plus de livres poker, regarder plus de vidéos de coaching pour voir où en sont les autres, afin de rester un étudiant du jeu et continuer de chercher des outils stratégiques ;

- Grinder plus régulièrement sur Winamax. Le niveau –sans manquer de respect aux joueurs du site- est en moyenne beaucoup plus faible que sur le circuit international. En multitablant je pense pouvoir dégager un profit régulier, bon pour la confiance et la stabilité tout au long de la saison. Sans compter l’expérience de jouer plusieurs tables finales par mois. Pour l’instant mes stats sont au vert (ROI 38%, profit 12 000€), mais le nombre de tournois joue est peu significatif. Je veux gagner un gros tournoi sur Winamax cette année ;

- Perdre du poids. J’ai un léger surpoids depuis… humm, depuis toujours, qui varie en fonction de la qualité des room services et des restaurants où le circuit m’emmène. Au 2 janvier, je pesais 89 Kg pour 1m80. D’ici le début des WSOP je veux être à 82, et d’ici décembre : 77kg. Avec des exemples de sportifs autour de moi comme ManuB ou Stéphane Matheu, je n’ai aucune excuse pour échouer, et je suis très confiant. Pour y arriver, je serai obligé de manger équilibré et d’avoir une vie (relativement) saine (faut pas pousser non plus) toute l’année, et je suis persuadé que les conséquences sur mes performances, mon énergie, et mon bonheur en général seront extraordinaires.

J’ai hâte de voir ce que 2012 me réserve, en bonheur comme en désillusions, et quelles rencontres je ferai sur le circuit cette année.

Bonne chance dans vos propres résolutions et objectifs.

Iron Man 2012

Jeudi 29 décembre 2011

Si l’on essaie de tirer un bilan chiffre de mon année 2011, le résultat parait médiocre. J’ai joué énormément de tournois, pour seulement cinq places payées en retour. Le retour sur investissement est bien entendu négatif (mais pas tant que ça). En outre, quelques judicieux « swaps » avec des amis joueurs m’ont permis de gagner pas mal d’argent. Et puis, mes performances online sur la nouvelle plate-forme Winamax ont été plutôt bons, même si mon volume reste faible compte tenu des voyages permanents.

Si l’on observe mes places payées tournoi par tournoi on se rend compte que plusieurs fois, cela s’est joué à peu de choses. Je pense notamment à San Remo (EPT) où je perds un pot à 80/20 pour passer chiplead a une table facile alors qu’il reste 39 joueurs. Je pense aussi, bien sur, à Cannes (PPT) où, comme vous allez le voir en regardant les 7 épisodes de « Dans la tête d’un pro » (la diffusion est en cours sur Winamax, Facebook, Dailymotion…), je termine en onzième place, aux portes de la finale.

Mais il est inutile de revenir en détail sur les tournois. Parfois on a de la réussite, parfois on en a pas : mieux vaut se concentrer sur ce que l’on peut contrôler. Et c’est sur ce point précis que 2011 peut être considérée comme une très bonne année pour moi ! J’ai commencé un travail très enrichissant avec le coach mental Pier Gauthier, et modifié ma routine en profondeur afin d’atteindre les objectifs que je me suis fixé pour 2012 (à savoir faire d’excellents WSOP), et aussi recommencer à prendre du plaisir en jouant.

Photo Laurent Clément / Winamax
Photo Laurent Clément / Winamax

Ce dernier point est très important. Il m’est arrivé dans le passé de me demander ce que je faisais là lors de certains tournois. J’avais perdu en route le « winning spirit », en français « la gagne ». Quand un tournoi débute, la victoire parait si loin qu’il est facile de devenir fainéant, voir négligent dans sa préparation ou son approche du jeu. Et je suis content de pouvoir dire que désormais, lorsqu’un tournoi commence, je sais parfaitement pourquoi je suis là, je sais quels sont mes objectifs à court, moyen et long terme, et j’ai une bonne idée du chemin à parcourir pour les atteindre.

Mais assez parlé de 2011… Place à 2012 ! Ma première échéance arrive très bientôt puisque je retourne aux Bahamas pour la PCA. Son Main Event et ses tournois annexes sont énormes, les tournois s’enchaînent tous les jours, le niveau est très, très très élevé et l’atmosphère générale n’est pas sans rappeler celle des World Series of Poker. C’est donc pour moi un premier test en vue des championnats du monde 2012. Je participerai au Main ainsi qu’au High-Roller, et probablement à plusieurs side-events en fonction de mes performances dans les deux tournois principaux. Il faudra éviter à tout prix le « burnout », les distractions trop… distrayantes… pendant deux semaines, et bien sûr tirer les conclusions qui s’imposent à la fin du séjour.

En attendant, je dois me préparer au mieux en cette période de fêtes, afin d’être performant. Je dois bosser mon jeu, me préparer physiquement, mais aussi trouver des moyens de me construire un capital confiance. Cela fait maintenant deux mois que je n’ai pas joué au poker en live : il est impératif de reprendre muni de mon « A-game ». J’ai donc prévu pas mal de sessions sur Winamax, mais aussi un visionnage intensif de vidéos stratégiques, et un max de discussions avec mes coéquipiers et sur le forum Wam-Poker.

Voilà pour les dernières nouvelles… J’essaierai de vous poster un petit blog à mon arrivée aux Bahamas pour voir comment s’est passée cette préparation. Je vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d’année, et vous donne rendez-vous en 2012 !

Bilan 2011, objectifs 2012, Eric Haik, Ilan…

Jeudi 22 décembre 2011

Bilan de l’année 2011

- 283 000 dollars de gains, et un retour sur investissement positif
- 6 places payées aux World Series of Poker
- 1 seconde place lors de la Omaha Cup à l’ACF, derrière Antony Lellouche et devant Tristan Clémençon, 7ème
- 1 victoire au World Poker Tour Invitationnal à Los Angeles, juste devant Almira

On peut constater plusieurs choses à propos de mon année poker 2011…

* Je perfe aux côtés de mes coéquipiers, est-ce une pure coïncidence ? Où est-ce dû au soutien et à la motivation supplémentaire qu’ils m’apportent, qui m’aiderait psychologiquement à m’accrocher ?
* J’ai établi en 2011 mon record personnel de places payées sur un an : 10 au total. Serais-je devenu un livetard, qui joue pour les places payées et non plus pour la gagne, comme avant ? (J’ai toujours eu l’habitude de prendre tous les risques à l’approche de la bulle)
* Je perfe principalement aux États-Unis, au milieu de fields supposés plus difficiles. Ferais-je preuve de plus de concentration et de logique face aux sharks ?

Ces questions, elles ne trouveront pas de réponse sur ce blog, car je ne les connais pas toutes moi-même…

Mes remises en question personnelles ainsi que les conseils des gens qui m’entourent, les membres du Team Winamax ou le coach Stéphane Matheu pourront m’aider à éclaircir certains points. Ce qui est certain, c’est que cette année supplémentaire sur le circuit pro fut riche en expériences. J’espère pouvoir reproduire les bons côtés dans le futur, tout en tirant les leçons des erreurs que j’ai pu commettre.  Ce afin de pouvoir respecter les objectifs que je me suis fixé pour l’année prochaine…

Mes buts pour 2012

Étant de nature ambitieuse, je préfère poser des objectifs élevés, quitte à ne pas les atteindre.

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« Dans la tête d’un pro » Spécial Cannes, épisode 1/7

Mercredi 21 décembre 2011

Vivez les émotions d’un grand tournoi live comme si vous y étiez, suivez le raisonnement des pros au cœur de l’action et partagez la vie quotidienne du Team Winamax au travers des nouvelles vidéos exclusives de la série « Dans la tête d’un pro » : 7 épisodes tournés lors de la finale du PPT au casino Palm Beach de Cannes !

Dans l’épisode 1, mettez-vous dans la peau de Vikash Dhorasoo qui, à la croisée des chemins, se pose des questions sur son avenir en tant que joueur de poker. De sa préparation (« C’est pareil qu’avant un match, sauf qu’au lieu de crampons, je mets des Ray Ban ») à l’arrivée à table du « Docteur Maboul » Jean-Noel Thorel, suivez le destin de Vikash dans ce tournoi.

L’épisode 2 sera mis en ligne le mardi 27 décembre : on y suivra le parcours d’un Ludovic Lacay plus en forme que jamais. Jamais un joueur n’avait été suivi d’aussi près et aussi longuement lors d’un tournoi de poker… A consommer sans modération !


« Dans la tête d’un pro » Spécial Cannes par winamax


Entretien avec Vikash Dhorasoo

Dans l’épisode 1 de « Dans la tête d’un pro » Spécial Cannes, tu te poses de nombreuses questions concernant ton avenir en tant que joueur de poker… Peux-tu nous en dire plus ?

« J’ai décidé de quitter le Team Pro Winamax car être professionnel de poker demande beaucoup de travail et d’investissement. J’ai l’expérience du haut niveau dans le football et mes activités aujourd’hui ne me permettent plus de faire les sacrifices nécessaires pour être le meilleur.

Je préfère redevenir un joueur amateur de poker de même que je suis redevenu un joueur de foot du dimanche, pour retrouver un autre poker, celui que j’ai découvert en jouant sur internet à mes débuts ou entre amis à la maison. J’aime le jeu et le plaisir que je peux prendre en pratiquant ces deux disciplines. C’est pour cela que j’ai intégré l’équipe du Winamax Football Club qui joue en Fédération Gymnique et Physique de Travail (FSGT).

Je veux retrouver le plaisir de jouer et redevenir un joueur comme un autre faisant partie de la communauté des Wameurs. »

Tu es très proche de Winamax et de l’équipe professionnelle. Vas-tu rester en contact avec eux ?

« Depuis trois ans, je suis lié à Winamax et c’est un honneur. En accord avec Winamax, je vais rester proche du Team Pro, devenant une sorte d’ambassadeur de Winamax.

Je continuerai donc à participer à quelques tournois live en défendant évidemment les couleurs de Winamax. Je participerai aussi à quelques étapes du Winamax Poker Tour et à quelques tournois sur le net.

L’histoire qui me relie à Winamax s’apprête à connaître un nouveau chapitre : Winamax, qui m’a permis de découvrir le poker de haut niveau, continuera de m’accompagner dans mes projets à travers ses actions de mécénat.

Notre collaboration continue car notre philosophie se rejoint sur de nombreux points. Peu importent les cartes, le succès ou les moyens à votre disposition, on retiendra toujours ‘‘ce que vous en avez fait’’. »

Comment va se matérialiser cette collaboration ?

« Autour du mouvement Tatane, je développe des actions qui correspondent à une volonté commune de jouer, de privilégier le plaisir du jeu de manière durable et joyeuse, pour en faire un facteur de développement et de lien social.

Aujourd’hui, Winamax devient le premier partenaire corporate du « mouvement TATANE » aux initiatives favorisant le jeu de manière consciente et durable. Je suis pour ma part fier de pouvoir me faire le porte-parole de cette collaboration unique. »

Entrez dans la Zone Grise

Jeudi 15 décembre 2011

Mon dernier blog stratégique remonte à longtemps, trop longtemps ! Je mets fin à cette absence aujourd’hui en partageant avec vous un concept fondamental qui m’a personnellement aidé à mieux comprendre la nature du poker, particulièrement en ligne. Il s’agit de l’idée de “zone grise” (”grey area”), abordée dans l’ouvrage de Tommy Angelo “Elements of Poker”.

Mais je développerai plus tard. Tout d’abord, effectuons un petit retour en arrière.

A peine avais-je appris les règles du Texas Hold’em que mon cerveau s’est mis en quête de trouver des réponses aux problèmes généraux que le jeu me posait. Les premières étaient, vous vous en doutez, assez naïves. Faut-il payer ou relancer avec un tirage ? Comment jouer une paire d’As ? Ça vaut quoi, exactement, quand on a deux paires ? Peu à peu, au fur et à mesure que ma connaissance technique se développait, mes recherches de réponses se sont faites plus complexes et exigeantes. Après six ans de poker intensif, j’aborde un problème de poker très différemment aujourd’hui, en utilisant tous les anglicismes barbares que vous entendez dans les vidéos de pro et dans les conversations sur les forums. Ma range est-elle bien équilibrée dans ce spot ? Ai-je pris la ligne optimale ? Comment équilibrer survie et accumulation des jetons en tournoi ?

Néanmoins, si la teneur de mon questionnement a changé, sa nature est restée identique. Portez en ce moment un regard sur votre propre progression comme joueur, où que vous soyez aujourd’hui, et il est probable que vous constatiez la même chose. Nous cherchons tous des certitudes ! Des réponses toutes faites, immuables, franches et précises. Nous rejetons l’approximatif et le poétique dans notre quête de la vérité absolue. Le poker est alors vu comme une énigme mathématique à laquelle il n’existerait qu’une seule solution, un seul play ou ensemble de play optimal approprié à la situation. Il ne s’agirait que d’une serrure dont il faudrait trouver la combinaison.

Les effets collatéraux de cette façon d’appréhender le poker sont implacables. Comme il n’existe qu’une seule solution, une seule façon correcte de jouer qui maximise l’EV d’une situation, toutes les autres sont jugées “mauvaises” et leurs pratiquants affublés de divers sobriquets insultant directement leur intelligence. “LOL le play de fish il a défendu K8s oop!”. “OMG mais comment il peut check/call cette river, quel débile!” “Il call un 4bet pour le tiers de son stack avec J9s, il comprend rien!”. Et j’en passe.

Rentre en jeu le concept de “Zone grise”. Dans son livre, Tommy Angelo expose à l’inverse que la vérité absolue n’existe pas au poker. Certes, dans quelques situations “noires” et “blanches” le play optimal est mathématiquement évident (par exemple, quand on a les nuts à la river et que l’adversaire fait tapis). Mais dans la quasi-totalité des situations de jeu, la réponse parfaite n’est pas démontrable avec une certitude absolue. Nous sommes donc en permanence dans la zone grise, celle qui n’admet pas la certitude, seulement la spéculation.

Évidemment, on peut avoir l’intuition, voire la quasi-certitude qu’on est proche du play parfait. On peut aussi argumenter solidement avec conviction et intelligence dans un sens ou dans l’autre. On peut savoir d’expérience que notre play est, si ce n’est parfait, au minimum correct et EV+. Mais on ne peut pas en principe en faire la démonstration de manière inattaquable ! Pourquoi ? Car pour connaître la “solution” (au sens mathématique) d’une main de poker crédible (je ne parle pas ici des tableaux inexploitables de push/fold à moins de 10bb effectifs dont on nous gave dès qu’on aborde la théorie des jeux au Poker), il faut connaître les stratégies complètes de chacun des adversaires, la fréquence sur chacune de leurs actions, leur range précise dans tous les embranchements possibles, et bien d’autres choses encore. Déjà, le problème apparaît : on ne peut pas connaître l’adversaire avec l’exhaustivité nécessaire. Il s’agrandit encore face à la réalisation que nous-mêmes, la plupart du temps, ignorons quelle est notre stratégie précise !

Réfléchissez à comment vous prenez vos décisions de jeu : il y a certes une part de raisonnement structuré, mais aussi une part d’expérience et d’intuition, une part d’impulsivité, une part de brouillage émotionnel (de tilt, donc), une part de fantaisie et même une part de hasard total ! Combien de joueurs sont capables, à n’importe quel point clé d’une main, de donner leur propre range exacte ? Faites l’expérience : lancez une table de cash game sur Winamax, concentrez-vous, jouez quelques mains et arrêtez l’action la première fois que vous voyez un turn. Êtes-vous réellement capable de jurer connaître votre propre range dans ce spot précis ? Et de ne jamais en dévier ? Bien sûr que non. Vous pouvez vous en approcher suffisamment pour prendre des décisions efficaces, mais la décision parfaite - ou plutôt, le raisonnement certain que votre décision est parfaite - vous échappera toujours.

Il en ressort que dans la plupart des situations, les joueurs présents ignorent non seulement la stratégie exacte de l’adversaire mais ont aussi une idée seulement approximative de la leur. Conséquence : non seulement personne ne peut prétendre jouer à la perfection, mais personne ne peut prétendre  avoir joué de manière inattaquable la moindre main qui est passée  par la “zone grise” !

Quand dans mon well sur Club Poker on m’a demandé la main que je pensais avoir le mieux joué de ma carrière, je me suis trouvé bien embêté. Il y a certes des mains où j’aime l’élégance de mon raisonnement, des mains dont j’aime le résultat, des mains où j’ai suivi une intuition qui s’est révélée exacte, mais je peine à les comparer entre elles et surtout je me sens incapable de déterminer avec une quelconque certitude si aucune de ces mains-là étaient réellement “bien jouées” par rapport à ce satané idéal mathématique !

Revenons à nous, joueurs de poker, engoncés dans le sérieux de notre jargon, qui commentons des mains sur les forums ou de vive voix. J’ai fréquenté quelques groupes d’experts dans ma vie, et les mêmes tendances se retrouvent : ego démesuré, surestime de soi, tendance à rabaisser les autres. Jusque-là, rien d’inhabituel. Mais bien plus choquant est le sentiment de certitude avec lequel est assénée la vérité magique du poker idéal et parfait, que la majorité des participants semble persuadé de posséder. Ce joueur qui insulte copieusement son adversaire SAIT-IL VRAIMENT que c’est “horrible” de payer un 3bet avec J9o hors position ? A quel point par rapport aux alternatives fold/4bet? Comme il ne peut le démontrer avec certitude, cette affirmation devient une simple croyance, qui peut donc être vraie, ou fausse. Par extension, on arrive au même résultat pour l’ensemble de notre jeu et nous réalisons que notre poker est constitué de croyances souvent très personnelles !

D’où viennent ces croyances noires ou blanches dans un univers si gris ? Pourquoi sont-elles si fortement ancrées dans nos esprits ? Pour certains, ce sera l’expérience, la réalisation empirique que payer un 3bet hors position avec une telle main fait perdre de l’argent. Pour d’autres, ce sera l’acceptation aveugle de la parole prêchée dans une vidéo par un des millionnaires du poker online. Pour d’autres encore, c’est le rangement à l’autorité de la masse. Si Totor84x s’est fait copieusement insulter après avoir posté une main où il effectuait un tel play, ça va le calmer un moment. Les spectateurs silencieux, impressionnés par le venin des réactions, se rangent vite également à l’avis de la majorité. Les arguments d’autorité ont la belle vie (”retourne en NL10″, “quand tu seras en NL1k comme moi tu comprendras”).

En sept ans de poker, j’ai vu passer des dizaines de modes et de façons de jouer qui ont pu être estimées ridicules par le passé. Jugez donc:

- Essayez de relancer any two cards utg en tournoi en 2005
- De faire un overbet en 2006 (souvenez-vous comme Roger Hairabedian était moqué pour cette “livetarderie” avant que tout le monde ne se mette à vénérer Tom Dwan pour exactement le même play)
- De faire un min-raise en tournoi en 2007 (comme je l’ai suggéré timidement dans un thread 2+2, l’ayant lu dans un bouquin de Chris Ferguson, avant de me faire copieusement insulter !)
- De faire un “click-back” (mini-sur-relance) en 2008.

En 2011, tous ces plays sont non seulement acceptés mais aussi tout à fait standard, voire recommandés, accompagnés d’arguments solides comme “mais c’est totalement évident lol espèce de noob”!  Tout le monde s’accorde pour dire que les capacités d’adaptation sont vitales au poker, mais c’est pourtant l’orthodoxie la plus rigide qui domine!

Vous vous demandez sans doute où je veux en venir.

Je ne suis pas en train de dire qu’il faut défendre ou respecter n’importe quel play. Même si on n’en a pas toujours la démonstration certaine, nous savons que certains plays sont perdants d’expérience dans la majorité des situations. Empiriquement, suffisamment de mains ont été jouées pour atteindre un consensus. Nous savons donc écarter pas mal de plays dans l’éventail des possibilités, et c’est d’ailleurs ainsi que raisonnent la plupart des joueurs gagnants. Si nous nous trompions une fois de temps en temps en écartant un play qui pourrait s’approcher de l’optimal alors que nous l’ignorons, ce n’est pas si grave.

Je ne cherche pas non plus à révolutionner la façon dont les joueurs de poker débattent où réfléchissent. Ce serait un combat perdu d’avance contre la nature humaine.

Je défends simplement, avec un optimisme très personnel, l’ouverture d’esprit et le questionnement, dans un jeu où les égos parlent souvent plus fort que la raison.

Revenons dans le concret. Comment cet article peut-il vous aider à améliorer votre propre poker ? Voici quelques pistes, sous forme de petits exercices que vous pouvez entreprendre facilement dans le confort de votre canapé, avec une tasse de café et une dose d’honnêteté intellectuelle.

Selon moi, la plus grosse erreur que peut commettre un joueur de poker qui aspire à l’excellence ne se déroule pas à la table, mais dans son appréciation du jeu des autres. Cela commence par la recherche et la découverte de votre “fish émissaire”.

Votre fish émissaire est un joueur gagnant avec qui vous jouez régulièrement et qui vous choque par son style de jeu. Vous savez qu’il est gagnant car c’est un reg de votre limite depuis des mois, ou c’est un joueur du circuit live qui ne semble pas avoir d’autres jobs ni de fortune personnelle. C’est souvent “le plus gros chattard ever” dans votre esprit. Maintenant que vous avez choisi votre victime, repassez mentalement la liste des choses qui vous choquent dans son style de jeu et que vous trouvez “horribles”. Cela peut-être qu’il ne fold jamais sur un 4bet (un certain ex-local hero sur Winamax s’y retrouvera sans doute !), la taille de ses mises (ses “sizings” comme on dit), sa tendance à se laisser mourir à petit feu en tournoi en ratant des situations évidentes de push ou de resteal (salut Roger), sa tendance récurrente de se retrouver all in preflop avec J2o et bien d’autres choses encore. Maintenant que vous avez fait ce petit travail, essayez objectivement de quantifier l’importance de ces erreurs “horribles et inadmissibles”. Je vous surprends peut-être, mais un petit calcul d’EV improvisé vous fera réaliser que ces erreurs sont rarement aussi considérables que vous l’imaginiez, particulièrement les tendances qui font call “trop souvent” ou jouer “trop agressif”.  Seconde constatation : si un joueur peut être gagnant en multipliant les erreurs et les plays incohérents, c’est qu’il doit forcément compenser avec autre chose. La véritable question à se poser devient donc :

« Qu’est-ce que ce joueur fait-il de MIEUX que moi pour compenser ce qu’il fait moins bien. »

Mettez votre ego de côté un instant et réfléchissez. Imaginez ce joueur comme un modèle. Arrêtez un instant d’être obsédé par les “horreurs” qu’il vous a infligées et regardez les fois où il vous a totalement outplay. Le fish émissaire, ce personnage insupportable qui joue si mal au poker, peut vous surprendre et vous faire incorporer à votre arsenal des armes expérimentales aux effets détonants ! Obnubilé par les effets de variance et quelques plays en apparence foireux, vous pouvez passer à côté d’une formidable occasion d’apprendre.

Parmi les centaines de joueurs de poker brillants que j’ai rencontrés ou affrontés, je n’en ai jamais rencontré un avec qui j’étais totalement d’accord. Je suis même en profond désaccord avec certains d’entre eux sur des éléments essentiels du jeu. Mais j’ose affirmer aujourd’hui que chacun d’entre eux m’a appris quelque chose. Cela peut être un spot où ils vont oser quelque chose que je n’oserai pas moi-même. Ou une line étonnamment passive dans une situation de value. Un sizing bizarre. La façon de se remettre d’un bad beat. Un changement de vitesse inattendu. Une finesse psychologique nouvelle. La capacité à arrêter une session qui se passe mal. L’honnêteté par rapport à son propre niveau. Etc.

La vérité est que tous ces plays “originaux” sont des excroissances d’un tout, des effets de bord d’un style qui peut être par ailleurs très efficace. Si vous faites une fixation dessus en négligeant le reste, vous vous exposez à des difficultés.

Je vais vous choquer encore plus, mais il est probable que certains joueurs “perdants” effectuent certains plays mieux que vous ! Le problème est qu’on ne peut souvent pas les distinguer du reste de la stratégie perdante. Parfois, d’un processus mauvais peut émerger une décision correcte et il ne faudrait pas confondre les deux.

Le second exercice lié à la zone grise consiste à essayer peu à peu de voir votre poker non pas comme une accumulation de croyances absolues, mais comme une machine aux réglages infiniment subtils en perpétuelle évolution. Acceptez que vous puissiez vous tromper aujourd’hui. Acceptez que votre façon de jouer soit peut-être dépassée par la tendance d’ici quelques mois. Acceptez que vous puissiez dire une bêtise de temps en temps. Prenez la discussion stratégique autour du poker avec un peu moins de sérieux et un peu plus de fantaisie. Renoncez à la perfection !

Par extension, ne prenez pas la parole du premier bon joueur rencontré comme l’évangile, qu’il s’agisse d’une superstar du poker télévisé ou de votre voisin à l’ACF. Aucun joueur n’a d’autorité absolue au poker. En tout cas, pas avant que les ordinateurs ne prennent le dessus, comme ils ont pu le faire aux échecs…

Enfin, ne sous-estimez pas la capacité de vos adversaires à changer et à progresser. Même si la certitude que GroBlufDu55 fait n’importe quoi et ne gagne que grâce à une chatte de dinosaure vous aide à mieux dormir la nuit, cela ne veut pas dire qu’il n’est pas capable de porter un regard sur lui-même et d’évoluer. Donnez un minimum de crédit à n’importe quel adversaire faisant preuve d’opiniâtreté et de force de volonté, ou bien il pourrait un jour vous surprendre.

Troisième exercice : cessez de voir de la permanence au milieu du chaos. Par exemple, ce n’est pas parce qu’un reg que vous affrontez pour la première fois vous 5-bet call avec A9 pour 100bb en cash game online sans raison apparente que ce joueur va répéter ce comportement à l’avenir. Peut-être est-il en tilt. Peut-être a-t-il envie de gamble. Peut-être a-t-il une certaine image de vous que vous ne percevez pas encore. Il est même possible qu’il fasse ça exprès (le fourbe !), pour vous mettre en tilt environ 30% du temps et vous donner une fausse image de lui-même 100% du temps!

Le quatrième exercice consiste à cesser de faire du jeu preflop le maître étalon de votre jugement sur le niveau d’un adversaire. Certes, la stratégie preflop est celle qui est la mieux connue, la mieux maîtrisée et certainement la plus commentée dans les vidéos et sur les forums. C’est très logique car il s’agit de l’aspect le plus simple du jeu. Si c’est bien évidemment un aspect fondamental du poker, dès que le flop tombe, les possibilités explosent et les décisions deviennent beaucoup plus grises. Conclure qu’un adversaire est “nul” car son sizing de 3bet vous déplaît, ou qu’il défend un peu trop large à votre goût sa grosse blinde, où qu’il call les 3bet avec une range inattendue, est une grosse erreur et une extrême simplification de son style de jeu. Cela peut vous mener à le sous-estimer dans de nombreuses phases post-flop dans lequel ses décisions sont peut-être supérieures aux vôtres. Souvenez-vous que chaque décision possède une EV. Si défendre sa petite blinde avec KTo une fois de temps en temps contre un raise du bouton est *probablement* une décision EV-, son impact réel est difficile à mesurer avec précision, et l’erreur n’est sans doute pas si grosse que ça, moins de 1/bb par 100 sur l’ensemble des situations additionnées. En revanche, son effet est réel sur votre niveau de tilt et votre perception de l’adversaire si la main va au showdown (et particulièrement si vous la perdez). Abandonnez le mépris et le jugement hâtif et prenez plutôt ça avec un sourire entendu.

Soyez aux aguets. Buvez l’information sans jugement de valeur. Acceptez l’erreur. Abandonnez la recherche de la vérité absolue. Ayez de l’humour. Riez de bon cÅ“ur quand vos adversaires s’offusquent. Soyez flexibles, prenez l’initiative de la nouveauté, bousculez les conventions. Apprenez à naviguer avec plaisir dans l’incertitude de la zone grise. Car au final, ce n’est pas ce qu’on fait des cartes qui compte, c’est ce que l’on croit.

Top Shark : intégrez le Team Winamax !

Mercredi 9 novembre 2011

Vous avez toujours rêvé de travailler vos abdos-fessiers avec Stéphane Matheu ? De vous délecter des masterclass privées de Michel Abécassis ? De relancer « Dame-Ouitre » UTG sous l’œil de Davidi Kitai ou encore de passer une soirée VIP avec Antony Lellouche ? Mais surtout de disputer les tournois des plus grands tournois internationaux ? Cela va devenir possible… grâce au Top Shark ! Cette compétition en ligne se déroulera du 11 novembre au 26 janvier 2012. A la clé pour l’unique vainqueur : un contrat d’un an au sein du Team Winamax !

Bon, vous imaginez bien qu’il ne suffit pas d’apposer sa signature en bas du contrat pour rejoindre l’équipe la plus titrée d’Europe… Mais ne vous inquiétez pas, comprendre le fonctionnement est plutôt simple. Je n’ai mis que cinq heures. Tout débute par 4 épreuves en ligne. A leur terme, les 5 meilleurs candidats de la semaine intègre la Top Shark Academy. C’est là qu’on devrait commencer à s’amuser.

La Top Shark Academy sera administrée par six membres : Patrick Bruel la présidera, accompagné de Canel Frichet, directrice générale de Winamax, Stéphane Matheu, le manager de l’équipe, les spécialistes Michel Abécassis et Aurélien Guiglini, ainsi que les joueurs du Team Pro qui se relaieront chaque semaine au sein du jury.

Les candidats à Top Shark passeront par deux tests de compétence ONLINE toutes les semaines : une épreuve classique se déroulant à la table et une autre en dehors, axée sur la pédagogie et la communauté. Les joueurs les moins performants seront “nominés” et c’est là que vous interviendrez pour les repêcher… Il sera effectivement possible de sauver votre candidat préféré en tapant « 1 », « 2 » ou « 3 », le tout sans payer 4 euros par texto !

Top Shark s’annonce donc comme du Real-web à la sauce Winamax : plus de deux mois durant, nous allons suivre l’évolution des qualifications, participer au déroulement de la Top Shark Academy en priant pour que les boulets soient éliminés et que les meilleurs soient sauvés pour, enfin, connaitre le joueur qui intégrera le Team Winamax et disputera les plus grands tournois internationaux une année durant. Vous êtes prêts ? Début des qualifications dès vendredi 11 novembre !

Plus d’informations sur la page officielle Top Shark

Une rentrée en trombe

Jeudi 27 octobre 2011

Je viens de boucler ma deuxième année chez Winamax ! Mais à peine cet anniversaire souhaité, l’heure de la rentrée a sonné. Néanmoins, de mon côté, une longue période éloigné des tables de poker aussi bien virtuelles que réelles furent nécessaires. Le tout suite à une légère overdose de poker.

A quelques exceptions près, je n’ai pas touché aux cartes avant mon séjour à Las Vegas. Et même chose après. J’ai senti la lassitude m’envahir pendant le Main Event des WSOP où, malgré un Day 1 réussi, j’ai effectué un Day 2 totalement catastrophique à mon sens. J’ai rarement eu l’occasion d’aussi mal jouer, ce qui est plutôt dommage quand on sait qu’il s’agit du plus beau tournoi du monde…

Mais après quelques semaines sans jouer au poker, la soif de victoires est revenue plus forte que jamais. J’étais ultra motivé à l’idée de rejouer de gros events et je suis bien décidé à faire de grosses perf’ cette année. C’est également l’occasion de prendre de nouvelles résolutions.

En période de tournoi, je compte réussir à garder une certaine hygiène de vie adaptée aux horaires de jeu. Cela commence par me lever (idéalement) 3-4 heures avant le départ, à prendre un petit déjeuner, faire une séance de sport, puis douche, petite collation avant de filer pour le casino. Idéalement, faire du sport le plus régulièrement possible et manger équilibré serait génial, mais dans la pratique, c’est assez compliqué…

Il est cette année également question de faire plus attention aux frais extérieurs aux tournois. Eviter les spew inutiles sans pour autant s’empêcher de se faire plaisir, c’est à dire rater moins d’avions, de trains, ou encore de les réserver à l’avance. Ajoutons à cela une utilisation plus accrue du coaching mental (avec Pier Gauthier), une motivation au beau fixe et les perfs suivront.

En faisant un bilan de mon début d’année, je suis assez satisfait :

- une Table Finale au PLO 5k€ à l’ACF (remporté par mes compères Antony L devant Davidi)
- Un joli deep run au Partouche Poker Tour
- Une belle Table Finale au WPT Malte qui s’est conclu par un mauvais coup (deux Rois contre As-Roi pour 60% des jetons). Si l’As n’était pas tombé à la rivière, j’aurais peut-être un bracelet WPT. Mais avec des « si », on pourrait refaire le monde. Quoi qu’il en soit, la perf’ est belle et me donne encore plus la rage pour les prochains tournois.

Ce regain de motivation n’est pas dû uniquement à mon break, mais également au rush que mes amis sont en train de connaître. Cela a débuté par la deuxième place d’Hugo Lemaire au WPT Paris. Je me souviens lui avoir dit à la soirée ayant suivi sa performance que des moments comme ceux-là sont rares et vraiment très appréciables. De cette performance est née une sorte de cercle vertueux et les performances se sont enchainés à Cannes : la Table Finale d’Ilan Boujenah au PPT, la deuxième place de Basou au 5k€ HU, la victoire de Joel Benzinou au 1k€ SH puis ma table finale à Malte.

Tous les ingrédients sont réunis pour faire une grosse année. Les cartes feront le reste.

L’odeur du tapis vert de bon matin

Samedi 1 octobre 2011

Chaque nouveau tournoi que j’ai la chance de disputer sur le circuit est un saut dans l’inconnu, une profession de foi. C’est l’occasion de se demander, irrémédiablement, si “cette fois, c’est la bonne!”. Le frisson de savoir si la variance sera de notre côté, si on va toucher trois carrés par tour où devoir passer pendant des heures, si on sera sauvé ou anéanti par un improbable one-outer. L’angoisse de savoir qui sera à notre table, quel monstre du poker aura la position directe sur nous et nous foudroiera du regard et de 3bets à chaque fois que nous oserons prendre les devants. Et il y a cette main fatidique, celle qui nous éliminera si on ne remporte pas le tournoi… A quoi ressemblera-t-elle cette fois-ci? Un vulgaire coin flip? Un méchant setup? Un move au timing hasardeux? Un “hero call” suicidaire?

Malgré l’importance que j’accorde à ma préparation mentale avant chaque tournoi, ces questions reviennent encore et toujours, comme la marée ascendante. Je me suis résolu à accepter que ça fait partie du processus. Après tout, si Jackie Chan avoue avoir peur avant chaque cascade, et un acteur comme Laurence Olivier peut avoir le trac avant de monter sur scène, je peux me pardonner un peu d’angoisse! Mieux, je travaille à les retourner à mon avantage. Par exemple, j’angoissais beaucoup pendant mes premières années sur le circuit à l’idée de me retrouver à table avec une star du poker, un Tom Dwan, un Phil Ivey ou autre Antonius, qui pourrait lire dans mon âme et me ridiculiser en public. Aujourd’hui, je prends chaque bon joueur à ma table comme une extraordinaire possibilité d’apprendre. Je bois chacun de leurs gestes, je scrute chacun de leur moves, j’observe leur attitude dans les passages difficiles et dans les spots compliqués. J’ouvre toutes grandes mes oreilles pour capter le moindre extrait de conversation qui pourrait m’orienter dans leur thought process.  J’ai réalisé qu’à partir d’un certain niveau, l’edge d’un meilleur joueur n’est pas assez fort pour contrebalancer l’avantage de la position. J’ai dépassé ma peur et j’ai grandi comme joueur.

Ce début de saison 2011-2012 m’aura apporté son lot de sensations grisantes et décevantes. J’ai commencé l’année sur les chapeaux de roue avec une place payée à Barcelone, qui aurait pu être bien plus belle avec un peu plus de réussite au jour 3.  J’ai effectué ensuite deux excellentes premières journées au WPT Paris et au Partouche Poker Tour, avant de m’effondrer au jour 2 du WPT et de faire la quasi-bulle du PPT. J’attendais beaucoup de mon dernier tournoi, l’EPT Londres, que je disputais pour la première fois “à domicile”, mais j’ai du rendre les armes en moins de deux niveaux. Parfois, le cauchemar redouté prend forme et rien ne peut arrêter notre élimination, c’est la nature du jeu, et après avoir perdu la moitié de mon tapis dans diverses circonstances malheureuses, j’ai eu du mal à éviter la confrontation entre mon ATrèfle 5Trèfle  sur QCarreau 4Trèfle 3Trèfle  et les KTrèfle 6Trèfle  et QTrèfle 7Trèfle  de mes adversaires…

Chaque échec est une étape vers le succès, alors je m’accroche. Mon degré de concentration est supérieur à ce qu’il était il y a un an. Je suis de plus en plus mon instinct et mon expérience. Je me trompe parfois, mais je me pardonne.  Et je pense à la prochaine étape: les Winamax Series! Je suis inscrit à une quinzaine d’events pour environ 3k de buyins et je compte bien y faire des étincelles.

A dimanche pour les premiers tournois!

Sueurs froides à Graz (Suite)

Vendredi 30 septembre 2011

L’astuce du jour : avant d’attaquer la seconde partie, je vous conseille de lire la première

Le tarif me semble raisonnable. Je vais donc voir David et il me fait rapidement le topo de la partie, me précisant que Nikki n’est pas un joueur de Mixed games Limit. Il peut value thin mais il fera des mauvais call. Et il n’est pas capable non plus de jeter sa main pour un bet à la river. Je constate rapidement que David ne me menait pas en bateau. Il m’expliqua aussi qu’il n’allait pas me donner d’informations sur le troisième larron. Il préférait me laisser découvrir le spécimen. Un local, un autrichien censé moyennement jouer au Pot Limit Omaha et qui faisait à cette occasion strictement n’importe quoi.

Au Deuce-to-Seven, il tirait 25% du temps mort avant le dernier changement. Il payait trop souvent le dernier bet, ne prenait aucune value avec des mains décentes, et ne bluffait jamais. Bref, j’ai joué une partie de rêve.

Nous décidâmes de jouer 40 minutes de chaque jeu et de jouer au moins deux fois le cycle des 3 jeux. Cela me convenait : je ne suis pas le genre de joueur à rester 1 heure et me faire la belle.

Le premier jeu était le Triple draw Deuce-to-Seven. David joua de mal chance pendant que je me voyais doté d’une « forme » (upswing pour les geeks) Merciesque. Ouais, je viens d’inventer cet adjectif. Et être en forme comme Jason Mercier, c’est pas donné à tout le monde. Mes mains à l’abattage étaient dans le top 10% des mains que l’on peut montrer après un bet à la river.

Je me suis retrouvé gagnant de 67,000€ en moins de trente minutes. Je commence à sentir les carapaces se craquer, l’affaire est dans le sac : ils sont ferrés ! Le jeu change : nous passons au Holdem Limit. Rebelote : je me remets à gagner tous les coups. Je bluffe au bon moment, fold parfaitement… Bref, il y a des moments où tout roule, où on est presque en transe, en fusion avec la partie. Je monte pas loin de 100,000€ de gains quand le Seven Stud High arrive. Quand je fold (et je décide de jouer très tight, je ne suis pas au point à ce jeu, c’est d’ailleurs celui où je suis le moins bon), je regarde les mains de David qui est assis à côté de moi. Tant qu’à faire, autant essayer de s’améliorer sur le tas en regardant Monsieur B.

Je reperds 7 ou 8,000€. L’autrichien se fait littéralement défoncer par Nikki mais surtout par David. Il doit avoisiner les 170,000€ de perte. Nikki est à peu près gagnant de 70,000€ et David revient de loin. Moi, je gagne un peu moins de 90,000€. Nikki reçoit soudain un coup de fil. Il y a une belle partie à Innsbruck, une autre ville d’Autriche. Nikki s’excuse et annonce la dernière heure pour lui. Le local ne se vexe pas et décide de partir avec Nikki à Innsbruck. Je ne vois pas de problème non plus, même si je sais que j’aurais peut-être pu faire la gagne de ma vie.

David me regarde dans le blanc des yeux et je lui dis d’accord avant même qu’il ne me pose la question. Nous jouerons donc au rami pour le reste de la soirée.

Je me couche assez content de moi. Mais bon, j’ai beaucoup perdu ces derniers mois, alors il n’est pas vraiment temps de chômer. Je passe quelques coups de fil et on me laisse savoir qu’une semaine de cash games est organisée au casino de Tanger. Je passe d’autres coups de fil (j’ai 2,500€ de note de téléphone par mois en moyenne…) pour savoir qui va s’affronter à Tanger. Je ne citerai pas son nom mais le créateur de « Tout chez PAPA !!! » est annoncé, ainsi qu’un milliardaire américain, des espagnols inconnus et un bon pote qui joue pas mal.

48 heures plus tard, je traversais la ville de Tanger, véritable cimetière d’immeubles laissés à l’abandon pour des raisons obscures. Je me douche et me dirige vers la salle de poker. La partie est une 50€/100€ No-Limit Holdem.

Nous jouerons trois soirs.

Le niveau n’est pas aussi mauvais que je le pensais. Bon, je vous rassure, c’est pas non plus les 50/100 du Bellagio ou les 10/20 de Winamax. Mais les joueurs s’accrochent et tentent de jouer leur meilleur poker.

Leurs bonnes résolutions ne dureront qu’un temps. Je finis à jeu et petit perdant les deux premières séances. Le troisième soir, les poches se délièrent : notre milliardaire américain avait un coup dans le nez pendant que « Tout chez papa ! » n’acceptait pas le 14-outers que je lui avais mis et commençait à casser ses jouets. Arrive une confrontation entre nous. Il est de petite blinde et je suis de grosse. Tout le monde a passé jusqu’à lui et il ouvre à 400€. J’ouvre ma main, un joli APique KPique . Le tapis de mon adversaire est de 120 blindes et je le couvre. Je décide de relancer a 1200€ et il paye. Le flop vient JTrèfle TPique QCœur . Dure la vie hein ?

Il n’y aura pas d’histoire de bad beat, de coupure d’électricité, ni même de braquage. Non, juste un déstackage en bonne et due forme. Il donk bet à 1700€. Connaissant mon adversaire, je sais qu’il a touché un ptit bout du flop. Du coup, je décide d’en finir rapidement et le relance à 3900€. Il push dans la foulée et je paie.

« T’as As-Roi ?! » me demande-t-il.
« Oui, un ou deux ? » (Je lui propose là de faire deux turns et deux rivers)
« UNE ! »

Turn : une brique.
River : une autre brique.

Je préparais ma valise 2 heures plus tard. Le milliardaire américain avait golf le lendemain. A 9h30, « Tout chez Papa ! » n’a rien reçu, mon pote était à jeu et les espagnols jouaient trop tight. J’étais alors gagnant de 34,000€ mais ne m’imaginais pas gagner beaucoup plus, mes adversaires n’étant pas assez deep.

Je vous écris ce blog depuis un avion. Je rentre de Marrakech et de Casablanca, les parties y étaient endiablées ! J’ai gagné un peu, surtout durant la partie que je viens de quitter il y a 3heures. Des pots de 50k€ se sont échangés durant toute la partie (J’en ai gagné un :) ) !

Je rejoue parfaitement en cash-games : je pense que j’ai eu une période trop tight après le downswing que j’ai vécu pendant 10 mois. C’est comme dans tous les sports, je suis sorti blessé d’une rencontre et il me fallait une rééducation. J’en ressors maintenant plus fort et plus clairvoyant sur les risques que j’ai pu prendre et ceux que je dois prendre.

Hormis l’Aviation Club de France qui est mon fief, ainsi que les tables hautes limites de Pot-Limit Omaha sur Winamax, je ne jouerai que très peu en cash-games jusqu’à fin 2011. Les tournois live m’apportent un équilibre mental et physique et c’est là-dessus que je vais travailler pendant 3 mois.

N’oubliez pas les Winamax Series (2 au 9 octobre) où vous pourrez me défier en tournoi. Je serai aussi sur les grosses tables de PLO pour les plus courageux :P Bonne chance à vous !

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