Archive pour la catégorie ‘Analyse de mains’

Tourner sa main en bluff à la rivière

Mardi 6 septembre 2011

Vous avez apprécié mon premier blog technique ? Voici le second ! Cette main s’est déroulée sur une table 2€/4€ de Winamax. Le contexte : RGoethals et S4lt1bank sont deux très bons joueurs qui viennent d’arriver à la table et moi-même, ohcaraiboa et jertiann sommes là depuis plus longtemps. Nous avons tous les 3 un tapis supérieur à 700€. Loïc Ohcaraiboa Sa est un excellent joueur : il fait d’ailleurs partie des Local Heroes Winamax. Il a un style de jeu très loose agressif avant le flop. C’est contre lui que je joue la main dont je vais parler aujourd’hui.

***** Hand History for Game 16410161297 ***** (Winamax)
$400.00 USD NL Texas Hold’em
Thursday, August 04, 09:14:15 ET 2011

Table Stara Zagora (Real Money)
Seat 5 is the button

Seat 1 : RGoethals 396.00€
Seat 2 : S4lt1bank 400.00€
Seat 3 : ohcaraiboa 1679.56€
Seat 4 : LocSta 712.50€
Seat 5 : jertiann 1125.84€

RGoethals posts small blind 2.00€, S4lt1bank posts big blind 4.00€
Dealt to LocSta KCœur ACarreau 

Ici, j’ai As-Roi dépareillé. C’est une excellente main avec laquelle il est plus que standard de partir à tapis en cash game avec une profondeur de 100 grosses blindes.

____________________
**
Dealing down cards **

ohcaraiboa relance à 14.00€
LocSta paie 14.00€

Je décide néanmoins de simplement payer et de cacher la valeur de ma main, pour plusieurs raisons que je vous présente :

- Je ne pense pas pouvoir amener ohcaraiboa à partir à tapis avant le flop avec une moins bonne main que la mienne ;
- Je sous représente la valeur de ma main et, de ce fait, je pourrai prendre assez souvent de la value post flop si je touche ;
- J’offre un spot de squeeze aux 3 joueurs à parler derrière moi.

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Rentabiliser une main grâce à l’historique

Vendredi 2 septembre 2011

Plutôt que de vous parler de mes vacances ou des tournois joués récemment, je souhaiterais aujourd’hui aborder avec vous une main jouée online. Et vous expliquer mon processus de réflexion, bien sûr.

Voici le contexte de la première main : il y 1h30 que j’ai commencé ma session en NL400 et alept a rejoint ma table il y a environ 45 minutes. Il est directement à ma droite et est un joueur loose agressif. Il float souvent, 3-bet light, etc. Dès son arrivée, nous nous sommes beaucoup joués : j’ai touché de bonnes cartes et gagné la plupart des coups contre lui lors des quinze premières minutes. Ensuite, j’ai perdu AQ contre T8 en bataille de blindes : je relance à 16€, il me 3-bet à 48€, je 4-bet à 120€ et il fait tapis. Je paie et le tableau est tombé : T62AT. Et je perds ce coup.

Vient ensuite la main dont je souhaiterais vous parler :

***** Hand History for Game 1355469139339 ***** (Winamax)
$400.00 USD NL Texas Hold’em - Wednesday, August 31, 11:27:16 ET 2011

Table Reading (Real Money)
Seat 4 is the button

Seat 1 : LocSta - 721.63€
Seat 2 : alept - 1110.44€
Seat 3 : BENJJJ11 - 271.00€
Seat 4 : Sixcoups - 439.70€
Seat 5 : jertiann - 164.81€

jertiann posts small blind 2.00€, LocSta posts big blind 4€

Dealt to LocSta QPique TPique 

** Dealing down cards **

Ici j’ai Dame-Dix assorti en grosse blinde : une bonne main à jouer en position en bataille de blindes, mais aussi une main qui joue plutôt bien dans les pots à plusieurs.

alept relance à 12€
BENJJJ11 paie 12€
Sixcoups paie 12€
jertiann passe
LocSta paie 8€
__________

Alept relance en début de parole et deux joueurs décident de suivre. Ici, j’ai 2 options : payer ou relancer (squeezer). Je pense que le squeeze n’est pas la meilleure option car d’une part BENJJJ11 est short stack et, de plus, je ne pense pas qu’il me donnera du crédit car c’est alept qui a relancé UTG et qu’il est également le joueur le plus loose à la table. Le spot est donc un peu trop évident pour que l’on me donne du crédit. D’autre part, ma main a une équité trop bonne contre les ranges adverses pour ne pas décider de simplement payer. Je paye, donc.

** Dealing Flop ** TCarreau TTrèfle TCœur 

Je floppe un carré de dix… Ça, c’est fait ! Maintenant la question est : comment le valoriser ?

Sur ce genre de flop, en général, un des trois autres joueurs impliqué dans le coup aura souvent Full. De plus, vu que je n’ai pas squeeze préflop, je n’aurai quasiment jamais mieux que paire de Neufs ici dans leur esprit. Du coup, la meilleure option me parait être un check-raise.

LocSta check
alept mise 33.00€
BENJJJ11 passe
Sixcoups passe

Ici, les deux joueurs auxquels je donnais le plus de crédit sont les deux joueurs à avoir passé. Mon plan de check raise reste-t-il le meilleur ? Comme je vous l’ai dit, alept est un joueur large agressif. Il a donc très souvent loupé ce flop. Néanmoins, du fait qu’il sache que je n’ai jamais mieux que 99 ici et que j’aurais probablement juste payé sa mise avec 99 ou moins bien pour le laisser bluffer dans la suite du coup, je ne représente pas grand chose en check-raisant. De ce fait, je m’attends à ce qu’il call mon check-raise avec toute sa range ou presque dans le but de me bluffer dans la suite du coup (il aura souvent deux cartes supérieures au 8 pour avoir une certaine équité au cas où j’ai décidé de check raise mes pocket paires sur ce flop).

LocSta relance à 85.00€
alept paie 52.00€

__________

** Dealing Turn ** 8Cœur 

Ici, je me dois de miser une deuxième fois car faire autre chose que miser montrerait trop de force. En effet, si j’étais en plein bluff, je ferais rarement autre chose que de miser ce turn.

LocStamise 148.00€
alept paie 148.00€

__________

** Dealing River ** JCarreau 

La rivière est une très bonne carte. En effet, elle lui a assez souvent donné Full car, comme je vous l’ai dit, il a souvent des broadways en main. Le problème est qu’il n’a pas tout le temps une main qui va lui permettre de payer mon tapis : est-il donc préférable de checker puis payer son tapis, ou de faire tapis nous-même ?

En dehors des broadways, il va assez souvent avoir de la showdown value (des mains avec lesquelles il battra les bluffs mais des mains non suffisantes pour miser et espérer être payé par moins bien) avec des pockets pairs inférieures au 8 qu’il va checker derrière moi. Si je décide de checker cette river, il a également parfois une hauteur As et donc un bluff catcher. Du coup, je pense qu’il est préférable de faire tapis en espérant qu’il ait Full ou qu’il Hero Call avec hauteur As ou ses pockets paires.

LocSta mise 476.63€
alept paie 476.63€

alept montre QCarreau JTrèfle 
LocSta mise QPique TPique 

LocSta remporte 1466.26€

Fou, dangereux, et dégénéré ! (2/2)

Mercredi 20 avril 2011

Résumé de l’épisode précédent : à la table de poker, Davidi aime bien raconter des histoires pour embobiner ses adversaires… Parfois, l’histoire est crédible, et le gain immédiat. Mais parfois, les choses ne se passent pas comme prévu…

Exemple : Histoire pas crédible / EPT Berlin

Ma table est relativement faible. J’ai vraiment envie de monter des jetons. Je cherche donc à créer un historique pour faire commettre des erreurs aux joueurs les plus faibles. A ma gauche, un joueur serbe au style déroutant, qui par exemple m’a sur-relancé preflop pour le minimum à plusieurs reprises. Je sens qu’il veut jouer contre moi, mais je ne riposte pas avec des mains light : pas sûr qu’il soit une bonne cible à bluffer ! J’ai pu l’étudier durant les premiers niveaux, situer son degré de réflexion, et constater qu’il n’aimait pas perdre les coups où il se sentait impliqué… problème d’égo, donc. Aussi, ce joueur dégageait de nombreux tells physiques : j’étais confiant dans mes lectures.

Nous jouons depuis plus de cinq heures. La pause dîner n’est plus très loin. Mon tapis : 30,000, contre 50,000 chez mon adversaire. Blindes : 200/400.

Il relance à 950 UTG. De grosse blinde, je complète avec KCœur 2Cœur . Je n’ai pas peu de l’affronter au flop hors de position.

KTrèfle 6Carreau 6Trèfle 

La plupart des joueurs vont ici checker, et payer une mise : c’est la voie classique.

Mon adversaire c-bet et je réalise immédiatement qu’il n’est pas à l’aise, et je pense que lui-même a remarqué ses propres tells. Je me suis dit : si je le relance, il ne va jamais me croire, étant donné que je suis censé payer avec un Roi, une petite paire, un tirage couleur, voire même parfois avec un 6.

Avec un check/raise, je ne représente rien, en tout cas rien pour son niveau de réflexion. Il c-bet à 1,600, je relance à 4,200 pour le provoquer, et aussitôt il envoie 14,000 !
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Fou, dangereux, et dégénéré ! (1/2)

Mardi 19 avril 2011

Beaucoup m’ont demandé d’écrire un article sur ma victoire lors du WPT Invitational à Los Angeles. J’ai commencé à l’écrire mais j’ai abandonné suite à l’invitation de Club Poker Radio en compagnie d’Almira. L’émission sera diffusée ce soir (mardi) en direct sur www.clubpoker.net à partir de 20h30.

Je vais donc plutôt parler de mes deux derniers tournois… à savoir l’étape Viennoise du World Poker Tour, et l’EPT à Berlin, histoire d’évoquer un sujet dont j’ai rarement parlé, mais qui est pourtant crucial pour tout bon joueur de tournois qui se respecte.

L’appellation metagame regroupe toutes les informations ayant trait au facteur humain, par définition non quantifiables, et extérieures au jeu lui-même. C’est de la psychologie : on s’intéresse à l’image que l’on perçoit des joueurs, et à l’imagine que l’on dégage soi-même à la table, grâce à l’historique des mains.

Pendant toute l’année 2010, j’ai fini la plupart de mes Day 1 avec un tapis à peine supérieur à celui de départ. J’attendais les spots surs, les brelans qui rencontrent paire d’As, couleur contre quinte… Et quand le spot ne me paraissait pas bon, je me livrais à de gros hero fold.

En général, un seul setup dans la journée suffisait pour terminer le Day 1 avec un tapis double de celui de départ, ce qui est déjà parfait ! Mais en réalité, ces situations ne sont pas si fréquentes, et l’on peut parfois gagner des gros pots avec une bête top-paire.

Ces jours-ci, la survie au Day 1 m’est toujours aussi importante… Mais j’ai intégré à mon jeu des gros moves préflop qui me permettent de gagner des jetons, tout en créant un « historique » qui va me permettre de faire surgir plus rapidement des situations potentiellement rentables

Pour se faire, il faut raconter une histoire crédible, en restant conscient de notre image à la table. Cette histoire fait partie de toute la partie psychologique de la stratégie du jeu, ayant pour but de brouiller la lecture de nos adversaires.

Quand on y pense, peu de joueurs jouent de leur image. Le plus souvent, ce qu’ils réflètent correspond à ce qu’ils font. Le Vieux Nit ne bluffe jamais, et le Dario Minieri ne s’arrête jamais (de bluffer).

A mes débuts, j’aimais profiter du Day 1 pour donner l’impression d’être un joueur très tight jouant simplement la valeur de ses cartes, pour ensuite en profiter un maximum en fin de journée, jusqu’à me faire prendre en flagrant délit de bluff. C’est une méthode que je conseille à la plupart des joueurs.

Par la suite, reconnaissance publique aidant, et avec l’apparition d’un logo rouge envoyant le message « Joueur Loose Agro » aux yeux de nombreux autres pros, mon image de nit s’est décrédibilisée.

Aujourd’hui, j’essaie de m’adapter selon les joueurs à ma table lors du Day 1. Lorsque j’ai une table difficile, je mets mon égo de côté, et joue serré. A l’inverse, j’essaie d’imposer une image de maniac lorsque la table est faible.

Avantages du style maniac :

* En face d’un maniac, on a pas envie de 3-bet light, ou de jouer au plus malin (outplay), ce qui lui permet de terroriser la table à peu de frais, et de jeter ses cartes sans regrets les rares fois où on va le relancer.
* Le fish n’a qu’une vie, et il faut être celui qui arrivera à profiter de son argent ; en le provoquant, le problème peut être vite réglé, surtout s’il a un problème d’égo.
* Le maniac tire un maximum de value de ses mains. De la value thin avec un jeu moyen, et de la grosse value avec les nuts.

Après le saut de page, un premier exemple…

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Au cœur de la préparation du Team

Lundi 24 janvier 2011

Le Team Manager Stéphane Matheu a proposé une idée novatrice et pleine de sens : mettre en place un stage destiné à l’équipe professionnelle. A titre expérimental, quatre de nos pros se sont donc retrouvés à Londres durant deux jours. Stéphane a commencé par définir le concept de « stage », puis a donné le programme à Nicolas Levi, Marc Inizan, Manuel Bevand et Davidi Kitai : « L’objectif est d’arriver dans les meilleures dispositions sur les étapes françaises à venir (EPT Deauville, WPT Paris), ce qui passe par une bonne forme physique et, évidemment, un niveau de jeu performant. Les journées se dérouleront donc comme suit : Réveil à 9 heures, Sport à 10 heures, Repas à midi, Exercices stratégiques de 14 heures à 19 heures. » Et si la rigueur est à l’ordre du jour, cela n’empêche pas notre fine équipe de profiter du repas en partageant quelques anecdotes amusantes. Davidi Kitai nous a ainsi appris qu’il a découvert par hasard avoir joué contre Tom « Durrrr » Dwan en 2007… Bilan ? Un gain net de 700 dollars pour le joueur du Team Winamax !

Après une séance de sport où chacun a appuyé ses efforts en fonction de ses capacités (lever 90 kilos pour ManuB, faire une heure de marche intensive pour LocSta, pédaler sur quelques kilomètres pour Croc, et réussir à tenir debout pour KitBul - GG Davidi !), il était temps de se plonger dans une salle de cinéma privatisée par le Team pour l’occasion. A l’affiche : le Main Event de Winamax joué par Manuel Bevand alors qu’il est chipleader sur 202 joueurs restants (pour 104 payés). Chacun des protagonistes a commencé par définir ce qu’il considère être le facteur essentiel en tournoi : « le changement de vitesse » pour Davidi Kitai, « avoir en permanence une stratégie globale » pour Nico Levi ou encore « l’observation des conditions changeantes » pour Manu Bevand. C’est ce dernier qui a mis en place l’exercice du jour, basé justement sur ces changements d’observation. Cinq heures durant, nos professionnels ont échangé et débattu, passant jusqu’à une heure sur une simple main. Car comme le dit Nicolas Levi : « Si tu vois un bon coup, ne te contentes pas de le recopier… Cherche d’abord à savoir s’il y en a un meilleur. » Un petit exemple ? Allez, c’est ma tournée !

Sur des blindes 1,250/2,500 ante 250, « I_love_Bruel » (78 grosses blindes) relance à 5,600 UTG+1. Manuel Bevand (100 grosses blindes) est en petite blinde avec ATrèfle QTrèfle . Nos quatre protagonistes sont d’accord : dans cette situation, ils se contentent de payer. Le flop est donné : 7Pique TCarreau JCarreau  alors que le pot fait 16,580. ManuB, Kitbul et Croc se demandent alors ce qu’ils vont faire sur le continuation bet de « I_love_Bruel » après avoir checké. Et tous pensent tranquillement passer leur main. LocSta soulève alors un débat : « Pourquoi le check est-il devenu automatique quand on défend une blinde ? Personne n’envisage jamais de miser alors que je pense l’occasion rêvée ici. En effet, s’il relance, je peux tranquillement passer. Et s’il paie, je vais overbet tous les turn pour lui donner une décision compliquée. Même s’il a deux As, il pourra difficilement payer deux fois… »

Nos joueurs sont professionnels, mais avant tout passionnés, et la moindre idée comme celle soulevée par Marc déclenche généralement des débats de plus d’une heure… Passée cette séance, tout le monde s’est écroulé devant un DVD (les organismes ne sont pas habitués à se lever à 9 heures et à faire tant de sport !), le couvert a été remis le lendemain ! Dans des infrastructures sur-mesures, le Team a enchainé sport, jacuzzi, sauna, et un nouvel exercice stratégique. Le thème du jour ? « Faut-il jouer optimal ou inexploitable ? » Comprendre : faut-il jouer chaque situation indépendamment les unes des autres et rentabiliser au mieux ses mains ou bien varier au maximum son jeu pour ne pas être lisible sur le long terme ? Après un nouveau débat haut en couleurs, il était temps de faire un point pour Stéphane Matheu : « Je suis ravi de la tournure qu’a pris le stage, avec des joueurs motivés et impliqués… Nous allons remettre ça très prochainement, cette fois avec toute l’équipe ! » Il était alors temps de rejoindre une fameuse boite londonienne afin de faire la fête une bonne partie de la nuit… C’est bien dans leur tête et prêts à réaliser un exploit que les douze joueurs du Team Winamax attaqueront l’EPT Deauville dès mardi. Le reportage sera bien sûr à suivre en direct et en intégralité sur Winamax !

Pour découvrir toutes les photos du stage, rendez-vous sur la page Facebook de Winamax !

Tournois en France : la guerre des générations !

Mercredi 17 novembre 2010

Je viens de disputer en succession deux tournois en France : le tournoi principal des Hold’em Series à l’Aviation Club de France, et l’étape World Poker Tour d’Amnéville.

En ce qui me concerne, l’année 2010 fut étrangement celle des « ITM » lors des grands rendez-vous francophones : l’EPT de Deauville, l’EPT de Monte Carlo, le PPT à Cannes, et les Championnats de Belgique à Namur.

J’étais donc optimiste à l’idée de faire quelque chose lors des presque derniers tournois français de l’année. Hélas, ce ne fut pas le cas ! Je pense néanmoins avoir bien joué, et manqué de réussite à plusieurs reprises. Certains coups me hantent le cerveau… Mais j’ai la chance de pouvoir en discuter avec plusieurs joueurs de haut calibre qui ont souvent des avis différents. Ensuite, c’est à moi de tirer les conclusions qui s’imposent, pour pouvoir ainsi dormir tranquillement la nuit.

Dans les grands événements français, il est indispensable d’identifier l’adversaire qui nous fait face. Selon le type de joueur, des stratégies différentes s’imposent. A cet effet, j’ai essayé de classer de manière assez globale les différents joueurs que l’on retrouve dans les tournois français, en listant à la fois leurs qualités et leurs défauts.

1 - Les qualifiés par satellite : le plus souvent des joueurs amateurs qui ont envie de « kiffer » leur tournoi. Ils veulent donc jouer le plus longtemps possible : atteindre une place payée serait déjà génial, et une victoire, un rêve. A la table, ils sont conscients que le tournoi représente une chance unique de gagner beaucoup d’argent : ils vont donc donner leur vie sur chaque main, et ne pas s’envoyer en l’air… En tout cas pas de manière volontaire !

Les satellites qu’ils ont disputé ont souvent une structure turbo (moins de 20 blindes de tapis la plupart du temps), mais c’est dans un tournoi deepstack qu’ils se retrouvent, avec 100 blindes la plupart du temps : là, c’est le jeu post-flop qui prime. Les erreurs de nos qualifiés ? Peu de notions concernant les montants à miser préflop, et un peu de mal pour lâcher leurs grosses mains durant les premiers niveaux du tournoi.

2 - Les joueurs live. Il faut distinguer :

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Une bulle a rebondissements au WSOP-e

Lundi 11 octobre 2010

Apres deux journées terminées en beauté, les choses vraiment sérieuses commencent le jour 3. De 66 joueurs restants, seulement 36 seront payés pour leurs efforts et pourront commencer à regarder la table finale. Partant avec le 8e tapis j’espérai seulement une table avec peu de gros tapis pour pouvoir mettre la pression aux moments cruciaux. Le destin m’avait préparé le contraire : Viktor « Isildur1 » Blom, la jeune terreur du circuit « High Stakes », se trouve deux crans à ma gauche, et avec le tapis de Chip Leader !

Également à ma table Freddy Deeb, James Mitchell, Roland de Wolfe, et quelques joueurs de MTT online comme Rob Akery. Viktor me surprend en jouant le premier niveau tranquillement. J’en profite pour gratter quelques petits coups et passer la barre des 300k. Jusqu’ici tout va bien…

Hélas un bluff pourtant bien monté va me faire perdre beaucoup de jetons suite à un superbe call de Rob Akery. Le coup est intéressant n’hésitez pas à poster vos commentaires.

Rob relance premier de parole, et je paye juste à sa gauche avec Ks Qc. On se retrouve à deux sur un flop AhAd2d. Il fait une mise standard ; et avec une cote de 3 contre 1, et la position, je me dis que je devrais rapidement savoir s’il a un As ou pas, et remporter ce pot souvent. Si je gagne je prendrai en plus un ascendant sur le joueur le plus actif pour l’instant. Je paye donc.

La turn est un anodin 3c. Le pot fait 40k et mon adversaire check. Persuadé qu’il est faible je m’attends quand même à ce qu’il paye une mise avec une paire moyenne contre un simple « float ». Il me faut donc être prêt à choisir les meilleurs montants pour représenter AJ/AQ voire AK ou 22. Je mise donc très petit à la turn, 22k, puis 55k dans 80k à la rivière (9s). Peut-être qu’une mise plus petit à la rivière aurait mieux marchée, toujours est-il que Rob a fini par payer après 5 minutes avec le genre de main que j’imaginai : 88. Son call est d’autant plus ambitieux que même s’il imagine que je blufferais toute ma range à partir de la turn (et il a raison), encore faut-il que j’ai décidé de payer avec rien au flop, et donc encore faut-il que j’ai air au flop après avoir payé un raise UTG+1.

Bref je ne regrette pas du tout ce coup et je ne peux que lui dire bravo pour son « soulread » !

Je chute à 180,000 soit la moyenne… Une bonne nouvelle m’arrivant jamais seule je trouve JJ quand un shortstack a QQ et le double pour passer à 125k. Rien de dramatique, mais Viktor Bloom commence à accélérer alors que la bulle s’approche, et il ne me reste plus qu’à jouer un poker serré et laisser passer l’orage… en espérant ne pas perdre trop de jetons dans l’affaire !

Cette troisième journée commençait donc comme les deux autres par une chute de jetons. Pas de panique, ma patience avait été récompensée par deux fois, tout peut aller très vite au poker. ..

Une heure de « fold » plus tard le coup du sort allait venir de l’excentrique Isildur1. Il relance à 9,000 premier de parole, et je trouve JJ en petite blinde. Avec un tapis de 110,000 je suis censé faire un trois bet, histoire de lui faire croire qu’il peut encore me faire passer s’il pousse. Avec mon image serrée je crains de représenter beaucoup de force si je 3bet trop gros et lui faire passer ses mains moyennes. Si je 3bet trop petit, il peut décider de juste payer je peux me retrouver dans une situation très délicate au flop. A l’inverse, envoyer tapis directement va lui faire croire que j’ai une main qui ne désire pas se faire payer. Je sais qu’il aime gambler et annonce donc « all in ».

Il réfléchit un peu, et paye avec une paire de 4 ! Pas de bad beat et je revis, toujours sous la moyenne et à la bulle, mais avec une marge de manœuvre beaucoup plus grande. Ouf !

La bulle éclate, et comma par magie je redouble, cette fois encore contre Isildur1 et sur une main miroir de la première, mais sur un setup cette fois, QQ contre JJ. Revenu à 425000 et parmi les gros tapis la machine peut se lancer et je termine la journée correctement avec un tapis de 515,000 qui me place 8e sur 22 joueurs restants… à une journée de la plus belle finale de ma carrière !

Parcours de la Combattante: Le Retour

Mercredi 6 octobre 2010

“On a coutume de dire que la vie est dure. Moi, j’me bats pour le futur. Quelle aventure! ” .

Je suis revenue de Londres avec cette chanson dans la tête. Curieux ce que mon âme russe fait ressortir dans les moments de grande tristesse. Ces vers de Menelik ont adouci les journées qui ont suivi mon élimination à la bulle du main event WSOPE. Même si pour une fois, j’ai été couronnée du titre honorifique de “Last Woman Standing” et poursuivie par ESPN.

“…Moi, j’me bats pour le futur…”

Les trois bulles majeures de cette année (San Remo, WPT Paris et maintenant Londres) m’ont permis de comprendre des choses essentielles sur ma gestion des tournois et la façon dont je réagis dans les situations de stress extrême. J’en tire une leçon d’une grande importance qui me permettra peut-être de faire un travail sur moi-même avec l’aide de notre nouveau coach mental Pier Gauthier.

Revenons au sujet de la dernière fois. Je suis contente que cette main ait suscitée un si grand nombre de commentaires. Merci à tous!

Comme vous je ne connaissais pas la fin de l’histoire, j’ai réfléchi à cette main et voici mon analyse.

La range d’un joueur LAG est très large preflop. Sa range de check/raise sur ce genre de board comprend à mon sens diverses parties:
- des mains faites fortes (22, 66, T6s) - TT, 62 et T2 sont plus rares dans cette situation.
- un tirage couleur ou combo draw (toutes les combinaisons possibles à l’exception de celles comportant la QCœur  évidemment) comme 6Cœur 7Cœur  et autres.
- une gutshot (54, 34, 78, 98, 79…)
- un petit pourcentage de bluffs complets

Notre paire de dames est évidemment grande favorite à ce stade. On pourrait sur-relancer mais ça risque de tuer l’action sauf si nous sommes battus ou dans une situation de coin flip. Payer pour joeur contre toute la range adverse me paraît plus judicieux.

Au turn, je trouve le check de l’adversaire étrange. Avec cette profondeur, on peut imaginer qu’il ait envie de construire un gros pot avec une bonne main faite ou un gros tirage. Quand il check, on imagine donc qu’il veut soit check/raise à nouveau, soit qu’il abandonne un bluff complet, soit qu’il possède désormais une main à showdown value et décide de contrôler le pot. Quand il check/call, cela oriente pour moi très clairement sa range vers cette dernière option: une main faite faible avec néanmoins le potentiel de battre ce que nous représentons (Tx+, JJ+) ou un bluff de notre part.

A la river, son gros bet (quasiment la taille du pot) est donc légèrement incohérent avec ses actions précédentes. Il essaie de représenter la couleur, mais je pense qu’il aurait continué son semi-bluff au turn avec un bon tirage ou combo-draw (ou choisi un check/raise) et n’aurait pas choisi l’option plus passive du check/call. La question de l’historique récent se pose cependant: ce joueur vient juste d’essayer de nous faire un gros bluff, est-il suffisamment agressif pour en retenter un autre malgré son image déteriorée?

En pesant le pour et le contre, je me dirige donc plus vers un call (de toute façon je n’ai jamais passé une paire de ma vie! :) ).

Résultat: notre adversaire avait 7Trèfle 8Carreau .

Félicitations à guetali pour son processus de réflexion.
A bientôt pour un nouvel exercice!
 
 

 

 

 

Parcours de la Combattante

Mardi 21 septembre 2010

Ces derniers temps, j’ai été confrontée à des situations difficiles dans mes tournois de poker. Il arrive toujours un moment où je dois faire face à une prise de décision très complexe, et c’est là que je réalise que je manque d’expérience. Les automatismes que j’ai développés pendant vingt ans de pratique intensive des échecs ne sont pas encore tout à fait en place au poker.  Mes adversaires sur les tapis verts ont derrière eux des années de compétition et des millions de mains d’expérience. Quand à moi, je suis souvent obligée d’analyser l’intégralité de l’action, car je n’ai pas encore ce réservoir de connaissance dans lequel puiser pour parfaire mes décisions. Le souvenir d’une main en particulier me hante encore aujourd’hui, quand Eric Haik m’a bluffée à la bulle du WPT Paris sur un board avec quatre piques. J’ai failli payer avec top paire sans pique, mais j’étais tellement envahie par le doute que je n’ai pas pu m’y résoudre.

Le poker prenant une place de plus en plus importante dans ma vie, il est vital pour moi désormais de combler ce retard. Après une discussion avec ManuB, j’ai compris que je ne pouvais pas me contenter de jouer douze tournois live par an accompagné d’un petit volume de tournois online. J’ai commencé petit à petit mon apprentissage du cash game online (NL200 sur Winamax), ainsi que du heads up, afin de multiplier les cas de figures et d’améliorer ma compréhension du jeu.

J’ai aussi le privilège de pouvoir observer les sessions de cash game de mes amis joueurs en high stakes. Un peu comme une vidéo de coaching, mais en direct! Je discute aussi longuement des mains jouées pour comprendre leur processus de réflexion avec de telles contraintes de temps. J’ai récemment débattu d’une main très intéressante que je livre ici à votre réflexion.

Nous sommes à une table de 15/30 NLHE online en shorthanded. Les tapis sont assez profonds, 150bb effectifs. Il ne reste que trois joueurs à table, elle va bientôt casser et il s’agit donc d’une des dernières mains de la session.

Seat 1: Bouton ($4,761.21)
Seat 2: Petite blinde ($5,034.49)
Seat 5: Grosse blinde ($6,336.37)

Nous sommes au bouton avec QPique QCœur  et ouvrons à $90. La petite blinde passe et la grosse blinde, un joueur loose agressif (il a tenté un 3-barrel bluff quelques mains auparavant contre nous), se contente de suivre.

Flop: TCœur 2Cœur 6Pique 

Ce très bon flop nous donne une overpaire et une backdoor flush. L’adversaire checke, et nous misons $120. Le BB nous check/raise à $360. Nous suivons.

Turn: 8Trèfle 

L’adversaire checke. Nous misons $550, il suit.

River: 5Cœur 

Le BB mise $1770 dans un pot de $1865!

La décision est maintenant entre vos mains. Que faites-vous et pourquoi? J’attends vos réponses dans les commentaires et je posterai le dénouement et mon analyse dans quelques jours.

Je traverse la Manche dès demain pour jouer le plus fort tournoi de ma vie (le main event des WSOPE) avant d’enchaîner sur l’EPT Londres.

Hero Fold : ça suffit !

Lundi 13 septembre 2010

De nos jours, de plus en plus de très bons joueurs sont présents lors des grand rendez-vous internationaux et il faut savoir aller chercher un edge sur ceux-ci. Pour y parvenir, une bonne lecture du jeu est essentiel : il faut parvenir à folder sa main ou payer là où la plupart n’en sont pas capables. Je ne suis pas de l’école “je suis obligé de payer” ou “je suis obligé de passer”… Une lecture parfaite de notre adversaire peut parfois réduire la range de mains adverses jusqu’à une seule main précise. Cela nécessite d’analyser la ligne depuis le début tout en tenant en compte de l’ensemble des facteurs à disposition (bet sizing, tell physique, âge/nationalité…). Avec l’expérience, je sais reconnaitre des situations polarisées où mon adversaire est soit max, soit n’a rien. Dans ces moments-là, la décision est la même avec le troisième jeu max qu’avec une simple hauteur as, c’est pourquoi j’ai tendance à faire beaucoup d’hero fold et d’hero call.

Depuis Las Vegas, je dois bien avouer avoir fait plusieurs mauvais folds. A cinq reprises, j’ai jeté une main que peu de joueurs auraient foldé. J’avais à chaque fois le meilleur jeu…

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