Bilan de l’année 2011
- 283 000 dollars de gains, et un retour sur investissement positif
- 6 places payées aux World Series of Poker
- 1 seconde place lors de la Omaha Cup à l’ACF, derrière Antony Lellouche et devant Tristan Clémençon, 7ème
- 1 victoire au World Poker Tour Invitationnal à Los Angeles, juste devant Almira
On peut constater plusieurs choses à propos de mon année poker 2011…
* Je perfe aux côtés de mes coéquipiers, est-ce une pure coïncidence ? Où est-ce dû au soutien et à la motivation supplémentaire qu’ils m’apportent, qui m’aiderait psychologiquement à m’accrocher ?
* J’ai établi en 2011 mon record personnel de places payées sur un an : 10 au total. Serais-je devenu un livetard, qui joue pour les places payées et non plus pour la gagne, comme avant ? (J’ai toujours eu l’habitude de prendre tous les risques à l’approche de la bulle)
* Je perfe principalement aux États-Unis, au milieu de fields supposés plus difficiles. Ferais-je preuve de plus de concentration et de logique face aux sharks ?
Ces questions, elles ne trouveront pas de réponse sur ce blog, car je ne les connais pas toutes moi-même…
Mes remises en question personnelles ainsi que les conseils des gens qui m’entourent, les membres du Team Winamax ou le coach Stéphane Matheu pourront m’aider à éclaircir certains points. Ce qui est certain, c’est que cette année supplémentaire sur le circuit pro fut riche en expériences. J’espère pouvoir reproduire les bons côtés dans le futur, tout en tirant les leçons des erreurs que j’ai pu commettre. Ce afin de pouvoir respecter les objectifs que je me suis fixé pour l’année prochaine…
Mes buts pour 2012
Étant de nature ambitieuse, je préfère poser des objectifs élevés, quitte à ne pas les atteindre.
* Mon objectif principal pour 2012 est de remporter un titre en France. Cela fait maintenant presque quatre ans que je fais partie d’une équipe française et que je côtoie au quotidien les pros tricolores. J’ai des conversations techniques avec les meilleures d’entre eux, et joue régulièrement des MTT sur Winamax contre la masse hexagonale. J’ai aussi beaucoup joué dans les cercles parisiens, et connais donc de manière précise la façon de jouer des joueurs de l’ancienne école.
En 2011, j’ai fini systématiquement à la fin du Day 2 ou au début du Day 3 des tournois que j’ai disputés en France. A chaque fois, même scénario : je perdais tous mes jetons aux portes des places payées. Je suis convaincu que je vais finir par réussir à faire parler mon edge sur ce type de field.
* Deuxième objectif, me plonger plus sérieusement dans les MTT de Winamax.fr, et ainsi gagner chacun de ses tournois phares (Main Event, High-Roller, XTREM…) au moins une fois, ainsi qu’une épreuve des Winamax Series.
* Troisième objectif : puisque mon ambition depuis le début est de figurer parmi l’élite du poker mondial, j’aimerais atteindre la finale d’un tournoi composé des meilleurs joueurs du monde. Par exemple une épreuve de l’Epic Poker League, un « World Championship » aux WSOP, ou un tournoi High Roller.
Le clash Roger Hairabedian VS Ilan Boujenah
La table finale du Partouche Poker Tour qui s’est jouée en novembre a déclenché une guerre entre deux de ses participants, deux joueurs pros du circuit français aux styles diamétralement opposés. La guerre s’est propagée à travers les forums et les réseaux sociaux… (Pour ceux qui n’ont pas suivi l’affaire depuis le début, vous pouvez consulter cet article publié sur MadeInPoker)
Roger est sans doute le joueur old school que je respecte le plus. Il fait de bonnes lectures, comprend bien la psychologie du jeu et sait profiter de son image aux moments opportuns. Seulement voilà, je dois bien avouer qu’en table finale du PPT, son jeu m’a déçu… Certes, Roger n’a pas reçu beaucoup de bonnes cartes, mais il aurait pu essayer ne serait-ce qu’une fois de voler les blindes ou de 3-bet light. Il avait promis lors d’une Club Poker Radio de ne pas refaire la même finale qu’à Monte Carlo (2010), où il s’était fait « déblinder » jusqu’à son dernier jeton. Mais au PPT, on a assisté au même scénario : Roger n’a fait que jeter ses cartes tout au long de la finale, en grattant quelques places au passage.
Et lorsqu’il touche une paire d’As de grosse blinde avec 9BB face à une relance UTG à 2,5BB d’Ilan… Le cinéma commence, Roger réfléchit trois minutes avant de faire tapis, et on sait qu’un joueur éthique comme lui n’est pas adepte du slowroll. Pour moi, son hésitation veut dire qu’il n’est pas conscient qu’Ilan est commit et qu’il va payer son tapis quelles que soient ses cartes.
Ce coup m’a permis de réaliser que Roger, comme beaucoup d’autres joueurs de l’ancienne école, ne connait pas les maths du poker, ni les calculs d’ICM (concept mettant en relation le nombre de jetons dont on dispose avec la probabilité de gagner le tournoi) Ce qui explique sans doute ses critiques sur la dernière main jouée par Ilan, celle où il investit 65BB avec As-Roi alors qu’il reste quatre joueurs : Ilan a 4-bet et payé la relance all-in du chip-leader, qui détenait les As.
Roger est venu me demander ce que j’en pensais, ce qui est plutôt flatteur et prouve qu’il apporte de l’importance les opinions des autres. Je lui ai répondu que dans ce spot, on peut imaginer que le chip-leader va souvent 3-bet le deuxième plus gros tapis en position : une stratégie Sit-N-Go/ICM classique. Ensuite, je lui ai demandé : « Quelle va être ta range de 4-bet ? » Roger m’a répondu qu’avec As-Roi et QQ, il se serait contenté de payer le 3-bet.
J’ai tenté de lui expliquer que face à lui, il est donc profitable de 3-bet avec n’importe quelles cartes dans cette situation car il sera très souvent exploitable hors de position après le flop. J’ai conclu en lui disant « Moi, je paie le 3-bet avec JJ et As-Dame, mais deux Dames ou As-Roi avec seulement quatre joueurs, j’ai trop souvent la meilleure main pour ne pas 4-bet. »
Certes, lorsque le chip-leader répond au 4-bet d’Ilan par une relance all-in, il n’y a que très peu de poubelles dans son éventail de mains possibles… Mais il aura plus souvent As-Roi que deux As ou deux Rois (c’est mathématique), et parfois il aura 10-10, JJ, QQ et, plus rarement, As-Dame, As-Valet, 88, 99… Dès lors, avec l’argent déjà investi dans le pot, il me parait logique qu’Ilan paie le reste de son tapis. C’est risqué, j’en conviens, étant donné les paliers de gains sur ce tournoi, mais il ne faut pas oublier que s’il gagne le coup, il aura 80% des jetons en sa possession, et donc une très belle option sur la victoire.
Bien entendu, Roger a parfaitement le droit de considérer cette stratégie comme une erreur, et trouvera certainement d’autres pros pour aller dans son sens. Mais je trouve juste que sur ce coup-là, Roger n’était pas vraiment en mesure de critiquer Ilan, qui a développé un jeu beaucoup plus attrayant que Roger lors de la table finale. Ilan n’a pas joué pour gratter des paliers dans l’échelle des gains, mais bien pour la victoire, et c’est tout à son honneur. « La victoire va à celui qui prend le plus de risques », comme disait Jean-Claude Killy.
Débat sur la répartition des gains en tournoi : l’initiative de Philippe Ktorza
Autre sujet brulant dans le monde du poker ces dernières semaines, concernant la manière dont sont répartis les prize-pools en tournoi. Le français Philippe Ktorza s’est plus en moins placé en chef de file d’un mouvement visant à bousculer la norme établie qui veut que la moitié des cagnottes distribuées soient concentrées aux trois plus hautes marches du classement des tournois, en négligeant les autres places payées. Vous pouvez consulter cette interview publiée sur Poker Works pour prendre connaissance en détail des opinions de Philippe.
Ce que j’en pense ? Même si je suis d’accord avec l’idée qu’il faut payer moins de joueur et mieux rémunérer les premiers joueurs sortant après la bulle, je trouve néanmoins que les gros écarts entre le prix réservé au vainqueur et celui réservé à la dixième place sont une bonne chose. Car ce sont ces écarts élevés qui permettent aux joueurs les plus expérimentés de mettre la pression sur leurs adversaires, et de terminer au sommet plus souvent que jamais.
Cet edge là, je n’aimerais vraiment pas qu’on me l’enlève !
Eric Haik, tu vas nous manquer !
J’ai été très marqué par la soudaine disparition d’Eric Haik. Eric était le vrai gentleman du poker français, adoré par tous les croupiers. Son comportement à table était exemplaire.
Il était pour moi le joueur français le plus dur à lire. Il m’a placé plusieurs bluffs mémorables qui m’ont longtemps hanté l’esprit par la suite… Je pense notamment à son bluff mythique lors du tournoi High-Roller d’Evian (voir mon article de l’époque sur ce blog), ou à ce superbe coup de poker à l’EPT Barcelone en 2010, que l’on peut voir dans l’épisode de « Dans la tête d’un pro » tourné cette semaine-là.
En vrai passionné de poker, Eric était toujours ouvert à la discussion, qu’elle soit d’ordre technique (sur la défense de blinde par exemple) ou psychologique (Eric pouvait pousser très loin l’analyse comportementale).
Son calme, son charisme et sa bonté faisaient de lui un être attachant qui vont beaucoup me manquer, à moi et à toute la communauté francophone.
Je vous invite tous à participer au tournoi organisé en l’honneur d’Eric Haik. Cela se passera au Cercle Gaillon (à deux pas de l’ACF) le 17 janvier. Coup d’envoi à 19 heures 30. Le buy-in est de 300 euros : 50% du prize-pool sera reversé à la famille d’Eric.
Joyeuses fêtes à tous !
COAD.
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