Basic Space - Partager


Je devrais peut-être un peu lever le pied, me suis-je dit deux jours avant le départ de l’EPT de Prague. La capitale tchèque est pourtant superbe à l’approche de Noël, les filles dans les rues sont parmi les plus belles du monde et aussi les plus abordables, les nuits sont folles et, last but not least, le tournoi est exceptionnel.

Lors de l’édition 2008, je butais bêtement sur la 22ème marche après trois jours de promenade. Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas joueur à laisser vacant un poste de « Blowupeur » (NDLR : l’utilisation de ce terme est purement ironique, l’auteur et son égo n’ayant jamais eu de doute sur la perfection de toutes leurs décisions durant ce tournoi), et attendaient donc impatiemment de voir si je serais cette fois-ci capable d’assurer jusqu’au bout.

Et bien non. J’ai jeté l’éponge.

Oui, comme un entraîneur qui voit son champion vaciller dangereusement sous les coups de son adversaire, la serviette à la main et le visage grave sachant qu’il peut perdre son ami s’il reste là sans rien faire, et son job si au contraire il se précipite. Sauf que dans la métaphore, je joue les deux rôles à la fois, je vacille en tenant la serviette. Vous me direz peut-être que je prendrais moins de coups si je me protégeais au lieu de la tenir, mais on entre dans un tout autre débat et je fais ce que je veux dans mon blog, y compris des métaphores sportives à deux balles.

Bref, après avoir enchaîné les tournois, les voyages et le poker en ligne, je commençais à ressentir un gros coup de fatigue, et je savais que la seule vision d’un tas de jetons et d’un paquet de cartes me transformerait instantanément en bombe à retardement, le genre de machinerie qui se déclenche à la moindre grosse paire perdue et engendre une dispersion progressive (mais rapide) des jetons tout autour de la table. Du coup je suis resté chez moi, j’ai vu mes potes, ma famille, et j’en ai même profité pour me refaire tous les Rocky (NDLR : forcément)

Trêve de plaisanteries : l’année 2009 touche à sa fin. Vous savez tous avec quoi ça rime : on dresse le bilan, et on définit les objectifs de la nouvelle année. Ah, j’en vois certains qui sont déçus, vous pensiez que « fin d’année » rimait avec « cadeaux par poignées ». Il fallait y penser avant, et mieux appeler les cartes derrière vos écrans durant les WSOP ! Hé oui, c’est comme ça, tentez donc de mettre vos souliers sous un sapin breton, vous aurez peut-être plus de réussite.

Le bilan global est bon. J’ai fait quelques performances cette année. Sans pour autant décrocher un titre, certes, mais c’est de loin ma meilleure année en live (NDLR : Ludo est trop pudique. Je résume vite fait : presque un million de dollars de gains, un table finale au WPT, et les demi-finales lors du plus gros tournoi du monde. Entre autres). Online, j’ai été plutôt en retrait cette année. Le Texas Hold’em est en train d’évoluer vers quelque chose d’ennuyeux : il faut maintenant jouer énormément de mains pour absorber la variance, et je n’en ai pas le temps ni la force. Je laisse ça aux nerdz de la nouvelle génération, et ne me sers plus du net que pour m’entraîner à d’autres jeux, comme le Omaha en Pot Limit sur lequel je passe beaucoup de temps en ce moment. Au niveau personnel, j’ai opéré un virage assez violent en avril concernant mon hygiène de vie, et je m’y tiens plutôt bien pour le moment. On touche du bois.

Vous allez me dire, que me souhaiter de mieux pour 2010, alors ?

En deux mots : Behati Prinsloo. Voilà. C’est tout.

En quinze lignes ? Bon, d’accord, mais n’allez pas vous plaindre après.

Je me suis longtemps posé la question de l’utilité des objectifs. Se fixer des buts purement financiers dans le poker est ridicule – je parle bien entendu des objectifs quantitatifs, comme jouer un certain nombre d’heures ou de mains par mois. Je vois beaucoup de joueurs fonctionner comme cela. J’ai longtemps fait de même, mais avec le recul je pense maintenant que cette méthode est en réalité contre-productive. Ne dit-on pas que pour marcher plus vite et plus loin il ne faut pas regarder ses pieds mais devant soi, à l’horizon ?

Développons. Pour être heureux, les gens essaient de s’épanouir dans leur vie professionnelle et dans leur vie personnelle. Généralement de manière séparée. Sauf pour une petite catégorie de personne dont les joueurs de poker font partie, qui ont la chance de pouvoir s’épanouir dans les deux domaines simultanément. A condition de savoir trouver un équilibre. C’est une chose difficile… Rendue encore plus difficile, à mon sens, par ce genre de système d’objectifs de court terme.

A long terme, mon objectif professionnel est de capitaliser un maximum sur ma compétence dans ce jeu, tout en essayant de devenir le meilleur joueur possible. Un joueur dans un downswing ne prend pas de plaisir à jouer. Il n’a pas envie de progresser. Son jeu se détériore. Il ne capitalise donc pas au maximum, et ne s’épanouit certainement pas.

Au final, les objectifs quantitatifs ne servent qu’à rendre misérable le joueur qui échoue, et rompre l’équilibre perso/pro de celui qui réussit.

Car le joueur qui échoue va être forcé de jouer dans une mauvaise période psychologique pour atteindre ses objectifs, et se donner une certaine bonne conscience, qui n’aboutira à la fin du mois qu’à un sentiment de dégout profond d’avoir autant et aussi mal joué pour rien. Sa vie personnelle en sera elle aussi affectée (certains parviennent à complètement séparer les deux, je les félicite, n’ayant jamais réussi à part entière), les pertes étant alors utilisées comme une bonne excuse pour rester enfermé chez soi, ou de se mettre une cuite mémorable. Sa vie va alors se transformer en cycle intensif poker/cuite/enfermement. Un cercle vicieux dont il peut être difficile de se sortir.

Quant au joueur qui réussit, lui sera temporairement épanoui professionnellement. Mais, étant ambitieux, il va se fixer des objectifs plus élevés le mois suivant, des objectifs plus difficiles à atteindre, plus contraignants, qui risquent d’empiéter sur sa vie personnelle. Il peut aussi décider de faire une pause pour célébrer son accomplissement, et capitalisera moins qu’il ne le pourrait.

Il ne s’agit que d’une réflexion globale, mais je pense qu’idéalement, un joueur devrait chaque jour en ouvrant les yeux se dire qu’il doit aujourd’hui capitaliser un maximum sur sa compétence, tout en enrichissant son savoir, de telle sorte que cela n’affecte en rien sa vie personnelle. Bref, développer une certaine conscience professionnelle.

Je vous l’avais dit qu’une réponse en deux mots était mieux.

PS : C’est cadeau. De rien.

Sir Cuts

Tags:

3 commentaires pour “Basic Space”

  1. vince50120 dit :

    je suis tout à fait d’accord avec ton analyse, moi aussi je me fixe des objectifs mensuels et je pense que quelque part ce n’est pas une bonne idée. Malheureusement il faut aussi notifier quelque chose que les joueurs sous contrats ne peuvent pas vraiment dire : les sites en ligne propose souvent des rakebacks intéressant en proportion du nombre de main jouées, ( le fameux plus tu joues, plus on t’en redonne ), quand tu débutes dans le poker avec une petite bankroll genre 600 € comme moi, même si tu es joueur gagnant, l’évolution du jeu en holdem NL fait que tu dois jouer énormément de mains pour faire ressortir ton edge ( ce que tu as mentionné dans ton post ). De ce fait je pense qu’il est inévitable de courir après l’objectif tous les mois pour les petits joueurs,. Je pense que l’on peut se permettre d’avoir une vision plus lointaine et plus sereine lorsque l’on a une carrière déjà bien développé où l’on peut se permettre de moins se soucier du rake et donc intégrer des tournois lives au buy in élevés ou des cash games en casino tout aussi chers.
    Après je me trompe peut être mais je pense que mon analyse du poker professionnel n’est pas mauvaise. D’ailleurs il ne faut pas oublier le phénomène mode qui je pense s’atténuera tôt ou tard. Lorsque l’on voit des mecs comme lederer , andy black etc…. ils ont fait leur fortune en surfant sur le développement du poker online avec fulltilt… autant dire que le poker professionnel joue sur différents tableaux.

  2. baltafe dit :

    D’habitude c’est plutôt 2 mots 3 lignes,et pas soit 2 mots ou 44 lignes mais bon maintenant que tu les as ecrites, elles sont pas là pour rien…On va les lire…Au fait pour tes 2 mots, Je te le souhaite pour cette année 2010 alors si tu veux tu me souhaiter un truc….Sai pas moi, souhaite moi de m’enrichir un peu, juste un peu, mais un truc tellement peu que je puisse arrêter de jouer en play money…

    P.S: Dans un sens, si tu me le souhaite c’est pour cela m’arrive…et pour que ca m’arrive ce que je souhaite…Ce que tu voudrais me souhaiter….Et bien en fait, c’est simple!!! Si tu me files 1K$, je realise ce que je souhaite, tu realise ce que je souhaite, tu déclares ton don au impôt…Et ma carrière est lancée !!!

    Tu vois ludo, faut pas grand chose pour rendre un homme reveur…Et comme tes souhaits sont au niveau de mes rêves…Je te souhaite de realiser mes rêves l’année 2010 Sir…

  3. Moustak-76 dit :

    Toujours si agréable de te lire, on aimerait d’ailleurs que ce soit plus souvent … mais bon je ne peux pas non plus trop critiquer je suis également fainéant sur mon blog. En tout cas merci pour The XX c’est vraiment super sympa ce qu’ils font, ça sort des sentiers battus, un peu d’originalité fait vraiment du bien ! Je me lance une session avec l’album dans les oreilles.

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour publier un commentaire.

visit counter