Angle Shooting in Kathmandu - Partager


Profitant d’un petit break dans mon calendrier de tournoi, je suis parti en vacances.

Apres dix jours delures en Thailande avec une bande de joueurs de Club Poker, me voici seul, au Nepal. En quete de spiritualite, j’ai passe les quatre premiers jours dans un monastere bouddhiste, une experience fascinante et tres reposante. Aujourd’hui, ce fut le retour a la vie relle avec une premiere exploration de Katmandou, ma foi fort instructive. Neanmoins, je vais vous epargner mes visites de monuments poussiereux et de temples ancestraux, et vous parler plutot de mon experience de touriste de base dans la rue face aux petits arnaqueurs.

Le Nepal est un pays tres pauvre. Plus de 30% de la population vit sous le seuil de pauvrete et dans des conditions a effrayer les occidentaux bien pensants que nous sommes. Le tourisme tient une place vitale dans l’economie locale. treks, rafting, canyoning, vols vers l’Everest, randonnees en tous genres font les affaires de centaines d’agences locales. Comme dans tous les pays tres visites, il s’est developpe une economie parallele de petites arnaques destinee a tirer parti de la naivete des touristes et de leur pouvoir d’achat demesure. Imaginez vous comme un fish millionaire debarquant en NL100 online, devenant immediatement la proie confuse et desorientee de dizaines de grinders acharnes (genre, vous vous asseyez a une table vide et d’un seul coup il y a douze personnes en liste d’attente et plein de “stake me please” dans le chat!).  Bien que legerement irrite au depart, j’ai ete franchement etonne de la creativite dont font preuve ces gens pour augmenter leur “edge” sur les touristes fishy a l’oeil bovin qui pietinent leur patrimoine.

Voici quelques exemples:

1. un petit tour en taxi, un classique qui marche toujours

Hier, je decide de me rendre a un enseignement bouddhiste dans le “Monastere Blanc”, qui se trouve a cote de la grande stupa de Bodnath a 6km de Katmandou mais a une distance raisonnable de mon propre monastere. Je me fais indiquer le chemin, mais apres une bonne heure de marche, impossible de trouver le lieu sacre. Il faut dire que les rues ne sont ni numerotees, ni nommees, qu’il n’y a aucun plan precis ni aucune signalisation touristique. Trois personnes differentes me donnent trois directions differentes, mais toutes insistent: “c’est pas tres loin! C’est a 5 minutes! “. Decourage et voyant l’heure avancer dangereusement, je saute dans le premier taxi, une suzuki delabree (le standard local): “Ka-Nuyng Gompa! Bodanath Stupa please”. Mon jeune chauffeur (je lui donne 15 ans) semble reflechir un moment et me demande “Thamel?”, qui est le principal quartier touristique de Katmandou (a 6km donc!). Je refute sa proposition et reprecise ma demande. finalement il me dit “Ahh, ok” et demarre. Au bout de quelques centaines de metres, j’apercois en un elcair un monument qui ressemble fortement a la grande stupa, nais je n’en ai vu aucune photo et decide de faire confiance a mon chauffeur. Pendant les quarante minutes qui suivent, nous effectuons un periple pittoresque a travers la campagne environnante, passant pres de ruines diverses et dans des rues improbables, et doublant avec precaution des vaches alanguies sur la chaussee. Je comprends que le gamin me tourne en bourrique, mais que faire? L’heure de mon cours est deja passee et je ne vais pas lui demander de me deposer dans la cambrousse… “First time in Nepal?”, me demande mon chauffeur avec un grand sourire. Online, je lui aurait repondu “Obv…” Finalement, il m’arrete devant la grande stupa - oui, bien entendu, c’est le monument que j’avais vu au tout depart. Je souris et lui tend les 240 roupies du trajet (2.40 euros quand meme). Il fait si beau, pourquoi s’enerver!

Maintenant je sais a quoi ca ressemble...

Maintenant je sais a quoi ca ressemble...

2.”No change sir!”, un autre classique mais attention a l’execution

Quittant le monastere pour mon hotel, je me fais deposer par un taxi local. Celui-ci ne met pas son compteur en marche, mais je le vois prendre un stop un moine bouddhiste et le deposer un peu plus loin “free of charge”. Un bon pratiquant comme lui doit certainement appliquer scrupuleusement le 3eme principe ethique du bouddhisme  (”ne pas voler”), non? Arrive a destination, il me demande 250 roupies, sans doute un peu plus que ce que le trajet coute reellement, mais je ne suis pas d’humeur a discuter et sort un billet de 1000. “you have change?”. “No sir sorry no change” repond-il avec une mine deconfite. Celle-la, je la connais, donc je tente la parade “You have 700 in change?”. “Yes!” lance-t-il immediatement avant de sortir une grosse liasse de billets de toutes les couleurs pour en extirper 700 roupies. No change my ass!Je laisse courir.

3. Prahlad the Hustler

Plus tard, arrive a grand peine a Durbar Square, le centre historique et religieux de Katmandou, j’ai a peine le temps d’admirer ses dizaines de temples quand une nuee de “guides amateurs” me tombe dessus et me propose, moyennant commission, de m’expliquer en longueur la magnificence des lieux. Et de m’emmener visiter n’importe quoi d’ailleurs. A prix d’ami bien entendu. Leur oncle a un taxi juste a cote. Non merci, mais j’ai mon guide touristique Lonely Planet et une bonne envie d’etre seul. Chacun arrive avec les memes questions destinees a harponer le fish; “hello sir, where you from? First time nepal? You like? You see mountains?”. J’essuie leurs assauts avec un refus poli mais categorique. Mais l’un d’entre eux se detache du lot: Prahlad (je ne sais plus son vrai prenom mais il ressemblait a Prahlad Friedman). Prahlad vient me voir alors que je suis assis sur les gradins de l’un des temples. Il me propose d’emblee de fumer un joint avec lui, de partir visiter le temple des singes, puis finalement decide de me rendre service en restant a cote de moi. “I’m a hustler”, avoue-t-il, “but if I stay next to you the other hustlers will leave you alone”. Ok, il a pris le fish en HU, ca se comprend. Il me raconte sa vie, ses voyages au japon, comment il a sombre dans l’heroine, s’interrompt pour saluer la moitie des habitues des lieux, reprend sur la facon dont il s’est fait virer au bout de trois jours de son propre stage de meditation, me raconte comment les monasteres lui donnaient a manger gratuitement par le passe “but it’s over now, them motherfuckers”. Un bagou exceptionnel. Je quitte ce personnage avec une tape sur l’epaule mais sans lui donner un centime.  “It’s okay, 500 people here every day, I find one!”.

Le terrain de chasse de Prahlad

Le terrain de chasse de Prahlad

4. Chess, Baby! Almira, c’est pour toi (la variante “only ten”)

En quittant Durbar, remontant vers le nord, je suis assailli par un vendeur a la sauvette et son produit de haute qualite: un petit jeu d’echecs en bois, une babiole amusante, mais non merci. Je refuse poliment. Mais j’ai fait l’erreur de jeter un coup d’oeil furtif a l’objet, et le bougre s’accroche. Il me suit sans relache, vantant les nombreuses proprietes de son echiquier dont les fameux deux plots en bois qui se retirent de la surface (aucune idee d’a quoi ca peut bien servir) et les petites pieces sculptees a la main par des artisans honnetes de son village natal (ou made in china par des enfants de cinq ans, j’ai oublie). Il insiste, me tourne autour alors que je tente de m’eloigner de plus en plus vite dans la foule et les vehicules petaradants de freak street. Notre etrange ballet se poursuit ainsi sur plusieurs CENTAINES de metres (je ne plaisante pas), plus de vingt minutes de marchandage a sens unique. Finalement, il me lache un prix “only ten!” qui me fait lever un sourcil. Dix roupies c’est dix centimes d’euros. Gratuit, quoi. Je le regarde d’un air dubitatif: “Ten rupees?!”. Outre, il retorque: “NO, Ten EUROS!!!”. J’en rigole et repart de plus belle, mais c’est trop tard, il a senti mon interet et commence a me bombarder de chiffres. Il passe rapidement de 1000 a 500. Puis il disparait et je crois quelques instants l’avoir lache… mais le revoila a la charge, cette fois avec un pendentif sacre! Je l’esquive et il revient trois metres plus loin avec son echiquier demoniaque cette fois tombe a 350! Je craque et annonce “300″ pour me debarasser de la sangsue. “No no 300 my buying price!”. Bien sur. Je sais qu’il me tient, j’ai commence a marchander, je vais devoir acquerir l’objet. Dans un grand elan de generosite, je lance “400 and you leave me alone!” qui est immediatement accueilli par un “ok” enthousiaste. Me voila avec un echiquier miniature en bandoulliere. Je repars dans les rues de Katmandou, enfin seul, mais cet objet expose au vu de tous est comme une enorme marque “fish” sur le front. Tous les vendeurs de rue (flutes, bijoux, cartes, pieces en bois) me sont tombe dessus pendant l’heure suivante, jusqu’a ce que je lui trouve une cachette.

Larme du crime

L'arme du crime

5. La tactique du poids mort, a reserver aux moins de 8 ans

Apres un dejeuner fort agreable au Jardin des Reves, petit havre de paix au milieu du bordel grondant de Thamel, je sors dans la rue et me retrouve nez-a-nez avec un agresseur inattendu: un mioche rigolard d’a peine cinq ans qui me lance un grand “HELLO!!” avant de se jeter sur ma jambe et de s’accrocher a mon peid avec tous ses membres disponibles et d’eclater de rire. La bete n’est pas bien lourde, mais poursuivre mon chemin dans ces conditions risque d’etre tendu. Je tente la strategie des chatouilles: ca fonctionne a moitie, le gosse rigole encore plus fort et lache a peine prise, mais j’echoue a me degager. J’ai un bref moment de solitude. Quelques passants morts de rire me jettent un regard entendu. Avec un haussement d’epaule amuse, je verifie les alentours histoire de voir si une bande de momes ne m’attend pas au tournant si je cede, et donne 20 roupies au garnement qui s’enfuit sans demander son reste en riant de plus belle. Je me doute qu’un profiteur quelconque (et bien adulte) attends au coin de la rue… mais Je ne peux reprimer un large sourire.

6. Le chauffeur de taxi honnete

Tout a l’heure pour rentrer a l’hotel, et pour la premiere fois depuis mon arrivee, un chauffeur de taxi n’essaie pas de m’arnaquer. Il propose lui meme de mettre son compteur, et conduit de maniere aussi rapide, souple et directe que la circulation demente de Katmandou le lui permet. Resultat: je lui file un pourboire si enorme que ca me revient au meme prix qu’avec l’arnaqueur de l’aller.

Vous l’avez compris, je fais le malin a la table de poker, mais dans ce pays c’est moi le fish.

ManuB

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13 commentaires pour “Angle Shooting in Kathmandu”

  1. guetali dit :

    absolument delicieux ! merci Manu pour ce reportage !

    all in !
    bien amicalement
    sylvain

  2. lebizut x dit :

    Magnifique article , trés bien écrit ! le lien avec le poker est trés bien placé ;)
    Je me suis vraiment amusé à le lire , félicitations

  3. pavupapri dit :

    Mdr, rien n’a changé, j ‘ai rajeuni de 15 ans. J’ai toujours sur une étagère un magnifique éléphant en bois de 10 cm, qui louche (le peintre devait loucher aussi).

  4. snickerssman dit :

    Magique ce petit comtpe rendu de vacances. J’espere que tu t’es bien reposé :)

  5. el kalimero dit :

    J’adore…

    Maintenant te reste plus qu’à étrenner le jeu d’échec avec Almira :P

  6. pollux0707 dit :

    Quel joli périple !

    La tactique du poids mort, ma préféré !!

    Merci à toi

  7. Keikoku dit :

    C’est bien connu, un joueur de poker peut avoir la meilleure gestion de sa BK, s’il va à Katmandou, il sera ruiné.
    D’ou le dicton ” Si tu es joueur de poker pro sur Winamax, ne va pas à Katmandou “.
    C’est marrant ManuB, on se ressemble un peu.
    Tu es game designer et je voulais devenir game designer aussi, enfin jusqu’a ce que je me fasse virer de mon lycée.
    Et tu t’interesses au bouddhisme et je suis moi même bouddhiste.
    Ptet que j’suis destiné à suivre la même voie que toi et je vais aussi devenir pro… Qui sait.
    Wait & See

  8. KingKong924 dit :

    C’est des vacances ça ? Comment tu décris l’histoire ça m’aurais tellement gavé que je ne serais plus sorti et aurais juste profité du beau temps et de la piscine de l’hotel (si piscine il y a)

  9. jUzAm77 dit :

    Excellent récit Manu !

    Je suis allé voir Slumdog Millionaire hier et cet article m’a fait penser au moment où les deux frères sont au Taj Mahal et que *SPOILER pour ceux qui l’ont pas vu* Jamal fait le faux guide aux touristes américains

  10. pedro1148 dit :

    [x] Fish spoted par les Regs
    [x] Loose passif
    [x] Fini par tilter et paye river
    [x] Exellent article

    Merci Manu :)

  11. 33DI0P33 dit :

    je suis reg sur le Népal high stake…Je t’échange un coaching si tu veux.!

    non sérieux, nice CR, ça m’a replongé dans l’ambiance…

  12. FrenchGourou dit :

    hehe l j’ai exactement le même jeu d’échec :)

    Et après 2-3 ans à l’observer j’ai enfin compris à quoi servent les 2 trous :D
    Une fois que tu as placé le couvercle sous le damier, les trous te permettent d’y faire rentrer les pièces éliminées pour le pas les perdre pendant la partie.

  13. InCr3dIbL3 dit :

    Enorme CR :)

    Mais tu aurais du penser à la technique toute simple de l’ipod dans les oreilles pour plus de calme… quoique si ils voient un objet de valeur tel qu’un ipod ca risque de les exciter encore plus!

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